Archives de Tag: Histoire de la pensée

Le marché comme communauté

C.H.

Je ressors d’une série de lectures autour du concept de communauté en économie (voir ici, , ici et encore ). Avec le « prix Nobel » d’économie reçu par Elinor Ostrom en 2009, le concept de communauté connait un certain renouveau tant il est central dans les travaux de cette dernière. Cela dit, cela fait un certain temps déjà que des auteurs comme Bowles, Gintis ou Aoki ont intégré ce concept dans la boîte à outils de l’économiste.

Traditionnellement, les économistes ont eu tendance à opposer deux modes de coordination, entre autre pour résoudre les problèmes de financement des biens publics mais pas seulement : le marché et l’Etat. Les travaux d’Ostrom (entre autres) permettent de montrer qu’il existe en réalité une multitude d’autres modalités de coordination qui permettent de résoudre les problèmes de régulation de l’action collective : comment faire en sorte que les actions de chacun contribuent au bien être de tous. Ces autres modalités de coordination vont souvent dans la littérature être subsumés sous le concept de communauté. Bowles et Gintis  proposent la définition suivante de la communauté : Lire la suite

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L’économie selon Carl Menger

C.H.

A l’occasion de la parution de la traduction française de l’ouvrage de Carl Menger sur la méthodologie de l’économie, Recherches sur la méthode dans les sciences sociales et en écoomie politique en particulier, j’ai rédigé pour La Vie des Idées un court essai sur l’économiste autrichien. J’aborde dans un premier temps sa conception philosophique de l’économie théorique comme recherche de lois exactes, je discute ensuite des explications en termes de main invisible dont Menger a été l’un des précurseurs, notamment dans son analyse de l’émergence de la monnaie. Je termine enfin par sa postérité. Petit extrait :

« À sa façon, Menger reprend à son compte l’analyse développée par les philosophes des « lumières écossaises », à commencer par David Hume et Adam Smith. Les institutions organiques sont en effet le produit d’une « main invisible ». Par rapport à Hume et Smith, l’économiste autrichien va s’employer à préciser les mécanismes sous-jacents à l’émergence de ces institutions. Dans son article « On the Origins of Money » (1892), Menger s’attache ainsi à remettre en cause l’idée reçue (et très populaire à l’époque au sein de l’école historique allemande) selon laquelle la monnaie est un pur produit de la loi, elle-même résultant de la volonté des gouvernements. D’après cette dernière, la monnaie ne devrait son existence qu’au fait que les États garantissent sa valeur d’échange. Menger oppose à cette théorie une explication « génétique » (que l’on qualifierait aujourd’hui « d’évolutionnaire ») consistant à montrer comment la monnaie, en tant que moyen d’échange universellement accepté au sein d’une communauté, a pu progressivement émerger au travers de la recherche par chaque individu de son intérêt personnel.

Menger décrit ainsi comment, en partant d’une situation de troc et de division du travail, chaque individu est amené à progressivement identifier les marchandises s’échangeant le plus facilement. À partir du moment où l’on considère que toutes les marchandises n’ont pas les mêmes caractéristiques (certaines sont plus durables ou plus transportables que d’autres), que ces caractéristiques peuvent affecter la probabilité d’une marchandise de trouver un acquéreur dans un laps de temps donné, que la conservation d’une marchandise le temps de trouver un acquéreur est coûteuse et enfin que les individus recherchent leur intérêt économique en diminuant les coûts inhérents aux transactions économiques, alors chaque individu a intérêt à identifier les marchandises s’échangeant le plus facilement. Menger pense que certains individus remarqueront plus rapidement que d’autres quelles sont ces marchandises mais, progressivement, au travers d’un processus d’imitation, c’est l’ensemble des membres de la communauté qui apprendra à connaître les marchandises pouvant servir de moyen d’échange. À cela s’ajoute le fait qu’une fois qu’une marchandise est reconnue par une fraction suffisamment importante de la communauté comme « échangeable », il devient alors intéressant pour les individus restant d’adopter la même convention, indépendamment des qualités intrinsèques de ladite marchandise. C’est ainsi, au terme d’un processus incrémental et évolutif, que va émerger un moyen d’échange accepté conventionnellement et universellement au sein d’une population, sans la moindre intervention d’un pouvoir politique centralisé. Pour autant, dans le cas de la monnaie comme dans celui des autres institutions organiques, Menger ne nie pas que l’intervention des pouvoirs publics ait joué un rôle dans l’émergence des institutions monétaires modernes. Il s’agissait pour l’économiste autrichien d’abord de montrer qu’au moins une partie des institutions humaines peuvent avoir une origine totalement spontanée ».

 L’intégralité est à lire sur le site de La Vie des Idées. A noter que la traduction française est l’oeuvre de Gilles Campagnolo, le spécialiste de Menger en France, qui propose par ailleurs en guise d’introduction de cet ouvrage une très complète présentation de l’oeuvre de l’économiste autrichien.

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Le mythe de l’éco-efficience à travers l’histoire de la pensée économique 1/3

R.D.

A l’heure où nous entendons parler des incommensurables possibilités de réduire l’exploitation intensive des ressources naturelles comme les voitures hybrides ou les ampoules économiques, au nom du développement durable, on va dans ce billet tenter de discuter de cette idée. Après tout, augmenter l’éco-efficience ne peut t-il pas être une tentation pour épuiser d’autant plus nos ressources? C’est là un paradoxe mis en avant par Jevons dans « the Coal Questions » écrit en 1865. Cette question a également été traité dans l’ouvrage The Jevons paradox and the myth of resource efficiency improvements de John M.Polimeni, Kozo Mayumi, et Mario Giampietro en 2008. Il s’agit d’une véritable mine d’or. Leur travail est décomposé en trois chapitres que mériteront chacun trois billets. Celui-ci fera l’office d’un condensé du premier chapitre. Lire la suite

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Auto-promo : dans le dernier numéro du « Journal of Economic Issues »

C.H.

Le dernier numéro du Journal of Economic Issues vient de paraître. Vous pouvez y trouver (entre autre) une contribution de ma part, « Did Veblen Generalize Darwinism (and Why Does it Matter)?« . J’en profite pour remercier à nouveau plusieurs lecteurs du blog qui m’ont donné un coup de main pour réviser l’anglais du papier. Cela s’est avéré très efficace ! Si cela vous intéresse et que vous n’avez pas accès à l’article, vous avez juste à me demander par mail.

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Ce que biologie et économie ont en commun

C.H.

Je suis tombé récemment sur cet intéressant petit article de Peter Hammerstein et Edward Hagen. On retrouve les mêmes idées, développées plus longuement, dans ce chapitre d’ouvrage écrit par le même Hammerstein et Samuel Bowles. Les deux textes mettent en avant la convergence de la biologie et de l’économie à la fois au niveau des thèmes de recherche que des méthodes utilisées. On peut par exemple mesurer l’importance de la métaphore du marché en biologie avec le paradoxe que ce sont les biologistes qui ont anticipé certains développements contemporains de l’analyse économique des marchés. Par exemple, les biologistes ont remarqué avant les économistes que les marchés à l’équilibre n’étaient pas nécessairement « nettoyés ». C’est maintenant quelque chose d’évident pour les économistes lorsqu’ils s’intéressent au marché du travail ou au marché du crédit par exemple.

Hammerstein et ses coauteurs soulignent un autre commun fondamental entre économie et biologie : l’étude des phénomènes de signalement. Il est notamment intéressant de constater qu’à l’époque où Michael Spence développait sa fameuse théorie du signal sur le marché éducatif au début des années 70, les biologistes commençaient à s’intéresser aux stratégies de signalement chez certains animaux (voir le fameux exemple  de la queue du paon et, plus généralement, le principe du handicap développé par Zahavi). Ce n’est toutefois que bien plus tard que les biologistes utiliseront une formalisation proche de celle de Spence pour préciser les mécanismes sous-jacents à ces phénomènes. Un dernier point de jonction, mis en avant par le premier texte, est constitué par l’économie comportementale et notamment toutes les études portant sur l’existence d’une préférence pour l’équité ou pour l’altruisme. Ici, la biologie va chercher à expliquer l’origine évolutionnaire de ces préférences mis en avant par les économistes.

J’ajouterai un dernier point de rencontre qui n’est pas explicitement mis en avant dans les textes (mais qui est lié au point précédent), c’est l’étude des phénomènes de sélection hiérarchique ou multi-niveaux et notamment de la sélection de groupe. C’est un sujet qui a fait controverse en biologie et auquel les économistes commencent seulement à s’intéresser. Il est pourtant temps car, s’il s’avère que la sélection de groupe est un hypothèse théoriquement plausible mais empiriquement peu probable au niveau biologique, il y a tout lieu de penser qu’elle a joué un rôle fondamental au niveau culturel.

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« The Missing Motivation in Macroeconomics », ou quand Akerlof fait du Schmoller

C.H.

Venant de finir de lire Identity Economics de George Akerlof et Rachel Kranton (note de lecture à venir prochainement), j’ai entrepris de creuser un peu plus ce programme de recherche en allant voir de plus près ce que Akerlof et Kranton ont raconté dans leurs articles académiques (lesquels proposent souvent une version formalisée des arguments présentés dans l’ouvrage). Ce matin, j’ai notamment lu attentivement un article d’Akerlof datant de 2007, « The Missing Motivation in Macroeconomics », qui renvoie en fait à sa conférence donnée en janvier 2007 en tant que président de l’American Economic Association. Akerlof y discute de l’état de la recherche en macroéconomie et plus précisément tente de montrer que les travaux actuels ignorent un élément crucial, induisant un biais dans leurs conclusions : le rôle des normes dans les comportements et leur impact macroéconomique. Lire la suite

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La sociologie wébérienne : une sociologie de l’ordre spontané ?

C.H.

Brian Pitt, du blog « The Sociological imagination », suggère un intéressant parallèle entre la sociologie de Max Weber et les analyses en termes d’ordre spontané. J’ai moi-même eu l’occasion de consacrer quelques pages à cette question dans ma thèse et, globalement, j’avais plus ou moins vu la même chose. Ainsi, à propos de la conception générale de l’évolution socio-économique chez Weber (mais aussi chez Hayek et chez Veblen), j’écrivais :

Outre le fait que l’évolution y est conçue de manière purement contingente (…), elle est représentée comme le résultat de l’influence d’un ensemble de forces impersonnelles, éventuellement identifiables, mais qui ne sont contrôlables par aucun individu ou entité sur le long terme. Au-delà, le sentier suivi par l’évolution n’est conçu par aucun esprit en particulier ; il s’agit d’un effet émergent produit par un ensemble d’activités entreprises de manière décentralisée et répondant à des contraintes spécifiques. (…) L’analyse wébérienne du processus de rationalisation et de l’émergence du capitalisme (…) relève également pour partie de cette conception spontanée de l’évolution sociale. Si Weber identifie les facteurs ayant permis ou, au contraire, freiné le développement des institutions du capitalisme, il décrit l’émergence de ce dernier comme le résultat de la combinaison fortuite et non intentionnelle d’un ensemble d’éléments historiquement plus ou moins indépendants. Lire la suite

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