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Mécanismes, causalité et micro-fondements

Le dernier numéro de la revue Philosophy of the Social Sciences comporte un certain nombre d’articles très intéressants, dont deux plus particulièrement s’intéressent à la nature des explications en termes de mécanisme : « Overcoming the Biases of Microfoundationalism: Social Mechanisms and Collective Agents » de T. Kaidesoja et « Generative Explanation and Individualism in Agent-Based Simulation » de C. Marchionni et P. Ylikoski.

Les deux articles montrent que les explications en termes de mécanisme ne requièrent pas nécessairement de faire reposer l’analyse sur des micro-fondements. Autrement dit, on peut expliquer les phénomènes sociaux en termes de mécanismes sans pour autant nécessairement partir des actions et des croyances des individus. Il est légitime d’invoquer des mécanismes macro-sociaux dans l’explication. L’article de Marchionni et Ylikoski défend plus particulièrement en ce qui concerne les simulations multi-agents en montrant que ces modèles génèrent souvent des mécanismes qui reposent sur des objets « macro » non-réductibles à des propriétés que l’on pourrait attribuer à des individus. J’ai développé une idée similaire, dans une perspective un peu différent toutefois, dans ce papier. Toujours sur ce sujet de l’explication en termes de mécanismes, ce papier de Daniel Little est particulièrement intéressant (voir ce post pour un résumé des idées principales de l’article).

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Réductionnisme et individualisme méthodologique

Daniel Little propose un nouveau billet sur l’individualisme méthodologique. J’ajouterai trois points qui complètent le propos de Little :

* Le principe – ontologique – selon lequel tous les phénomènes sociaux (institutions, relations entre agrégats, etc.) trouvent leur origine dans les croyances, préférences et actions des individus n’implique pas logiquement que l’explication en sciences sociales doivent nécessairement se réduire à ces croyances, préférences et actions. On a en effet à faire à un cas particulier de la thèse « survenance-implique-explication-réductionniste » dont j’ai noté l’autre jour qu’elle est fausse.

* La plupart des explications en sciences sociales sont des explications causales. Quand on regarde les théories de la causalité, une grande partie d’entre-elles repose sur une variante ou une autre de l’approche contrefactuelle. C’est par exemple le cas de la théorie de la causalité comme intervention développé depuis quelques années par James Woodward et qui tend de plus en plus à faire consensus. Dans ce cadre, les explications causales « macro » sont totalement légitimes dès lors qu’elles satisfont à un certain nombre de critères. En quelques mots, on dira que la variable X cause la variable Y si, et seulement si, pour au moins certaines valeurs de X = x, suite à une intervention I (répondant à certains critères) modifiant X tel que X = x’, la valeur de Y change de y à y’. Cette définition de la causalité (qui correspond largement à la pratique scientifique effective, en particulier dans les sciences de la nature) rend ainsi tout à fait légitime de parler de relations causales entre agrégats. Bien entendu, la critique de Lucas et la nécessité de prendre en compte les anticipations (rationnelles) des agents sont toujours valables, et doivent être pris en compte lorsque l’on définit le bon niveau d’explication à adopter.

* Comme j’ai essayé de le montrer ailleurs (auto-promo), les explications des phénomènes institutionnels qui reposent sur une approche en termes de théorie des jeux ne peuvent, ni en pratique ni en principe, réduire l’explication aux propriétés des agents. Non seulement, les institutions (conventions, normes, règles juridiques) sont nécessaires comme input dans l’explication pour surmonter le problème de la multiplicité des équilibres, et de plus il faut prendre en compte le fait qu’une institution est interprétée par les agents en fonction du contexte institutionnel plus large dans lequel elle s’insère. On ne peut faire abstraction des « macro-structures » dans lesquelles s’insère l’action des agents. On retrouve une idée similaire chez John Searle, avec son concept de Background.

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