Kirman sur l’économie de la complexité

C.H.

Le dernier numéro de l’Erasmus Journal for Philosophy and Economics comporte une longue et intéressante interview d’Alan Kirman où il est question notamment des développements de l’économie de la complexité. Kirman a sorti récemment un ouvrage sur le sujet, ouvrage que je viens de recevoir et que je vais m’empresser de lire. On peut trouver une note de lecture dessus dans le même numéro de l’EJPE.

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7 Commentaires

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7 réponses à “Kirman sur l’économie de la complexité

  1. Gu Si Fang

    Merci pour cette idée de lecture.

  2. Thomas

    Un commentaire très en retard.

    Je suis un peu partagé au sujet d’Alan Kirman. Les gens que je connais n’arrêtent pas de dire du bien de lui (à juste titre) mais je suis moyennement convaincu par ce qu’il défend. Le cours que j’ai eu avec lui se résume plus ou moins à ce qui est dit dans l’interview.

    Ce qui me gêne, c’est que s’il met met en valeur des méthodes pas des plus orthodoxes et qu’il dit « vous voyez, on a tel (micro) résultat », je n’arrive pas très bien à voir là où il veut aller. Ca manque un peu d’une règle de travail. La force de la théorie des jeux ou de la micro, c’est justement la discipline de l’équilibre qu’il critique. Je vois ça du genre : « faites ce que vous voulez du moment que vous avez un équilibre, vous respectez le critère minimal imposé ». La contrainte d’arriver à un équilibre impose justement de ne pas sortir n’importe quelle hypothèse pour arriver au résultat qu’on souhaite.

    Après, ce n’est que mon humble avis. Alan Kirman en sait beaucoup plus que mois sur le sujet et a je n’en doute pas de très bonnes raisons de dire ce qu’il dit.

    • C.H.

      Oui, vous avez raison. En même temps, peut-on parler de « discipline de l’équilibre » quand on sait que la norme dans un article de micro est de discuter des propriétés d’un équilibre E, alors même que l’on ne sait pas s’il existe de processus qui peuvent nous faire converger vers E et que l’on ait obliger de postuler des mécanismes d’agrégation irréalistes pour passer des comportements micro à l’équilibre macro ? Les problèmes avec le concept d’équilibre que met en avant Kirman sont connus depuis les années 70 et 80, et ce qui est surprenant c’est que tant d’économistes continuent à faire comme s’ils n’existaient pas.

      Il est intéressant de comparer la relative indifférence avec laquelle la plupart des économistes traitent les problèmes du concept d’équilibre avec les jugements sévères que ces mêmes économistes émettent à l’égard des méthodes défendues par Kirman.Il est indiscutable que les outils méthodologiques de l’économie de la complexité sont imparfaits, qu’ils posent des problèmes en termes de contrôle des résultats, qu’ils ne satisfont pas toujours à une certaine exigence de rigueur, etc. Mais est-ce que ces problèmes sont plus graves que ceux qui affectent le concept d’équilibre qui, certes, fournit un critère précis d’évaluation d’un modèle, mais qui en même temps conduit à passer sous silence tout un tas de questions fondamentales ?

      La science, et en particulier la modélisation, c’est
      d’abord une bonne dose de pragmatisme. C’est au nom de ce pragmatisme que beaucoup d’économistes refusent de remettre en cause leurs méthodes traditionnelles, au motif que « ça marche », eu égard à la nature des normes scientifiques de la profession. Mais il faut remarquer que les méthodes que défend Kirman ne sont extravagantes qu’en économie, tandis qu’elles sont adoptées de manière extensive dans la plupart des autres sciences depuis un petit moment déjà. Pragmatiquement parlant, cela devrait nous faire nous poser des questions sur notre démarche d’économiste.

      • elvin

        200% d’accord. Dans le même esprit, j’ai trouvé dans un article de Fabian Muniesa la phrase suivante, qui pour moi est une condamnations sans appel de la pratique actuellement dominante de l’économie: « the truth or falsehood of economics depends now on its capacity to construct worlds in which its claims can hold together, not on any natural adequacy of these claims to their external objects »

  3. Dieu

    Il y a des hypothèses qui sont justes, d’autres qui sont fabuleuses. La différence est que les hypothèses « réalistes » se réalisent, alors que les autres restent dans un système fermé (au sens de Kirman), et appartiennent au domaine de l’érudition. L’hypothèse du marché pur et parfait est d’ailleurs tellement irréaliste que n’importe quel individu lambda pourra contester ces hypothèses. (réponse à Thomas)
    La force de Kirman est d’avoir distingué une rationalité individuelle et collective dans un champ théorique qui était trés fermé. Il a réussi à dépasser la logique contractuelle qui restait plus ou moins attaché aux théories évolutionnistes, mais il ne se dit pas appartenir à l’école des conventions. Or, une convention est déterminée par les règles constitutives et régulatrices du marché, ainsi que par la sociologie des acteurs. La convention est à la fois un moyen de coordination interindividuelle et un support de rationalité individuelle. Elle se situe entre le consensus et le conflit. Elle décrit un système dynamique très inspiré du monde réel (phénomènes d’apprentissage, communication préalable, prophétie auto-réalisatrice) qui peut conduire à un équilibre de Nash.
    Et pour citer Keynes: « il vaut mieux avoir tord avec les autres, que raison tout seul » dans une économie de marché.
    Kirman ne cite pas ses racines. A moins qu’il veuille se présenter comme un économiste hétérodoxe, il faudra qu’il justifie selon moi, le fait qu’il ne peut pas continuer la lignée de l’école des convention.
    En effet, la différence entre la rationalité individudelle et collective pourrait résulter d’un manque de coordination et de coopération entre les conventions explicites (disponibles sur le marché) et celles qui sont implicites (à l’intérieur des organisations, faute du comportement des acteurs). Et cette école ne remet pas en cause l’hypothèse de l’individualisme méthodologique comme le fait Kirman, pour aboutir finalement à des résultats équivalents.
    En critiquant le système figé de l’économie, il faudrait définir ce qu’il entend par système économique, et considérer que ce système ouvert est influencé par la rationalité individuelle, ce qui explique aussi qu’il y a une justice qui est faite entre un groupe d’agents, indépendamment de la norme collective où les principes de la justice classique s’appliquent. Mais cela conduit à une réflexion menée par l’école des conventions.

  4. Thomas

    Merci pour les réponses.
    L’argument selon lequel « les méthodes que défend Kirman ne sont extravagantes qu’en économie, tandis qu’elles sont adoptées de manière extensive dans la plupart des autres sciences depuis un petit moment déjà » me parait particulièrement pertinent.

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