Le (nouvel) esprit du capitalisme

C.H.

Le titre de ce billet ne m’est pas inspiré de l’ouvrage de Boltanski et Chiapello mais plutôt de ce récent article de The Economist qui propose une intéressant analyse des mouvements de contestation « anti-capitalisme » qui se multiplient dans le monde. La lecture de cet article m’a tout de suite fait penser à l’ouvrage de Karl Polanyi, La grande transformation, et à sa fameuse thèse du double mouvement. Polanyi suggère qu’à partir du moment où le fonctionnement des économies occidentales a commencé à être fondé sur des mécanismes marchands (avec, comme principales incitations, l’appât du gain et la peur de la faim), le corps social a été amené à réagir de façon plus ou moins violente à la dissolution des institutions traditionnelles soutenant la société.

La dynamique est la suivante : en se développant, le marché permet certes une hausse du niveau de vie (via le progrès technique notamment) mais remet en cause les mécanismes de réciprocité et de redistribution qui jadis permettaient à tous les membres de la société de (sur)vivre. L’extension du marché met en péril les relations sociales fondées sur le statut et favorise au contraire celles passant par le contrat. Ou, pour reprendre la fameuse dichotomie de Ferdinand Tönnies, la communauté perd peu à peu du terrain par rapport à la société. Cela se traduit notamment par la constitution en marchandise d’objets qui, intrinsèquement (ontologiquement) n’en sont pas. Ce sont les « marchandises fictives » dans lesquelles Polanyi range la terre, la monnaie et surtout le travail. Le travail devient en effet une marchandise à partir du moment où apparait un marché du travail dans lequel un prix (le salaire) permet la coordination entre l’offre et la demande de travail. Dès lors, selon Polanyi, c’est la peur de la faim qui va guider les actions des travailleurs car le passage par le marché du travail devient leur seul moyen de subsistance. La « marchandisation » induit une destruction du tissu social qui n’est toutefois pas laissée sans réponse. L’émergence de la législation sociale durant la seconde moitié du 19ème siècle dans la plupart des pays industrialisés, les «poors laws » en Angleterre au début du 19ème siècle ou encore, plus près de nous, le développement d’une protection sociale étatique peuvent tous se voir comme une réaction du corps social aux effets destructeurs de l’extension du marché. Polanyi va plus loin et suggère que les mouvements populistes du début du 20ème siècle sont eux-mêmes le fruit d’une réaction à la marchandisation et à ses effets.

En dépit du fait qu’il soit difficile de définir un socle de revendications émanant des mouvements contestataires actuels, il est tentant de relier ces mouvements au mécanisme de balancier théorisé par Polanyi. Ces mouvements sont clairement une réaction à la dégradation des conditions sociales et économiques d’une partie de la population. Certaines franges de la contestation ont d’indiscutables relents populistes (pensons au Tea party aux Etats-Unis). Dans cette crise, c’est la finance et donc d’une certaine manière la marchandisation de la monnaie qui est considérée comme responsable de tous les maux. Et, point intéressant, c’est encore « le marché » qui rend impossible (ou difficile) la mise en place de mesures pour soutenir les plus démunis : la pression des marchés financiers empêchent les Etats de jouer le rôle qu’ils ont pu jouer à d’autres moments de l’histoire dans ce grand mouvement de balancier de destruction/protection.

Cela dit, bien que cette interprétation soit tentante, je ne suis pas certain qu’elle soit totalement juste. Même si les mouvements contestataires les plus virulents rejettent les fondements mêmes du capitalisme et de l’économie de marché, il me semble que pour l’essentiel le ressentiment à l’égard du fonctionnement actuel de nos économies est fondé sur la rupture de l’égalité et de la justice formelles qui sont le socle d’une économie de marché. Pour comprendre ce point, il est intéressant de revenir sur la distinction entre société de statut et société de contrat proposée par Henry Maine. Une société de statut organise les relations sociales en fonction du statut de chaque individu. Les droits et les obligations de chacun dépendent de sa position dans la société. Sur le plan économique, cela se traduit notamment par une asymétrie formelle qui interdit certaines activités à certaines parties de la population. Le poids des traditions vient légitimer les inégalités formelles et résulte dans une conception de la justice sociale totalement éloignée de toutes considérations égalitaires. Une société de contrats est au contraire basée sur l’idée d’égalité formelle. Un contrat est un accord entre deux ou plusieurs parties libres et égales. Dans cette optique, Max Weber a montré de manière convaincante que l’émergence du « capitalisme moderne » n’a pu être possible que lorsque s’est développé un droit formellement prévisible et, surtout, impersonnel : la personne et son statut disparaissent au profit d’une identité commune à tous les membres de la société.

Cela peut paraître surprenant, mais les relations marchandes sont fondamentalement égalitaristes dans le sens où elles présupposent des individus autonomes et dotés des mêmes droits dans le cadre de cette relation. Un fait stylisé qui caractérise les économies de marché est que l’extension des relations marchandes favorisent l’érosion des croyances discriminatoires. De nombreux travaux expérimentaux suggèrent que le développement des relations marchandes favorisent le traitement égalitaire des partenaires dans le cadre d’un échange économique. D’ailleurs, il est intéressant de regarder toutes les grandes théories de la justice sociale développées par les philosophes depuis la seconde guerre mondiale : toutes sans exception (à ma connaissance) présupposent implicitement ou explicitement une égalité  formelle entre les membres de la société. A comparer avec la conception de la justice sociale d’Aristote qui légitimait l’esclavage. Les philosophes, comme les scientifiques, sont des produits de leur époque et il est clair que leur pensée reflète les conceptions dominantes de leur temps. Par conséquent, et contrairement à ce qui est souvent suggéré, le « marché » n’est pas moralement neutre ; il est au contraire fondé sur l’idée que les participants à une relation marchande ont une identité sociale qui leur confère une égalité dans l’échange. Cette conception de l’équité tend à dépasser les frontières de l’échange marchand et à contaminer toutes les relations sociales.

Bien entendu, égalité formelle ne veut pas dire égalité réelle. De très nombreux facteurs sociaux (et non-sociaux) font que les individus ne peuvent tous avoir la même situation. D’ailleurs, qui dit marché dit aussi division du travail, et donc inévitablement différenciation dans les compétences. Seul le plus grand des hasards (ou un Etat particulièrement totalitaire) pourrait conduire à une égalité réelle parmi tous les membres de la société. Il semble que l’un des moteurs derrière la montée des mouvements contestataires actuels soit justement l’accroissement des inégalités économiques (réelles). Mais le ressentiment plus large d’une fraction croissante de la population des pays développés à l’égard de notre système économique provient peut être aussi du fait que le traitement accordé à certains acteurs économiques ne correspond plus à l’exigence d’égalité formelle promue par le marché. Le traitement de faveur accordé par les Etats aux banques (par nécessité ou par complaisance) est peut être le point focal de ce ressentiment. De la même manière, l’exaspération croissante des population devant la montée des inégalités et notamment le fait qu’une proportion infime de la population n’a jamais été aussi riche, qui génère des revendications pour revoir la fiscalité, n’est pas tant fondée sur un rejet des inégalités per se mais peut être sur le fait qu’elles sont fondées sur une rupture de l’égalité formelle dans les faits, notamment devant l’impôt (les populations aisées ayant la possibilité de délocaliser une partie de leur patrimoine ou d’exploiter les failles de la fiscalité).

Pour résumé, ce qui est contesté aujourd’hui n’est peut être pas tant l’économie de marché ou le capitalisme à proprement parler, mais plutôt le fait que notre système économique et la société dans son ensemble s’éloignent de plus en plus des critères de justice sociale qui ont émergé avec l’extension des relations marchandes depuis les révolutions industrielles. En ce sens, ce n’est pas l’esprit mais le nouvel esprit du capitalisme qui est rejeté.

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22 Commentaires

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22 réponses à “Le (nouvel) esprit du capitalisme

  1. Silvertongue

    Une remarque que je sais être de détail, mais qui ne me semble pas pour autant totalement inutile : il n’y a pas de « justice sociale » chez Aristote. On chercherait en vain une trace de cette expression (qui apparaît au XIXème siècle) dans un de ses textes.

    L’explication a cela, c’est que l’idée même de justice sociale suppose l’avènement de ce que l’on appelle l’économie politique et un socle théorique individualiste. Or, Aristote est holiste. Chez lui, l’homme n’existe pas en dehors de la société – qui lui préexiste (pas seulement au niveau chronologique, ce qui serait assez trivial, mais au niveau ontologique). Il dit explicitement qu’en dehors de la société, l’homme serait un Dieu ou un animal (je n’ai pas le bouquin sous la main pour donner la citation exacte), bref, il ne serait plus à proprement parler un homme.

    Chez Aristote, il y a bien une théorie de la justice (le livre V de l’Ethique à Nicomaque), mais cette théorie loin de s’intégrer dans une théorie politique (ce que supposerait l’idée de justice sociale) prend place dans une philosophie morale. De plus, pour que la question de la justice sociale se pose, il faut une émergence de l’individu (ce que souligne d’ailleurs ton texte par ailleurs) et des droits individuels, deux choses qui me semblent très fortement dissoner avec la pensée d’Aristote.

  2. Tout à fait d’accord. C’est en fait tout le paradoxe de nombreux mouvements qui, formellement, s’oppose au capitalisme que de continuer à penser dans la « mentalité de marché » qui, contrairement à ce que pensait Polnayi, n’est peut-être pas si obsolète que cela.

  3. Il me semble que le ressentiment envers le capitalisme provient de ce que paradoxalement l’égalité formelle mène à l’inégalité réelle, puisqu’elle est en quelque sorte aveugle à la situation des acteurs. Autrement dit le libéralisme (que je comprend comme la volonté d’établir un capitalisme « pur ») serait une forme de scientisme qui consisterait à croire qu’il suffit d’établir une égalité formelle dans les échanges marchands pour que tout aille pour le mieux.
    Je pense donc, contrairement à ce qui est dit en conclusion, que c’est le capitalisme à proprement parler qui est contesté aujourd’hui, si non dans ses principes abstrait, au moins dans ses effets systémiques concrets.

  4. elvin

    @Quentin
    « le libéralisme (que je comprend comme la volonté d’établir un capitalisme « pur ») »
    Non. La volonté des libéraux, comme leur nom l’indique, c’est que chacun soit libre.

    A part ça, ya des gens pour prendre Polanyi au sérieux ???

  5. Je suis pas entièrement convaincu par l’idée que « les relations marchandes [seraient] fondamentalement égalitaristes ». Au contraire, elles me semblent profondément inégalitaires par le fait même de présupposer des individus libres et autonomes. Cela conduit à « naturaliser » (ou essentialiser) les inégalités futures.
    On retrouve la même logique avec notre république color-blind et gender-blind, avec les conséquences qu’on connait sur les différentes formes de discriminations. C’est uniquement en remettant en cause ces présupposés égalitaristes qu’on a pu croître vers une plus grande égalité.

  6. @ApprentiSociologue : les relations marchandes sont effectivement inégalitaires, mais présentées comme égalitaires ou, pour le dire mieux, comme justes : le marché propose, comme le dit C.H., une morale, des principes de justices et de justifications. Et ceux-ci sont extrêmement puissants puisqu’ils parviennent justement à dissimuler/légitimer les inégalités réelles.

    @elvin : heureusement qu’il y a des gens pour prendre Polanyi au sérieux. On se demande bien qui d’un peu sérieux peut ne pas le prendre au sérieux.

  7. elvin

    On peut comprendre et d’une certaine façon respecter les mouvements contestataires actuels, mais il faut aussi admettre que dans la situation où sont nombre de leurs participants, la passion de la révolte l’emporte sur la raison. Comme Polanyi, ils s’en prennent à des coupables imaginaires, et les « solutions » qu’ils proposent, si elles étaient mises en oeuvre, ne feraient en réalité qu’aggraver leur situation.

    On pense à la mise en garde de Sancho Pança au moment où Don Quichotte s’apprête à charger les moulins : « prenez donc garde, ce que nous voyons là-bas ne sont pas des géants, mais des moulins à vent, et ce qui parait leurs bras, ce sont leurs ailes, qui, tournées par le vent, font tourner à leur tour la meule du moulin »

  8. @Elvin le libéralisme économique, c’est que chacun soit libre économiquement. C’est avec la propriété ce qui fonde le capitalisme. Donc le libéralisme est la volonté d’établir un capitalisme pur.

  9. elvin

    plus précisément :
    Le libéralisme (tout court), c’est que chacun soit libre de ses actions. Le libéralisme économique, c’est l’application de ce principe aux actes économiques (dans la mesure où on peut les distinguer des autres).
    Être libre de ses actions, c’est en particulier être libre de disposer ce qu’on a produit par ces actions, notamment de choisir de le consommer ou de l’utiliser pour de nouvelles productions, c’est-à dire d’en faire du capital. Le capitalisme défini comme « la propriété privée des moyens de production » est en effet un aspect du libéralisme. (mais comme on le définit généralement par « la recherche du profit » ou « la domination de la finance », non.)

  10. @uneheuredepeine Tout à fait d’accord. Mon commentaire visait plutôt à rappeler que se prétendre égalitaire (ou juste, qui est un meilleur terme) ne signifiait absolument pas être égalitaire.

  11. @Elvin
    Ok pour les définition, on est à peu près d’accord. Mais même sans définir le capitalisme comme « recherche du profit » ou « domination de la finance », ce que je ne fais pas (parce que ça revient à définir une chose par ce qu’elle produit), c’est bien le capitalisme en tant que tel qui d’après moi génère du ressentiment (justement à travers les effets qu’il produit).

    • elvin

      Oui, mais n’empêche : d’une part ces critiques laissent complètement de côté les effets positifs du libéralisme et du capitalisme, qui dépassent de très loin leurs effets négatifs, et d’autre part ne voient pas que les autres systèmes auxquels ils pensent (plus ou moins vaguement) auraient des effets négatifs bien pires et nettement moins d’effets positifs.

      • @Elvin : Evidemment, si vous lisez Polanyi avec en tête « there is no alternative », je comprends que vous ne l’appréciez que peu. Mais l’intérêt de Polanyi ne se situe pas tant dans l’alternative (du reste très vague mais qui laisse une place au marché quand même…) qu’il propose, que sur le cadre théorique qui construit et qui est particulièrement puissant pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

  12. elvin

    @Une heure de peine
    Avouez que quelqu’un qui fait reposer toute une théorie de la société sur l’idée que c’est l’apparition des mécanismes marchands qui a créé l’appât du gain et la peur de la faim, c’est difficile de le prendre au sérieux.
    Néanderthal et Cro-Magnon, ils n’avaient pas peur de la faim, peut-être ?

    • C.H.

      Polanyi (comme beaucoup d’anthropologues du 20ème siècle) avait clairement une vision très idéalisée des sociétés primitives. Je concède aussi que l’histoire économique de l’Occident telle que la reconstitue Polanyi est artificiellement dramatisée. De fait, Polanyi était un mauvais historien (ou se fichait pas mal des considérations purement historiques). Mais l’oeuvre de Polanyi ne tire pas son intérêt de sa dimension historique. Car même si Polanyi a forcé le trait, il a compris mieux que personne les transformations institutionnelles et culturelles profondes que le développement de l’économie de marché a induit. Peu d’auteurs ont développé une vision si riche des interactions complexes entre les mécanismes marchands et les diverses formes de structures sociales sur lesquelles les communautés se sont construites pendant des centaines d’années. On peut être en désaccord avec Polanyi sur pas mal de choses (son histoire économique, sa croyance dans un socialisme décentralisé, où même son point de vue sur l’émergence des régimes totalitaires), mais on ne peut nier l’importance de son oeuvre pour mieux comprendre la nature de l’économie de marché sans être de mauvaise foi.

      • elvin

        Je concède (à mon tour…) que ce que dit Polanyi de l’économie de marché est largement vrai, mais l’est tout autant dans n’importe quelle autre forme d’organisation sociale. Son erreur (qu’il n’est hélas pas le seul à commettre) c’est d’imputer à l’économie de marché des caractéristiques qui sont tout simplement celles de la nature humaine. En plus, sa nostalgie de la société de statut me le rend foncièrement antipathique.
        Et amha il y d’autres auteurs qui sont autrement plus importants pour comprendre la nature de l’économie de marché. (suivez mon regard…)

    • @elvin : je peux effectivement comprendre qu’avec de telles caricatures en tête vous ayez du mal à prendre Polanyi au sérieux. Il est juste dommage que ce ne soit pas du tout ce que Polanyi écrit…
      Polanyi n’a jamais dit que les mécanismes marchands avaient créé l’appât du gain et la peur de la faim. Premièrement parce qu’il insiste sur le fait que des mécanismes marchands ont existé à toutes les époques, mais que le trait dominant des sociétés de marché est l’autonomisation et la domination du marché (ou son désencastrement). Deuxièmement, parce qu’il insiste également sur le fait que ces motifs de l’action ont toujours et partout existé, mais que la caractéristique de la mentalité de marché est d’en faire d’en faire les motifs exclusifs, les seuls qui soient considérés comme « réels » ou véritablement « économiques ». Enfin, parce qu’il distingue bien la faim comme expérience individuelle et comme expérience collective : dans les sociétés traditionnelles, dit-il, il existe des mécanismes qui font que celui qui ne travaille pas ne ressentira pas nécessairement la faim : le groupe se préoccupe de lui ; par contre si tout le groupe connaît une famine, effectivement, tous ressentiront la faim, et celle-ci les motivera sans doute à changer leur façon de faire, à chercher un nouveau coin à mammouth ou que sais-je encore ; les sociétés de marché vont, dit-il, utiliser la peur de la faim individuelle comme motivation pour faire de chacun un travailleur sur un marché du travail.

      Évidemment, tout n’est pas parfait chez Polanyi, et même ce que je viens de décrire sur la faim est critiquable sur certains points. Encore faut-il le connaître…

      • elvin

        On rejoint une autre de mes critiques récurrentes, qui ne s’adresse pas spécifiquement à Polanyi mais s’applique aussi à lui : il confond l’image artificielle et fausse que les économistes (néoclassiques) construisent de la réalité avec la réalité elle-même.
        Si de fait le marché était « désencastré » ou si l’appât du gain et la peur de la faim étaient de fait les motifs exclusifs de l »action, sa critique aurait un sens. Heureusement il n’en est rien, et encore moins dans les sociétés modernes « de marché » que dans les sociétés primitives.

  13. @elvin : que puis-je répondre si ce n’est « lisez Polanyi » ? Polanyi soutient que le désencastrement est une situation limite qui entraîne l’effondrement des sociétés ou des réactions de ré-encastrement qui peuvent avoir des formes plus ou moins violentes. Il situe le plein avènement de la société de marché dans une période historique bien précise et très courte. La « grande transformation », c’est d’ailleurs cette sortie de la société de marché proprement dite. Donc, effectivement, si on regarde la société actuelle, on ne voit pas un désencastrement total. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas comme tendance. Cela ne veut pas dire que le concept n’est pas utile pour penser les sociétés modernes. Une fois de plus, vous avez le droit d’être en désaccord. Mais il faudrait avancer des arguments qui montrent que vous connaissez vraiment ce que vous critiquez…

    • elvin

      Bon, je me fiais au résumé qu’en fait Cyril, qui correspond bien à mes souvenirs.
      Mais OK pour suivre votre conseil (c’est dire si je vous estime !) afin de vérifier si le souvenir que j’en ai gardé est tellement éloigné de ce qu’il a vraiment écrit.
      Mais je n’ai pas le bouquin sous la main et il n’est nulle part accessible en ligne. En attendant, le résumé (partiel) qui en est fait ici vous semble-t-il correct ?
      http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Transformation

  14. Dieu

    C.H, la question véritable est de s’interroger sur l’influence du marché, supposé au départ « moralement neutre » sur les agents économiques.
    On comprendra alors en ce sens, comme le fait la sociologie qui suit parallèlement aux mutations de l’économie, l’émergence de nouvelles identités sociales, la corrélation entre les phénomènes de sociétés et les transformations économiques et politiques. C’est un champ ouvert à l’économie qui doit rassembler un savoir inter-disciplinaire: psychologie du travail constatant l’accroissement du mal-être chez l’individu, sociologie, anthropologie: fonction sociale de la monnaie..
    De mon point de vue la rationalité limité économique a beaucoup a gagné si elle tire ses épingles du jeu de la théorie des organisations qui au niveau-microéconomique décrit admirablement le fonctionnement de nos sociétés.
    Cependant, si l’économie reprend ces thèses pour alimenter son discours a caractère pseudo-économique sous fond d’idéologie, alors tout est raté. Il faut sur une théorie de type descriptive ajouter des méthodes scientifiques comme en économétrie ou avec la théorie des jeux pour que l’objet de la science économique ne perde rien en substance.
    Car pour simplifier l’économie est le jeu de la marchande. Et si la marchande comprend la motivation des individus, les tendances socio-affectives, elle pourra expliquer admirablement et en profondeur les fonctions de l’échange et ses répercussions sur la sphère du monde économique et sur la sphère du politique. Le problème est que même si vous admettez une rationalité limitée qui est une pensée juste par ailleurs, vous vous placez du mauvais côté si je puis dire.
    Vous avez la fâcheuse tendance à considérer que la gouvernance précède les échanges, alors que Williamson ou les théoriciens du droit de propriété ou de la théorie évolutionniste avec Nelson et Winter montrent que tout se joue au moment de l’échange: dans le contrat. La firme, n’est pas d’ailleurs un « noeud de contrats » ? Et ce noeud de contrat, ne résulte pas d’une domination du monde capitaliste par excès de libéralisme? Le libéralisme n’entraîne t’il pas un excés de contractualisation, et donc une augmentation de l’incertitude dans un environnement fluctuant?
    Silverstongue, si vous me suivez, le raisonnement est le même pour Aristote. Je ne conteste pas ce qu’il dit, mais j’estime tout simplement regrettable qu’il n’ait pas vécu seulement 2500 ans de plus, auquel cas il aurait peut-être un peu plus à même de comprendre les transformations sociales.
    Celà me fait le même effet que si on demandait à un homme de néanderthal pourquoi il n’a pas inventé le progrés technique utile à la cuisson de son beaf. Je vois que vous vous interessez à l’ontologie, ce qui vous fera peut-être conduire jusqu’à moi, mais le faire de la sorte me fait peur..
    Ensuite, le noyau dur de la philosophie d’Aristote est d’analyser les causes premières, le logos distinct de la métaphysique et de la scolastique. Je ne me suis pas interessé au noyau mou. Contrairement à ce que vous pensez tous sur le forum, la philosophe a moins d’idéologie que ne le présuppose l’économie. Peut-être héritiez-vous d’une déformation professionnelle, ou défendez-vous une grande chapelle? Si Aristote était de ce monde, il dirait simplement que le « phénomène d’encastrement », néologisme propre à ne décrire rien du tout en soi, n’est qu’un accident historique propre à un certain type de société dans un certain temps, et qu’il n’est en aucun cas généralisable à tout phénomène de sociétés. Ah oui j’oubliais.. Aristote faisait aussi des sciences, et qu’il définissait ce qui peut être théorique de ce qui ne l’est pas.
    Au fond Silverstongue, je regrette comme vous que Polagnyi fasse parti des hétérodoxes, car s’il était dans la pensée dominante, des auteurs auraient pu enrichir ces travaux par les mécanismes sociaux, plutôt qu’en carricaturant l’histoire et la philosophie. Méthodologiquement, celà me parait également plus utile d’intoduire ce moyen terme qu’est la sociologie pour expliquer le fond de sa pensée, plutôt que de fonder une doctrine se rattachant directement aux faits historiques. Il a vu juste par ailleurs, mais qui a encore une poutre dans son oeil?

  15. elvin

    Difficile de réagir aux commentaires de Dieu (quel choix de pseudo révélateur !) qui ont tendance à partir dans tous les sens. Je note simplement deux points

    « l’économie qui doit rassembler un savoir inter-disciplinaire »
    Cent fois d’accord. Bien des économistes l’ont dit, notamment ceux dont les idées sont les plus opposées à celles de « Dieu ». Je vous épargne les citations.

    l’encastrement : oui, à la suite de Walras, les économistes « mainstream » ont voulu « désencastrer » leur modèle de l’économie, bien à tort à mon avis. Mais dans la réalité, les phénomènes économiques n’ont jamais été « désencastrés » des autres phénomènes sociaux, ni les phénomènes sociaux « encastrés » dans l’économie, et je maintiens que toute la thèse de Polanyi à ce sujet porte sur un homme de pallie (ou pour être donquichottesque sur des moulins à vent, et ne concerne pas le monde réel..

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