Archives de Tag: Searle

Searle vs l’analyse économique, le retour

Les économistes J.P. Smit, Filip Buekens et Stan du Plessis viennent de publier dans la revue de philosophie Synthese un article intitulé « Developing the incentivized action view of institutional reality » (article dispo sur demande). Cet article prolonge la réflexion concernant la nature des faits institutionnels que les auteurs avaient amorcé  dans un article dans Economics and Philosophy dont j’avais parlé ici. Le point de départ de Smit et al. est la théorie des faits institutionnels de Searle dont ils critiquent la dimension « non-réductible » qu’elle conférerait aux institutions dans l’explication. Ils proposent comme alternative une approche en termes d’incitation qui est en fait ni plus ni moins qu’une explication des institutions via la théorie des jeux. Lire la suite

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Dennett sur la « chambre chinoise »

Imaginez que vous êtes seul dans une pièce, avec un terminal informatique et un volumineux manuel d’instructions vous indiquant toutes les règles nécessaires écrire en chinois. Vous recevez des messages sur le terminal informatique et, à l’aide de votre manuel d’instructions, vous rédigez à l’aide du terminal des réponses. Les personnes situées en dehors de la pièce qui émettent les messages initiaux via leur propre terminal, reçoivent ensuite vos réponses. Ils ne savent pas que c’est vous, dans la pièce, qui dialoguez avec eux. Si vous suivez les instructions sans commettre d’erreur, ces personnes penseront que l’entité avec laquelle ils dialoguent (en l’occurrence, vous), comprend et parle le chinois. Pourtant, bien que vous soyez à l’origine des réponses, vous ne comprenez pas un seul mot de chinois, vous vous contentez de suivre une liste d’instructions.

Cette expérience de pensée, dite de la « chambre chinoise », a été proposé par John Searle. Elle vise à interroger notre conception de la conscience et de l’esprit. Plus précisément, il s’agissait pour Searle de montrer, contre le programme de recherche de « l’intelligence artificielle forte », qu’un ordinateur ne peut penser et être conscient. Formellement, les phénomènes de compréhension et de conscience ne se réduisent pas à des propriétés syntaxiques mais relèvent également de propriétés sémantiques, non formalisables à travers une liste d’instruction. De mon point de vue, il s’agit (avec les expériences de pensée de Derek Parfit sur l’identité personnelle) de l’expérience de pensée la plus puissante et la plus fascinante en philosophie. Depuis que Searle l’a proposé il y a 30 ans, elle a d’ailleurs donné lieu à une abondante littérature.

En grand contributeur de l’approche fonctionnaliste en philosophie de l’esprit, Daniel Dennett a toujours contesté la pertinence de cette expérience de pensée. On peut entendre certains de ses arguments dans ce très intéressant podcast sur le site « PhilosophyBites ».

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Le « mariage pour tous » est-il un mariage ? Sur la notion de règle constitutive en sciences sociales

Contrairement à ce que le titre semble indiquer, ce billet ne va pas discuter à proprement parler de ce sujet hautement délicat du « mariage pour tous ». Mais si je pars de cette actualité brûlante, c’est parce qu’elle illustre à merveille un concept central en philosophie des sciences sociales (et en sciences sociales tout court), celui de règle constitutive. Je vais présenter rapidement le concept et en discuter la pertinence. Dans un prochain billet, je donnerai quelques éléments sur la manière dont on peut rendre compte des règles constitutives, à l’aide notamment de la théorie des jeux. Lire la suite

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Lecture & Analyse : John Searle, « Making the Social World »

Searle

Dans les jours qui viennent, je vais expérimenter une nouvelle manière de discuter des ouvrages que j’ai pu lire, que je nomme « Lecture & Analyse ». Plutôt que de proposer en bloc une longue note de lecture, je vais plutôt procéder par le biais de courts billets, traitant soit d’un chapitre, soit d’un thème bien précis. L’intérêt est double : d’abord faire des textes plus courts et donc plus facile à lire (et à écrire !), et ensuite pouvoir faire ressortir plus facilement la discussion et l’analyse de certains points bien précis. L’idée est d’espacer les billets d’environ une semaine, de manière à pouvoir permettre à ceux qui seraient intéressés de lire en parallèle l’ouvrage étudié et, pourquoi pas, de me faire part de leurs commentaires.

Pour cette première expérience, j’ai choisi l’ouvrage Making the Social World. The Structure of Human Civilization, du philosophe John Searle (Oxford University Press, 2010). Dans la continuité de son The Construction of Social Reality (Free Press, 1995), Searle y développe une ontologie sociale qui s’inscrit plus largement dans ce qu’il appelle une « philosophie de la société ». Searle cherche notamment à clarifier la nature des faits institutionnels. De ce point de vue, ce qu’écrit Searle est susceptible d’intéresser, au-delà des philosophes, les chercheurs en sciences sociales dont les économistes. Je procéderai à une analyse chapitre par chapitre (il y en a 8 en tout), en commençant probablement d’ici la fin de semaine.

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