Analyse coût-bénéfice, paternalisme et économie comportementale

Je travaille actuellement sur un papier portant sur l’introduction de considérations paternalistes en économie normative, et plus précisément sur l’articulation entre la définition du bien-être comme satisfaction des préférences, caractéristique de l’économie du bien-être standard, et les débats sur le paternalisme et l’autonomie qui se développent depuis quelques années suite aux travaux de Thaler et Sunstein sur le « paternalisme libéral ». Un aspect intéressant est qu’une partie des économistes (pas tous néanmoins) qui défendent une approche plus ou moins paternaliste utilisent toujours la définition standard du bien-être (comme par exemple Douglas Bernheim et Antonio Rangel dans leurs travaux sur la « behavioral welfare economics »). Cela semble paradoxal car la définition du bien-être comme satisfaction des préférences a été historiquement fondée sur un principe de « souveraineté du consommateur » aux antipodes du paternalisme.

Au-delà des développements de l’économie comportementale et des réflexions sur la paternalisme libéral, ce qui motive cette réflexion est également l’importance de cette problématique du point de vue de l’analyse coût-bénéfice. Cette dernière occupe une place centrale dans les pays anglo-saxons, et plus particulièrement aux Etats-Unis où les agences fédérales ont l’obligation de mener une analyse coût-bénéfice dès lors que la réglementation envisagée atteint une certaine échelle. La mesure de ces coûts et bénéfices est évidemment un problème méthodologique et théorique majeur. Traditionnelement, ils sont mesurés en termes de disposition à payer et de disposition à accepter, autrement quelle valeur monétaire un agent économique accorde à la mise en oeuvre d’un projet ou au contraire au statu quo. La connexion avec la définition du bien-être en termes de satsifaction des préférences est évidente : si l’on considère que les dispositions à payer/accepter des agents dépendent de leurs préférences, l’analyse coût-bénéfice amène ni plus ni moins à mesurer le bien-être pour déterminer l’alternative qui le maximise.

L’introduction de considérations paternalistes dans le cadre de l’analyse coût-bénéfice peut être concrètement illustrée. Ainsi, l’année dernière aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a mené une analyse coût-bénéfice concernant l’inscription d’avertissements conernant les dangers du tabac sur les paquets de cigarettes (voir ce billet sur Orgtheory, dont est issue la photo ci-dessous) :

https://orgtheory.files.wordpress.com/2014/12/smokers.jpg?w=500

Dans son analyse, la FDA a accordé une grande importance à la perte de bien-être générée par ses avertissements, en raison de la supposée baisse du plaisir lié au fait de fumer qui en résulte. On peut considérer ici que la FDA a apppliqué à la lettre le principe de souvenraineté de consommateur. Mais ce qui motive la réflexion de mon article est la critique développée par une équipe d’économistes dans laquelle figure notamment Thomas Schelling et Daron Acemoglu. Dans la section consacrée à la mesure du surplus du consommateur, ces économistes écrivent ainsi (p. 12 et suivantes) :

Once smokers begin smoking, extensive behavioral economic and psychological research shows that their decision to continue to smoke are time inconsistent, satisfying their short‐run desire for immediate gratification rather than their long‐run desire for good health, then later regretting these decisions. Data from the 2002 wave of the ITC‐US Survey show that more than nine out of ten smokers agreed or strongly agreed with the statement « If you had to do it over again, you would not have started smoking » (Fong, et al., 2004). Similarly, CDC reports that in 2010, nearly seven out of every ten smokers reported that they wanted to quit smoking completely and more than half of all smokers stopped smoking for at least one day because they were trying to quit smoking (CDC, 2011). Yet only 2.7 percent of smokers quit each year (Warner and Mendez, 2010).

These data strongly suggest that many, and likely the vast majority of smokers do not find smoking ‘pleasurable’ and derive little ‘consumer surplus’ from smoking. Instead, most continuing smokers are avoiding the withdrawal symptoms they would experience if they were able to stop smoking and break the addiction that most regret having ever started. Indeed, Gruber and Mullainathan (2005) find that the self‐reported happiness of potential smokers rises when cigarette taxes are increased. This is consistent with quitting causing an increase, rather than a reduction, in consumer surplus. Note that smoking literally rewires the brain (Arain, et al. 2013), a phenomenon not familiar to many economists but indicative of a biological barrier to smokers’ exerting the self‐control that is essential in the model of rational consumer behavior.

In discussing the issue of how to treat lost consumer surplus in this type of economic impact analysis, we decided that it was most informative to separate smokers into those who became regular smokers before the legal age of smoking, and those who become regular smokers thereafter. For the former group, society has clearly decided that the decision to initiate smoking is an irrational decision and any changes in their conventionally‐calculated consumer surplus resulting from changes in their tobacco use in response to GWLs or other actions should not be counted as a cost in the economic impact analysis of FDA’s rules on tobacco. This is illustrated by laws regulating youth access to tobacco products, including FDA enforcement of a national legal purchase age of 18 for tobacco products over which it has jurisdiction. We refer to this as the ‘principle of insufficient reason’ approach and argue that the benefits to those who started using tobacco products regularly before 18 years of age and who quit in response to FDA regulatory actions should not have any offset for lost consumer surplus.

(…)

For adult initiators, our consensus is that the larger failure is their inability to quit, even when that is their long run plan ‐ what we call the self‐control problem. In the simplest model, adults would smoke even if the pleasure they derive from smoking is less than the costs they incur if those future costs are excessively discounted, a calculus further complicated by addiction. If smoking is an addiction‐related, impulsive behavior, then GWLs could significantly affect how and whether such impulses are turned into smoking behavior. The behavioral economics literature has formalized the time‐inconsistencies that impede smokers’ quit attempts in two key theoretical concepts: present bias and projection bias. Present bias is the tendency to systematically overvalue immediate costs and benefits relative to those in the future, leading to impulsivity and self‐control problems (Laibson, 1997). Projection bias is the tendency to underpredict how much a person’s preferences will change in the future; that is, smokers may underpredict the degree to which they will value being smoke‐free (Lowenstein, et al., 2003).

(…)

Finally, as highlighted by Laux (2000), the importance of peer effects in smoking cause the amount of consumer surplus to be partly determined by societal smoking rates. Because of this, regulations that lead smokers to quit can lead to gains, or ‘negative losses,’ in consumer surplus. While peer effects are particularly important for young people (USDHHS, 2012), growing evidence indicates that they are also important for adults (e.g., Christakis and Fowler, 2008). How consumer surplus is affected by peer influences largely depends on social norms about smoking. As anti‐smoking norms get stronger, smokers are increasingly marginalized, implying that quitting smoking will enhance an individual’s well‐being. In the instance of the GWLs, this reflects the fact that decisions to quit smoking are made voluntarily by individuals. Note that peer effects are likely to be especially important among the low‐income and less educated, the populations with higher smoking prevalences.

L’analyse repose sur un savant mélange de résultats expérimentaux constitutifs de l’économie comportementale et de considérations normatives et évaluatives concernant la nature du bien-être. Ce dernier est tantôt défini en termes de plaisir ou de bonheur, tantôt en termes de satisfaction de préférences « rationnelles ». On a même l’idée que la satisfaction des préférences de certains « selves », que l’on identifie aux décisions prises avant l’âge de 18 ans, ne doivent pas être prise en compte dans le calcul du surplus du consommateur et donc dans la mesure du bien-être.

Au-delà du problème de la détermination de la rationalité des préférences ou de la justification du poids accordé aux décisions prises à tel ou tel moment de la vie, il est intéressant de noter que la question de l’autonomie (constituve du principe de souveraineté du consommateur) disparait complètement. Est-ce qu’il faut introduire cet aspect dans l’analyse coût-bénéfice (la perte d’autonomie étant alors un coût) ? Ou bien comme une contrainte au sein de laquelle s’insère l’analyse coût-bénéfice (on s’appuie sur les résultats de l’analyse dans la limite du respect d’un principe de liberté minimale) ? La difficulté que posent ces questions du point de vue de l’économie normative rappelle les limites d’une approche purement welfariste, largement mise en avant par Amartya Sen depuis les années 1970, lorsqu’il s’agit d’intégrer des considérations éthiques qui ne se réduisent pas à la satisfaction des préférences.

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15 Commentaires

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15 réponses à “Analyse coût-bénéfice, paternalisme et économie comportementale

  1. On pourrait faire passer la question au niveau supérieur. Pourquoi les économistes tirent du bien-être à paternaliser les gens ? Rien que cette attitude est suspecte.

    Une question normative implique une prise de vue philosophique, et sur ce sujet il y a à mon avis deux grandes familles, les libéraux et les utilitaristes. Ces derniers diffèrent largement entre eux dans la définition de la fonction à maximiser, mais partagent l’idée qu’il faille organiser la société pour maximiser une telle fonction.

    Dans le paradigme des préférences révélées, l’utilitarisme et le libéralisme se confondent, car l’utilité des choses se mesure au libre choix des individus souverains. Dans le cadre libéral, maximiser l’utilité, c’est minimiser les contraintes.

    Si les libéraux peuvent (doivent) accepter la conclusion scientifique que les gens ne font pas exactement ce qu’ils veulent, et que la contrainte puisse les rendre « heureux », ils réfutent, à mon avis avec raison, que l’argument soit recevable pour tirer des conclusions normatives conduisant à une restriction de l’autonomie.

    Et c’est facile à défendre. Hors du critère minimal de l’efficience parétienne, il n’y aucune manière de classer différents résultats sociétaux sans prendre un parti contre un autre. Dès lors que certains (en fait un grand nombre) de personnes incorporent leur souveraineté comme une source d’utilité en elle-même, réduire la souveraineté des premiers pour rendre les derniers plus heureux, c’est prendre le parti que l’utilité de ces derniers est plus importante que celle des premiers.

    Il est aussi nécessaire dans ce débat de noter que les individus souffrant d’un problème d’autocontrôle peuvent s’imposer des contraintes dans le cadre d’une société contractuelle libre. A priori, rien ne m’empêche de signer un contrat avec Mme Aubry m’engageant à coucher avec elle si je suis surpris à fumer. Par ce contrat, je m’attache une contrainte qui va me forcer à être plus heureux de la même manière que le ferait le paternalisme de l’Etat.

    Or les gens ont ce type de comportement : ils payent la salle de gymnastique en avance pour se forcer à s’y rendre, ils achètent des maisons pour s’imposer un calendrier d’épargne par le remboursement du crédit etcetera…

    • Régis Servant

      Le raisonnement inverse est donc tout aussi valable : si les utilitaristes peuvent (doivent) accepter le fait qu’un grand nombre de personnes incorporent leur souveraineté comme une source d’utilité en elle-même, et que la maximisation de leur souveraineté puisse les rendre « heureuses », ils réfutent que l’argument soit recevable pour tirer des conclusions normatives conduisant à une maximisation de la souveraineté individuelle.

      En effet, dès lors que certains individus – souffrant d’un problème d’autocontrôle – estiment que leur utilité augmenterait grâce à une réduction de leur souveraineté, maximiser la souveraineté de ces individus pour satisfaire les partisans d’une maximisation de la souveraineté, n’est-ce pas prendre le parti que l’utilité de ces derniers est plus importante que celle des premiers ?

      • Oui bien sûr. Mais on voit tout de suite, à mon humble avis, se dessiner une hiérarchie des légitimités.

        Le raisonnement que je propose instaure dans le contrat social la clause selon laquelle ma liberté ne doit pas restreindre la vôtre. Aussi vague que la chose soit, on comprend l’idée.

        La clause induite pas votre raisonnement est que ma liberté ne doit pas accroître la votre ! Sous prétexte que l’exercer vous est désagréable. Boaf…

        De plus, comme je le précisais, il existe pour vous des moyens de restreindre cette liberté qui vous titille, sans restreindre la liberté qui me plait. Dans ce cas, même le raisonnement purement utilitariste n’appelle pas une restriction de ma liberté.

      • Régis Servant

        Les choses sont un poil plus compliquées à mon – tout aussi humble – avis, à partir du moment où l’on admet comme vrai qu’une (a) restriction générale de la souveraineté (la souveraineté de toute la population est restreinte) est différente d’une (b) restriction de ma souveraineté coexistant avec une souveraineté non restreinte d’autres personnes. Un individu peut préférer (a) du fait que (b) exerce des effets sur lui qu’il trouve déplaisants. Il n’y a, par exemple, rien d’étonnant à ce qu’un individu puisse préférer vivre dans une société dans laquelle la consommation d’ecstasy est interdite pour tout le monde à une société dans laquelle chaque personne décide seule de restreindre ou non sa souveraineté dans ce domaine.

        Certes, l’individu pourrait former un club dans lequel il ne côtoierait que des individus non consommateurs d’ecstasy, comme lui. Mais cette possibilité ne change rien au fait qu’une société composée de clubs, ou micro-sociétés, diverses et une (macro) société pourvue des mêmes règles imposées partout ont deux physionomies différentes, et sont perçues comme telles par la population. Pas sûr que la hiérarchie des légitimités soit si claire que cela !

  2. Moggio

    Merci au commentateur précédent.

    « […] Car, de ce que la liberté moderne diffère de la liberté antique, il s’ensuit qu’elle est aussi menacée d’un danger d’espèce différente. Le danger de la liberté antique était qu’attentifs uniquement à s’assurer le partage du pouvoir social, les hommes ne fissent trop bon marché des droits et des jouissances individuelles. Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique. Les dépositaires de l’autorité ne manquent pas de nous y exhorter. Ils sont si disposés à nous épargner toute espèce de peine, excepté celle d’obéir et de payer ! Ils nous diront : « Quel est au fond le but de vos efforts, le motif de vos travaux, l’objet de toutes vos espérances ? N’est-ce-pas le bonheur ? Eh bien, ce bonheur, laissez-nous faire, et nous vous le donnerons. » Non, Messieurs, ne laissons pas faire. Quelque touchant que ce soit un intérêt si tendre, prions l’autorité de rester dans ses limites; qu’elle se borne à être juste. Nous nous chargerons d’être heureux. […] » (Benjamin Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, 1819)

  3. Sceptique

    Tout vos postulats de départ me semble normés politiquement. Il y a une implication déontologique à chaque postulat initial. À partir de là comme faire la différence entre la science et la position politique ?

  4. Sceptique

    Je vous remercie pour le lien. Je connais le critère de Gödel mais cela n’empêche pas que l’étude économique s’inscrit dans un arrière plan philosophique voire métaphysique sur les fondements de l’action humaine avec souvent des problèmes de linguistiques.

    La pensée utilitariste et libérale qui encadre la pensée économique ne peut pas par exemple être qualifiée de scientifique dans le sens courant du terme.

    • Leno

      Bonjour,

      « La compréhension est un cas particulier du malentendu » Antoine Cullioli.
      Autrement dit implicitement, chaque mot, chaque texte est à surface sémantique variable dès que l’on change d’interprète.

      => J’ai cherché à répondre à la question « À partir de là comme faire la différence entre la science et la position politique ? » , en partant sur le fait qu’il est possible en prenant la voie d’une définition scientifique, indépendamment de toute résonance dans d’autres paradigmes (qui peut être à paradigme contextualisé au présent comme la « politique » – à définir finement, beaucoup de boulot en perspective).
      => Autrement dit que des postulats soient « normés politiquement » ou non, n’a que peu d’importance vis à vis de l’objectif de créer une théorie féconde et cohérente.
      Comme l’a montré Gödel, dans un domaine qui a peu de prises avec des paradigmes différents (Principia Mathematicae), le postulat d’incomplétude (l’indécidabilité) existera toujours au niveau des axiomes de base.
      Le sujet c’est alors de mesurer la cohérence (pas de distorsions dans les avancements), la surface couverte par la théorie et surtout sa fécondité (sa capacité de réponse dans différents sous domaines).

      => Question: L’économie peut elle être le lieu d’une profession, ou d’une science ?
      Sachant que la crise de 2008 n’était prévue par pratiquement que des parias des institutions économiques ?
      Donc l’ensemble des règles et des devoirs qui régissaient la profession d’économiste (et leur conduite et leurs rapports avec le public ) était il suffisamment cohérent et adapté à son objet ? (c’est la définition de la déontologie)

      Ce qui permet de valider une position:
      – Une position qui ne prenne pas en compte d’arrière plan philosophique ou métaphysique (sur par exemple, les fondements de l’action humaine), tout cela doit être codé par la théorie si l’on en a besoin pour sa fécondité ou sa cohérence.
      – Des définitions exactes, la disparition du flou: Autrement dit en détachant le contenu sémantique (les concepts) de tout attachement à un paradigme quel qu’il soit, mais en obligeant à leur définition exacte (par exemple « bonheur » et « plaisir ») et des règles d’articulation entre eux.
      Par exemple des définitions ( algorithmiques ?) des « pensées utilitaristes et libérales » deviennent obligées, si l’on veut dégager deux sous ensembles amenant à dégager une théorie comparatrice.

      Bref, là toujours l’essentiel est de passer de la langue au langage (il est sensé être plus réactif aux incohérences locales, voir pour cela les langages mathématiques). Quels sont les langages ou les formes de la philosophie ?
      Comme le rappelle la maxime ci dessus, tant que l’on reste dans la langue, l’on reste au maximum dans la compréhension approximative, au minimum dans l’incompréhension.

      Démarche scientifique :
      Les scientifiques observent, questionnent le monde, essayent de relier entre elles plusieurs observations différentes afin de trouver des régularités, des lois, définir des concepts.

      La construction de concepts (ou entités), l’élaboration des lois (ou programmes d’intégration) revient à modéliser le monde représenté par « les scientifiques ».

      Toute démarche scientifique fait appel au raisonnement (programmable). Ce raisonnement s’appuie sur des faits expérimentaux, des lois, des propriétés d’objets… Toute démarche scientifique déploie pour cela un LANGAGE (et non une LANGUE) adapté au domaine d’étude.

      Comme dans de Principia Mathematicae, l’objet d’une théorie est de fonder la matrice (féconde) par laquelle quelques mises en route de lois (ou programmes) engendrera de manière infaillible (sans dérapage) des résultats sûrs adaptés à un problème habitant la surface couverte par le domaine de la théorie.

      Donc en répondant à la question « À partir de là comme faire la différence entre la science et la position politique ? » l’on peut affirmer que la position théorique pourra se mesurer, toute autre position a l’intérêt de la littérature (qui reste un domaine honorable). Ce qui importe c’est : Mesures, Observations, Hypothèses, Expérience, Résultats, Interprétation, Conclusions et reproductibilité ceci dans n’importe quel ordre au départ (c’est la réalité d’une démarche expérimentale).

  5. Je suis d’accord avec Sceptique : les raisonnements et les analyses de type économique sont purement utilitaristes en ce qu’ils visent à déterminer les moyens de parvenir à certaines fins, mais ne disent rien sur la légitimité de ces fins et de ces moyens.

    Ici, il s’agit de savoir comment un individu ou une organisation A peut intervenir sur l’environnement dans lequel un individu ou une population B prend ses décisions de façon que ces décisions soient conformes aux préférences de A, tout en laissant à B l’impression qu’il choisit librement. Pour un libéral, a légitimité d’un telle intervention est très contestable quand les décisions de B portent sur des alternatives qui ne sont pas créés par A;

    Par exemple, oui quand il s’agit pour un commerçant de pousser ses clients à choisir une prestation plutôt qu’une autre, non quand l’État cherche à pousser les citoyens à organiser leur vie d’une façon plutôt que d’une autre Mais là encore, il y a matière à discussion, mais de nature philosophique et non économique

    • Leno

      Peut on considérer qu’un état qui pousse ses habitants à travailler coûte que coûte (voir le statut et les revenus des auto-entrepreneurs) est un organisme qui vise à vendre du travail à ses clients (les citoyens) afin de générer plus de rapport via les taxes et impôts. (Certaines situations d’auto-entrepreneurs sont équivalentes à des processus de sur-endettement) :
      Donc c’est un commerçant qui pousse ses clients à acheter du travail afin de faire de la marge;

      • @Leno : Non, ne serait-ce que parce qu’en l’espèce cet État ne traite pas ses habitants comme des clients.
        Le cas que j’ai en tête pour accepter ce « paternalisme » est celui d’un restaurateur qui veut pousser ses clients à choisir plutôt de la choucroute que du cassoulet, ou d’une grande surface qui veut influencer (discrètement) les choix de ses clients. Les États sont des animaux très différents.

  6. Leno

    Est il possible dans votre représentation des acteurs du jeu économique, d’effectuer des échanges de rôles afin de vérifier qu’il y a une distinction ferme de leurs rôles respectifs. Et quelque part tester la robustesse du modèle présenté. [D’où ma question, un état (sous une forme donnée) peut il être apprécié comme un commerçant ?]

  7. Je m’explique un peu plus en détail.
    Le cas de référence que je considère est celui d’un agent A qui offre deux produits ou services X et Y sur un marché libre où d’autres agents peuvent offrir des produits substituables à X et à Y, et où les clients peuvent choisir entre les produits et les fournisseurs .
    Dans ces conditions, A décide librement d’offrir ou non X et Y, et peut même définir X et Y comme il l’entend, notamment leurs prix. Il peut dont a fortiori organiser les conditions dans lesquelles sont offerts X et Y de façon à pousser ses clients à choisir l’un plutôt que l’autre. Le « paternalisme » est ici légitime.
    Imaginons au contraire qu’un agent C veuille organiser les conditions dans lesquelles sont offerts un produit X par un agent A et un produit Y par un autre agent B de façon à pousser les clients à choisir l’un plutôt que l’autre. Je pense que cette action est illégitime.
    Or ce deuxième cas me semble être celui de l’État dans le rôle de C, où en plus C est souvent en même temps B, c’est-à-dire le fournisseur de l’un des produits ou services. Le « paternalisme » est alors une sorte d’intermédiaire entre le monopole et le marché libre, qui pour un libéral est aussi illégitime que le monopole lui-même.

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