Dennett sur la « chambre chinoise »

Imaginez que vous êtes seul dans une pièce, avec un terminal informatique et un volumineux manuel d’instructions vous indiquant toutes les règles nécessaires écrire en chinois. Vous recevez des messages sur le terminal informatique et, à l’aide de votre manuel d’instructions, vous rédigez à l’aide du terminal des réponses. Les personnes situées en dehors de la pièce qui émettent les messages initiaux via leur propre terminal, reçoivent ensuite vos réponses. Ils ne savent pas que c’est vous, dans la pièce, qui dialoguez avec eux. Si vous suivez les instructions sans commettre d’erreur, ces personnes penseront que l’entité avec laquelle ils dialoguent (en l’occurrence, vous), comprend et parle le chinois. Pourtant, bien que vous soyez à l’origine des réponses, vous ne comprenez pas un seul mot de chinois, vous vous contentez de suivre une liste d’instructions.

Cette expérience de pensée, dite de la « chambre chinoise », a été proposé par John Searle. Elle vise à interroger notre conception de la conscience et de l’esprit. Plus précisément, il s’agissait pour Searle de montrer, contre le programme de recherche de « l’intelligence artificielle forte », qu’un ordinateur ne peut penser et être conscient. Formellement, les phénomènes de compréhension et de conscience ne se réduisent pas à des propriétés syntaxiques mais relèvent également de propriétés sémantiques, non formalisables à travers une liste d’instruction. De mon point de vue, il s’agit (avec les expériences de pensée de Derek Parfit sur l’identité personnelle) de l’expérience de pensée la plus puissante et la plus fascinante en philosophie. Depuis que Searle l’a proposé il y a 30 ans, elle a d’ailleurs donné lieu à une abondante littérature.

En grand contributeur de l’approche fonctionnaliste en philosophie de l’esprit, Daniel Dennett a toujours contesté la pertinence de cette expérience de pensée. On peut entendre certains de ses arguments dans ce très intéressant podcast sur le site « PhilosophyBites ».

3 Commentaires

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3 réponses à “Dennett sur la « chambre chinoise »

  1. Titan

    En transformant le monde platonicien en monde physicaliste, il faudrait projeter sans cesse notre esprit dans une expérience de type « chambre chinoise », tout en renonçant à l’intuition, qui saisit l’objet, parce que le sujet n’aurait plus à procéder au jugement de la raison, il connaîtrait l’absolu. Sa conscience ne ferait pas l’expérience du monde, car à chaque interaction, un phénomène de causalité déterminerait des « états mentaux « .
    De plus, il faudrait admettre qu’il n’y a rien de contingent, que les formes générales et abstraites suffisent à remplacer l’expérience quotidienne de l’expérimentation. Ça fait beaucoup,

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