Schelling revisited

C.H.

Thomas Schelling est notamment connu pour ses travaux sur la dynamique sociale et sur les phénomènes de masse critique (tipping point). Son article « Hockey Helmets, Concealed Weapons, and Daylight Saving: A Study of Binary Choice with Externalities » est un modèle du genre. La référence au casque des joueurs de hockey s’explique par l’anecdote avec laquelle Schelling commence son article :

Shortly after Teddy Green of the Bruins took a hockey stick in his
brain, Newsweek (1969) commented:

« Players will not adopt helmets by individual choice for several reasons. Chicago star Bobby Hull cites the simplest factor: « Vanity. » But many players honestly believe that helmets will cut their efficiency and put them at a disadvantage, and others fear the ridicule of opponents. The use of helmets will spread only through fear caused by injuries like Green’s-or through a rule making them mandatory… One player summed up the feelings of many: « It’s foolish not to wear a helmet. But I don’t-because the other guys don’t. I know that’ silly, but most of the players feel the same way. If the league made us do it, though, we’d all wear them and nobody would mind. »
The most telling part of the Newsweek story is in the declaration attributed to Don Awrey. « When I saw the way Teddy looked, it was an awful feeling . .. I’m going to start wearing a helmet now, and I don’t care what anybody says. » Viewers of Channel 38 (Boston) know that Awrey does not wear a helmet.

Ce que cette anecdote illustre est un phénomène classique lorsqu’il y a des équilibres multiples : bien qu’il soit dans l’intérêt de tous les joueurs de hockey de porter un casque, le désir de chaque joueur de faire « comme les autres » enferme la population des joueurs dans un équilibre sous-optimal où personne ne porte de casque.

L’anecdote est encore d’actualité comme le révèle ce très intéressant article écrit par un joueur de la ligue nord-américaine de hockey (NHL). Le problème ne porte plus sur le port du casque (lequel est maintenant obligatoire) mais sur le port d’une visière ayant pour fonction de protéger une partie du visage. On y retrouve le raisonnement à la Schelling : a priori, les joueurs gagneraient collectivement à porter une visière mais individuellement, son port est désavantageux (essentiellement pour des raisons de visibilité comme expliqué dans l’article). Une règle contraignante imposant le port de la visière pourrait régler le problème. Mais l’auteur met en avant un autre aspect qui est souvent ignoré, relatif au fait qu’une règle peut modifier les comportements de manière non anticipée :

Sometimes there are unintended consequences to rule changes as well. At the beginning of the 2010-11 season all players were required to switch to shoulder pads with thicker, softer foam on the shoulder caps.

The idea was that the softer padding would reduce injuries in the event of shoulder to head contact. These new shoulder pads are universally unpopular with the players. They are huge, and I know many of teammates feel that they are so protective that they actually encourage players to hit even more recklessly. As a result, the new shoulder pads could produce the opposite effect for which they were originally intended.

I am told the League is now considering going to the opposite end of the spectrum and reducing the size of the shoulder caps. If they make them small enough, the hitter might be more conscious of the chances of injuring himself, and therefore are likely to play under control.

I do believe that in some cases the widespread use of visors has contributed to more reckless play — whether it’s how players handle their sticks, or how fearless they are leaning into a bodycheck.

Does this recklessness outweigh the obvious safety benefits of wearing a visor? I don’t know, but I would say probably not.

Les autres considérations (spectacle vs sécurité des joueurs) sont tout aussi intéressantes. A lire.

3 Commentaires

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3 réponses à “Schelling revisited

  1. Gu Si Fang

    En quoi le port du casque est-il « optimal » ? C’est un jugement normatif : il est mal de prendre ce genre de risque. Schelling adopte aussi un point de vue assez moralisateur en ce qui concerne les cigarettes (Addictive Drugs: The Cigarette Experience). Pas trop vite !

    Du point de vue des joueurs, le problème devrait être réglé par l’assurance. Il serait intéressant de creuser quelle a été la position des assureurs sur le port du casque au hockey. Mais cette réponse risque d’être insatisfaisante pour ceux qui pensent que le port du casque est « optimal ». De leur point de vue, l’arbitrage entre les performances sportives et la prise de risque (ce que l’assurance peut gérer) n’est pas important. Ce qui importe, c’est d’interdire une activité dangereuse parce qu’elle les met mal à l’aise.

  2. C.H.

    Je pense (mais cela serait à démontrer) que le non-port du casque (ou d’une visière) est sous-optimal économiquement du point de vue de la ligue et des équipes pro : le débat sur le port de la visière vient d’être relancé parce qu’un des plus célèbres défenseurs qui évoluent en NHL pourrait ne plus rejouer en raison d’un coup de crosse pris dans l’oeil. Les joueurs étant les principaux actifs des équipes pro, ce genre de blessure (qui est plus fréquent qu’on ne pourrait le croire) est économiquement pénalisant. La question est alors pourquoi les équipes n’obligent pas chacune de leur côté les joueurs à porter le casque ? Peut être n’en ont-elles pas le droit.

    C’est intéressant de voir que l’on retombe sur un débat relatif au paternalisme. Mais le fait que cela implique un jugement normatif n’est pas en soi un problème. Notamment, je tiens à faire remarquer que la NHL est une ligue privée et, qu’à ce titre, elle peut légitimement (d’un point de vue libéral/libertarien) mettre en place les règlements qu’elle veut, comme pourrait le faire n’importe quelle entreprise par exemple. Et il y a des cas où, paternalisme ou pas, des mesures contraignantes semblent aller de soi. Je rappelle qu’il y a encore quelques années le port du casque n’était pas obligatoire dans les courses cyclistes et, de l’aveu de certains coureurs (je crois avoir entendu ça dans une interview de Gilbert Duclos-Lassalle), beaucoup se refusaient à porter le casque par peur de perdre leurs cheveux ! Eu égard à l’efficacité du port du casque, jugement normatif ou pas, imposer une règle contraignante ne me semble pas déraisonnable.

  3. Gu Si Fang

    D’accord sur la légitimité d’imposer un règlement au niveau de la ligue. Mais je veux surtout insister sur la question de l’assurance qui me semble clé si l’on veut sortir de l’aspect normatif. S’il s’agit uniquement de satisfaire les préférences des joueurs, des propriétaires de clubs etc. le problème est la coordination des comportements individuels. Or, l’assurance peut beaucoup, et il faut y penser chaque fois qu’on aborde ce domaine.

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