NBA et analyse des réseaux : les attaques sont-elles devenues plus efficientes ?

Il y a maintenant plus de trois ans, j’écrivais un billet sur le « prix de l’anarchie » au basket. Dans ce billet, je relayais une étude analysant les attaques des équipes de la NBA (ligue professionnelle nord-américaine de basket) comme des réseaux devant résoudre un problème d’allocation des ressources (le ballon) en fonction de l’efficience des différents noeuds (les joueurs). Le résultat intéressant de cette analyse était de suggérer que, en termes d’efficience, les meilleurs joueurs (en tout cas, les plus efficaces) ne devaient pas nécessairement prendre plus de tirs que leurs coéquipiers.

Une caractéristique assez forte du jeu offensif en NBA était jusqu’à présent que le scoring était relativement concentré entre quelques joueurs au sein d’une équipe, de même que pour la répartition des tirs. Depuis quelques années, j’ai toutefois l’impression que les choses évoluent et que de plus en plus d’équipes tendent à avoir une répartition du scoring « à l’européenne », c’est à dire avec un nombre assez important (4 à 6) de joueurs entre 10 pts et 20 pts par match. Par curiosité, j’ai été regarder quelques statistiques sur les 14 dernières saisons (dont celle-ci, en cours) et j’ai été frappé de constater que cette année, seuls 8 joueurs marquent 20 points ou plus par match, alors qu’au milieu des années 2000, il y en avait régulièrement plus de 20. L’une des explications pourrait être que moins de points sont marqués par match, mais cela ne semble pas être le cas. Par exemple, si l’on compare  avec le nombre d’équipes qui marque 100 points ou plus par match, voilà ce que l’on obtient :

NBA

Pas besoin d’analyse statistique sophistiquée pour voir que la variation du nombre de joueurs à plus de 20 points par match d’une année sur l’autre est difficilement explicable par la variation du nombre d’équipes marquant plus de 100 points. Bien sûr, une variable plus pertinente serait le nombre moyen de points inscrit par match par l’ensemble des équipes. L’idéal serait même de calculer l’évolution de la part des points inscrits par les meilleurs marqueurs dans chaque équipe. Les données sont assez aisément accessibles, il suffit juste de les rentrer et de les traiter. Avis aux amateurs.

Comment expliquer cette baisse du nombre de « gros » scoreurs ? Une première explication plausible est le fait que depuis quelques années, les meilleures équipes ont pris pour habitude de composer des « Big Three », voire des « Big Four », c’est à dire faire en sorte de réunir dans la même équipe plusieurs très forts joueurs en pleine force de l’âge. Les Boston Celtics ont lancé le mouvement en 2007 en faisant venir Kevin Garnett et Ray Allen aux côtés de Paul Pierce. Les Miami Heat leur ont emboité le pas en 2010. Et les Lakers ont fait encore plus fort cette année en réunissant (sans grand succès pour l’instant) quatre très forts joueurs sous le même maillot. Forcément, quand vous mettez dans la même équipe trois joueurs qui avaient l’habitude de marquer plus de 20 points par match auparavant, il est fort probable qu’au moins l’un des trois passe sous cette barre.

Une autre explication complémentaire serait l’évolution des styles de jeu. Les succès récents et assez surprenants d’une équipe comme les San Antonio Spurs où depuis plusieurs années le scoring est très répartie pourraient expliquer que d’autres équipes aient cherché à construire un jeu offensif plus collectif. Les Grizzlies, les Pacers ou les Clippers sont de bons exemples d’attaques (relativement) performantes et où les shots et les points sont bien distribués entre plusieurs joueurs. Quoiqu’il en soit, il semble que cette évolution aille dans le sens de l’étude citée plus haut.

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2 Commentaires

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2 réponses à “NBA et analyse des réseaux : les attaques sont-elles devenues plus efficientes ?

  1. Mat

    Bonjour,

    C’est toujours très agréable de lire vos billets, notamment quand il est question de NBA’ (mais pas seulement !).

    Par rapport aux éléments que vous avancez, est-ce que l’on pourrait aussi ajouter au moins deux hypothèses :

    1) les joueurs qui « scoraient » beaucoup ont vieilli. Du coup leur moyenne de points baisse (je sais que ce n’est pas valable pour tous), voire certains sont partis à la retraite et la « relève » se fait attendre ;

    2) un temps de jeu moindre au cours du temps ? Cela peut-être lié avec des blessures (en augmentation ?) qui pénalisent le rendement des joueurs : moins de temps sur le parquet => vers une meilleure répartition du « scoring » ?

    3) Un dernier élément : Les données portent sur la saison régulière et les play-offs ou seulement la première ?

    • C.H.

      Pour répondre à votre dernière question, les données portent uniquement sur la saison régulière. Il est probable que le scoring soit plus concentré en playoff.

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