Le marché du travail du foot US : une analyse économique

C.H.

La saison de football américain est terminée aux Etats-Unis depuis début février et risque bien de ne pas pouvoir reprendre comme prévu fin août prochain. La faute au « Lock-out », c’est à dire à un conflit entre les joueurs et les propriétaires concernant la répartition des revenus générés par le championnat qui, étant dans l’impasse, a conduit les propriétaires à faire cesser toute l’activité habituelle de l’inter-saison : le marché des transferts est bloqué et les installations sont inacessibles aux joueurs. Les ligues professionnelles de sport US connaissent de temps à autre ces grèves d’un genre étrange où ce sont les propriétaires qui décident d’entraver l’outil de travail. Comme on peut s’en douter, les équipes de foot US gagnent beaucoup d’argent. Les joueurs gagnent bien leur vie mais les propriétaires encore plus et, suite à la crise économique, souhaiteraient renégocier le partage de la richesse un peu plus en leur faveur. James Surowiecki propose une analyse lucide du fonctionnement assez particulier du marché du travail de la ligue de foot US :

You might say that that’s capitalism—those who provide the capital for an enterprise deserve to reap the profits. But the N.F.L. isn’t capitalist in any traditional sense. The league is much more like the trusts that dominated American business in the late nineteenth century, before they were outlawed. Its goal is not to embrace competition but to tame it, making the owners’ businesses less risky and more profitable. Unions are often attacked for trying to interfere with the natural workings of the market, but in the case of football it’s the owners, not the union, who are the real opponents of the free market. They have created a socialist paradise for themselves that happens to bring with it capitalist-size profits. Bully for them. But in a contest between millionaire athletes and billionaire socialists it’s the guys on the field who deserve to win.

Surowiecki pointe du doigt un aspect surprenant de l’organisation des grandes ligues de sport collectif américaines (NFL, NBA, NHL, la MLB est un peu à part) : la réglementation extrême de leur marché du travail. Dans ces ligues, il existe par exemple un salaire minimum et un salaire maximum (soit explicite soit qui découle du fait de la limitation de la masse salariale) ; les joueurs ne peuvent choisirent l’équipe dans laquelle ils commencent leur carrière ; les possibilités pour un joueur de changer d’équipe sont extrêmement limitées et la plupart du temps hors de son contrôle, etc. Bref, comme le dit Surowiecki, on est loin d’avoir un marché du travail « libre ». L’aspect le plus intéressant est peut être qu’étant donnée la durée de vie moyenne d’une carrière professionnelle au foot US (3 ans et demi), les joueurs de foot US devraient être en moyenne mieux payé (ou percevoir une plus grande part du gateau) que les joueurs des autres ligues US. Il n’en est rien et Surowiecki à juste titre pointe le rôle jouer par les propriétaires qui se sont organisés en véritable cartel pour vérouiller le marché. Il est assez ironique de voir le degré d’entrave à la libre concurrence il peut exister dans les ligues de sport professionnel américaines, alors que notre football en Europe souffre lui au contraire d’une absence totale de réglementation sur les transferts et les salaires. Le sport est l’exception qui confirme la règle.

2 Commentaires

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2 réponses à “Le marché du travail du foot US : une analyse économique

  1. JH

    Bonjour,

    étant un amateur de foot US, je tiens à rectifier certains commentaires de votre article.

    1/ Oui, les propriétaires sont organisés en véritable cartel. C’est même exprimé de manière assez explicite par le fait que le syndicat des joueurs (NFLPA) négocie directement avec le commissioner, qui a été élu par les propriétaires.
    Cela tient en partie au fait que la NFL (comme la NBA, la NHL et la MLS) est une ligue fermée, sans promotion/relégation comme on peut en voir en Europe. Tous les ans, les mêmes équipes sont représentées, négocier entre elles est donc possible. Et elles contrôlent donc pour partie les règles du jeu (littéralement d’ailleurs: ce sont les propriétaires qui adoptent les changements de règles).

    2/ Très franchement, par contre, je ne crois pas du tout que les salaires similaires en NFL/NBA/NHL tiennent à ce cartel de propriétaires, mais tout simplement à la taille des effectifs professionnels.
    En NBA, on a en permanence 12 joueurs dans son effectif. En NFL, il y a 53 joueurs qui sont inscrits sur une feuille de match (!), et environ 30 de plus dans le « practice squad » (ceux qui participent aux entraînements, et suppléent en cas de blessure).
    Alors oui, la NFL est le sport qui génère le plus de revenus aux USA, mais pas au point de justifier que le salaire moyen d’un joueur de football soit tellement plus élevé que celui d’un basketteur de NBA.

    3/ Quant au conflit en lui-même, il se résume effectivement à une question d’argent, mais ces sujets sont forcément plus pressants dans un championnat où chaque équipe a un salary-cap (qui plafonne donc l’ensemble des salaires des joueurs) que dans le football européen, ou les équipes peuvent payer autant qu’elles le veulent les joueurs.

    4/ Cela étant, vous seriez naïf de croire que l’UEFA ne règlemente pas le football en Europe. Il y a énormément de règles en vigueur. D’ailleurs, il y a régulièrement des conflits en Espagne et en Italie concernant la part des droits TV qui reviennent aux joueurs.
    Mais en Europe, on lave le plus souvent son linge sale en famille…

  2. soupalailycrouton

    De nombreux aspects du droit du travail américain sont limitatifs de la concurrence, par exemple les entreprises unionized qui instaurent un monopole syndical (industrie du cinéma ou du théâtre). D’un point de vue pratique, c’est donc loin d’être une exception.

    Cependant, par rapport au droit commun, on est clairement sur un régime exceptif du côté des employeurs. Et les syndicats de joueurs peuvent recourir à la menace de l’auto-dissolution, ce qui ferait disparaître le CBA, équivalent d’une convention collective. Et alors que se passe-t-il ? Dès lors la ligue devient attaquable sur la base des lois anti-trust mises en place à la fin du XIXème siècle.

    C’est exactement ce que font les joueurs de la NFL en ce moment même!
    http://www.footballamericain.com/index.php?p=view&i=3336&t=le-syndicat-des-joueurs-abandonne-les-negociations

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