La science comme concours de beauté

C.H.

Voici l’abstract d’un article de Max Albert qui vient de paraître dans la revue Episteme :

Why is the average quality of research in open science so high? The answer seems obvious. Science is highly competitive, and publishing high quality research is the way to rise to the top. Thus, researchers face strong incentives to produce high quality work. However, this is only part of the answer. High quality in science, after all, is what researchers in the relevant field consider to be high quality. Why and how do competing researchers coordinate on common quality standards? I argue that, on the methodological level, science is a dynamic beauty contest.

Je n’ai malheureusement pas accès à l’article mais l’idée que la science repose sur des formes de « conventions de qualité » est déjà présente dans le conventionnalisme de Karl Popper. Comme toute communauté, la communauté scientifique s’est dotée de manière endogène de normes permettant la coordination. Un autre papier du même auteur indique d’ailleurs que ces normes tendent à être déterminées à partir d’un mécanisme de prophéties auto-réalisatrices.

 

8 Commentaires

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8 réponses à “La science comme concours de beauté

  1. elvin

    Bien d’accord, et notamment pour dire comme Max Albert que la compétition scientifique n’a pas les caractéristiques d’un marché, et que donc les arguments du genre « la majorité des économistes pensent X, et seule une toute petite minorité pense Y » sont sans rapport avec la valeur de vérité de X et de Y.

    Mais il y a une différence fondamentale entre les sciences de la nature et les sciences humaines.
    En physique, une théorie qui dirait que l’acier est plus léger que l’air serait ex ante très séduisante pour les ingénieurs, mais serait vite démentie et ridiculisée par les résultats des projets concrets qui reposeraient sur cette théorie.
    En économie, une théorie qui dit (par exemple) que le niveau de la dette publique n’a pas d’ importance est tellement séduisante pour les politiques et les économistes qui sont à leur service qu’il n’est même pas sûr qu’elle soit réduite à néant par la crise actuelle !

    Blague dans le coin, il y a en effet dans toutes les sciences une part « concours de beauté ». Mais dans les sciences de la nature la confrontation au réel fait inéluctablement tôt ou tard le tri des théories. Dans les sciences humaines, c’est l’aspect « concours de beauté » qui domine de façon écrasante, encore aggravé par le souci de conformité aux préférences politiques du moment.

  2. gdm

    @elvin
    En sciences exactes, la logique pure peut s’appliquer. Un raisonnement faux apparaît rapidement. Plus les définitions d’une sciences sont précises, mieux la logique formelle s’applique.

    Une science humaine a rarement des définitions précises des concepts qu’elle emploie. Cette imprécision est une limite à application d’une logique qui s’imposerait à un contradicteur. Les « normes » sont des tentatives pour fixer des définitions conceptuelles plus rigoureuses.

    Une différence importante entre science exacte et science molle est la durée de la réfutation. En science exacte, la réfutation d’une hypothèse erronée est de l’ordre de l’année. En science molle, comme les sciences économiques, la réfutation dure souvent plus d’un siècle.

    La durée du processus de découverte ou de réfutation dans une communauté de mathématiciens est rapide. Cette durée est très longue dans une communauté travaillant sur les sciences humaines.

    Désigner par « concours de beauté » un processus vers un consensus dans une communauté de spécialistes me semble inapproprié.

    Il existe une tendance naturelle vers une proportion de 80-20, loi dite de Pareto, entre les partisans de deux thèses scientifiques opposées. Lorsque l’Etat peut influencer les avis, 80% d’une communauté seront en phase avec les thèses qui avantagent l’Etat.

  3. gdm

    @elvin
    Un philosophe fonde un système d’explications conceptuelles de la réalité telle qu’il la perçoit. La science économique n’est pas une science expérimentale. C’est un système de concepts cohérents. Toute incohérence invalide une théorie économique, un raisonnement économique. L’invocation d’un fait peut invalider une théorie.

    Aucun fait ne parle. Aucune observation ni aucune expérience ne parle. Seule l’analyse des faits peut exprimer une idée, voire réfuter une théorie. Il ne s’agit pas de proposer une alternative entre un concours de beauté et une observation. La science économique n’est ni l’un ni l’autre. C’est une théorie de nature philosophique. Elle est fondée sur des concepts, sur des raisonnement sur des concepts.

  4. elvin

    gdm, ce n’est pas avec moi qu’il faut avoir ce débat. Je pense en effet ce que vous dites, qui est faut-il le rappeler la position « autrichienne » tant décriée pas les « orthodoxes ».

    Ce que je veux souligner, c’est que, comme le dit Max Albert, comme dans le « concours de beauté » de Keynes et contrairement à ce qui se passe dans les sciences de la nature, le consensus des économistes ne se forme pas sur ce qui est objectivement vrai ni même (restons subjectivistes…) nécessairement sur ce qu’ils considèrent comme vrai, mais sur les positions qu’ils croient devoir afficher pour être reconnus dans la communauté des économistes, voire plus prosaïquement pour être biens vus de leurs patrons, notamment quand ce patron est l’État.

    Ça me rappelle une anecdote rapportée par Herbert Gintis (je crois), qui demandait à un de ses collègues économistes, à propos de son enseignement (orthodoxe) : « mais vous ne croyez quand même pas à tout ça ? » et s’entendit répondre « . bien sûr que non, je l’enseigne, c’est tout ».

    • gdm

      @elvin
      La loyauté envers son employeur impose au salarié qu’il mette en sourdine ses désaccords. Un économiste payé par l’Etat accepte l’obéissance à son employeur. Cette obéissance acceptée a des conséquences inconscientes importantes sur ses autres acceptations des thèses étatiques de son employeur. Par confort intellectuel, l’économiste s’impose, consciemment et inconsciemment, un devoir de réserve sur ses critiques envers l’Etat. Il est désagréable de cracher dans sa soupe.

      Lorsqu’un groupe d’économistes partage une idéologie étatique commune, cette idéologie devient une référence incontournable. Elle devient alors majoritaire, prédominante.

      La théorie de l’illusion étatique, dite encore « illusion fiscale », soutient que toute action de l’Etat s’accompagne de la fabrication d’une illusion ad hoc. Sans cette illusion, cette action de l’Etat provoquerait un grand désordre social. L’existence de cette action de l’Etat prouve l’existence d’une illusion ad hoc. En la cherchant, on la découvre facilement derrière chacune des actions de l’Etat. Agir sans cette illusion, provoquerait un désordre social.

      Le monopole de l’enseignement est un moyen de construire de solides illusions étatiques. Le quasi monopsone étatique des métiers d’économistes permet d’autres moyens de fabriquer des illusions fiscales.

      Chaque citoyen reçoit directement ou indirectement de l’argent de l’Etat. Il semble alors incohérent d’accepter cet argent tout en affirmant que l’impôt serait du vol. Par cette distribution générale, l’Etat corrompt toutes les consciences, interdit la contestation du principe de l’impôt.

      Un menteur finit par croire sincèrement à ses propres mensonges. Un illusionniste finit par croire aux illusions qu’il a participé à construire. En payant la plupart des économistes de France, l’Etat institue une corruption générale de ce métier. En arriver à comparer la validité d’une théorie économique à un concours de beauté est le signe, amha évident, d’une auto-censure inconsciente des économistes.

      L’analyse libertarienne a l’avantage d’éviter cette auto-censure instinctive de l’économiste. Pour un libertarien, l’Etat est le principal facteur de violence, de pauvreté et de désordre dans un pays. C’est la cause principale des dysfonctionnement sociaux.

      • elvin

        @Gdm
        Comment dois-je comprendre vos commentaires ? Si vous les considérez comme des objections à ce que je dis, c’est que vous m’avez mal compris. Si c’est des compléments, ça n’appelle pas de réponse de ma part.

      • gdm

        @elvin
        Je suis bien d’accord avec vos commentaires. J’ai du l’écrire. C’eût été plus clair. J’approfondissais cette question du concours de beauté.

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