Mensonge et politique

Soit un homme politique i qui peut définir un certain niveau de mensonge mi de manière à maximiser son utilité ui(., mi) avec ui’ > 0. L’homme politique maximise son utilité pour un niveau de mensonge mi*. En n’étant pas sincère, l’homme politique i pénalise toutefois tous les autres hommes politiques j en affectant leur crédibilité auprès des électeurs. Formellement, l’utilité uj de ces derniers est négativement fonction du niveau de mensonge de i, soit uj(., mi) avec u’ < 0. Autrement dit, le mensonge de i est générateur d’externalités négatives sur le reste de la population des hommes politiques. En conséquence, le niveau de mensonge mi* est socialement sous-optimal.

 Comment les hommes politiques peuvent-ils remédier à cette défaillance du « marché politique » ? Une possibilité consiste à jouer une stratégie de « boycott politique » : tout homme politique dont le niveau de mensonge est supérieur au niveau socialement optimal mi est exclu de son parti politique et, pour faire simple, de l’ensemble de la vie politique. Est-ce une stratégie crédible ? Notons Vit la somme des flux des gains futurs actualisés découlant d’une carrière politique pour n’importe quel agent i (en incluant les gains issus d’un niveau de mensonge socialement optimal) et notons vit les gains d’une carrière non-politique. Pour simplifier, supposons vit = 0. De ce fait, si Vit > ui(mi*) + 0 avec mi* > mi, un homme politique n’a pas intérêt à mentir au-delà du niveau socialement optimal. Les autres hommes politiques ont par définition intérêt à pratiquer le boycott à partir du moment où cela permet de maintenir le mensonge de la classe politique à un niveau socialement optimal et où il n’est pas trop couteux d’exclure un de leurs collègues.

Une difficulté provient du problème d’information : le niveau de mensonge précis d’un homme politique n’est pas directement observable et est donc difficile à déterminer. Un homme politique peut choisir un niveau de mensonge supérieur au niveau socialement optimal mi mais inférieur à son niveau individuellement optimal mi* en prenant en compte la probabilité d’être découvert. De ce point de vue, le rôle des médias de type Mediapart ou Le canard enchaîné est socialement très utile car il permet de remédier (partiellement) au problème d’information. Plutôt que de les vilipender comme ils le font souvent, les hommes politiques feraient mieux de les louer : pour un mensonge révélé, combien ne voient jamais le jour du seul fait de la désincitation au mensonge créée par les médias ?

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4 Commentaires

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4 réponses à “Mensonge et politique

  1. Yoyo

    Excellent..Si seulement j’avais su ressortir ces arguments pour mon master en économie!

  2. lnk

    Le problème vient me semble-t-il principalement de l’évaluation de la probabilité d’être découvert, dont on peut penser qu’elle est systématiquement sous-estimée. Et ce, d’autant plus que l’utilité est élevée : or quand un homme politique a déjà une carrière politique importante derrière lui, la découverte éventuelle des faits qu’il cherche à dissimuler en mentant entraînerait des conséquences telles (perte de tous les avantages obtenus) qu’en pratique aucune stratégie alternative au mensonge n’est envisageable. L’utilité um (désolée je ne trouve pas comment changer le format des caractères dans mon navigateur) du mensonge est alors à un niveau tel qu’intégrer le risque d’être découvert devient impossible : ce risque paraîtra toujours égal à ε.
    C’est là qu’intervient l’utilité sociale de médias du type Mediapart ou le Canard enchaîné : leur existence peut permettre d’amener l’évaluation du risque d’être découvert à un niveau plus réaliste.

  3. jefrey

    Super analyse. J’adore ce genre de petites réflexions avec des résultats éclairants et pas forcément intuitifs.

    Par ailleurs, la tendance un peu plus technique (à base de petits modèles) mais toujours très accessible de votre blog est fort sympathique. 

  4. La conclusion de votre dernier paragraphe n’est valable que si les média ne mentent ou ne se trompent jamais (ou suffisamment peu). Ne me dites pas que ce n’est pas possible:
    * tout le monde peut avoir intérêt à mentir ou se tromper à un moment ou à un autre
    * il y a déjà eu des mystifications de premier ordre auxquelles les médias se sont prêtés de bonne grâce

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