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Harsanyi et l’observateur impartial (1/2)

(Billet en deux parties, la suite dès vendredi)

John Harsanyi est l’un des auteurs majeurs de la science économique du 20ème siècle. Théoricien de la décision, il est notamment à l’origine de la vaste littérature sur les jeux en information imparfaite. Harsanyi était aussi philosophe et, à peu près à même époque que Rawls (mais avant celui-ci), il a développé une théorie de la justice basée sur le concept de voile d’ignorance. A la différence de Rawls, qui a construit une théorie égalitariste de la justice sur la base du concept de maximin, Harsanyi a développé une théorie utilitariste fermement ancrée sur le concept de préférence et l’hypothèse de maximisation de l’utilité espérée. Le rôle que joue le concept de préférence dans cette théorie explique pourquoi on peut souvent lire que Harsanyi a développé un preference-based utilitarianism. Je vais revenir dans ce billet sur une composante essentielle de la théorie d’Harsanyi, les comparaisons interpersonnelles d’utilité et sur la thèse (un théorème plus exactement) selon laquelle on pourrait définir un observateur impartial unique identifiant une fonction d’utilité sociale à maximiser. L’impasse dans laquelle cette thèse débouche est en effet porteuse d’un certain nombre d’enseignements. Lire la suite

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Justice fiscale

Imaginez un ensemble de personnes placé sous voile d’ignorance devant s’accorder sur la définition des institutions organisant la société dans laquelle elles vont vivre. Les personnes ne connaissent ni leur future position sociale dans cette société, ni même leur « personnalité » (par exemple, leurs préférences). Les institutions devant être définies concernent tous les aspects de la vie socioéconomique, en particulier la fiscalité et les modalités de redistribution de la richesse. Maintenant, faisons une expérience de pensée et posons-nous la question suivante : peut-on imaginer un critère de décision derrière un voile d’ignorance (le maximin rawlsien débouchant sur le principe de différence, le critère bayesien et l’utilitarisme de règle à la Harsanyi, etc.) qui conduirait à ce que les artistes et les sportifs bénéficient « d’exceptions fiscales », comme par exemple ne pas être soumis à la taxation des revenus très élevés pourtant mis en place sous ce même voile d’ignorance ? Intuitivement, je dirais non (mais je ne demande qu’à être démenti).

Entendons-nous bien, je n’affirme pas que la « taxe Hollande » était une bonne idée économiquement parlant. C’est plutôt une réforme en profondeur de l’ensemble de la fiscalité qui est probablement nécessaire. Par ailleurs, même si l’on peut questionner la pertinence d’un raisonnement sur la justice par le biais du concept de voile d’ignorance, j’aurais tendance à être d’accord avec Ken Binmore pour dire qu’il s’agit d’un outil de réflexion qui permet de révéler nos conceptions profondes de la justice parce qu’il reflète finalement les conditions de vie incertaines de nos ancêtres. Peut-être que la mise en place d’une tranche d’imposition à 75% est une mauvaise idée, mais ce qui l’est encore plus c’est de maintenir cette mesure tout en instaurant des exonérations qui me semble défier le sens commun de la justice, et ceci pour de purs motifs de marchandage politique…

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