Culture et coopération

C.H.

Reprise des activités sur le blog après une courte interruption due à une semaine relativement chargée. Le New York Times a publié un intéressant article sur l’évolution de la socialité chez les humains. L’article reprend une étude parue il y a quelque jour dans Science et dont voici l’abstract :

« Contemporary humans exhibit spectacular biological success derived from cumulative culture and cooperation. The origins of these traits may be related to our ancestral group structure. Because humans lived as foragers for 95% of our species’ history, we analyzed co-residence patterns among 32 present-day foraging societies (total n = 5067 individuals, mean experienced band size = 28.2 adults). We found that hunter-gatherers display a unique social structure where (i) either sex may disperse or remain in their natal group, (ii) adult brothers and sisters often co-reside, and (iii) most individuals in residential groups are genetically unrelated. These patterns produce large interaction networks of unrelated adults and suggest that inclusive fitness cannot explain extensive cooperation in hunter-gatherer bands. However, large social networks may help to explain why humans evolved capacities for social learning that resulted in cumulative culture. »

Si je comprend bien (je n’ai pas accès à l’article de Science), la structure sociale des sociétés de chasseurs et cueilleurs, caractérisée par de nombreux mouvements d’entrées et de sorties au sein de la communauté, implique que le degré de proximité génétique au sein de ces groupes humains était relativement faible. Ce fait est intéressant car l’évolution de la coopération chez les animaux, y compris chez les chimpanzés, résulte essentiellement d’un processus de sélection de parentèle, permis précisément par la forte proximité génétique des individus. La conséquence est que dès le début de leur évolution, les humains ont vécu au sein de grands réseaux sociaux. Il y a deux implications intéressantes que souligne l’article du NYT : tout d’abord, la sélection de groupe peut avoir joué un rôle, mais pas au niveau des communautés (trop de mouvements population entre les communautés) mais au niveau des tribus, lesquelles englobent plusieurs communautés. Plus intéressant encore, le fait que les premiers humains vivaient déjà dans des réseaux sociaux de taille relativement importante peut expliquer le développement de certaines de nos facultés cognitives rendant possibles l’apprentissage social et donc le développement de la culture. Notamment, autant l’altruisme réciproque a probablement joué un rôle mineur dans l’évolution de la coopération chez les animaux (voir cet article de Dan Hammerstein), autant il a joué un rôle bien plus importants chez les humains. La principale raison est que l’on a développé un certain nombre de mécanismes cognitifs nous permettant, par exemple, de repérer les coopérateurs dans une population.

Ce qui intéressant ici est de voir comment la structure sociale peut agir comme facteur de sélection. La nature des relations sociales chez les premiers humains a favorisé le développement de certaines facultés cognitives qui, à leur tour, ont permis le développement de la culture. 

Advertisements

2 Commentaires

Classé dans Trouvé ailleurs

2 réponses à “Culture et coopération

  1. Gu Si Fang

    Tout cela renforce effectivement l’idée que l’altruisme réciproque (un donné contre un rendu) et indirect (réputation) sont spécifiques à l’espèce humaine et importants pour comprendre son évolution. Il faut cependant supposer que les groupes de chasseurs-cueilleurs observés sont représentatifs du mode de vie de nos ancêtres depuis 100 ou 200000 ans. Pas évident…

  2. elvin

    « dès le début de leur évolution, les humains ont vécu au sein de grands réseaux sociaux »

    Une remarque qui rejoint mes commentaires sur d’autres articles : je crois que ce n’est pas une bonne façon de présenter les choses. L’évolution a été continue et sans sauts brusques. Définir un point dans le temps avant lequel aucun animal ne méritait l’appellation d' »humain » et après lequel certains le méritaient relève d’une décision discrétionnaire.

    On peut certes décider de n’utiliser le terme « mumain » que pour des hominidés qui vivaient « au sein de grands réseaux sociaux », mais il me semble que les paléo-anthropologues considèrent plutôt déjà comme « humains » des hominidés qui vivaient au sein de groupes de même taille que ceux des chimpanzés ou des bonobos, ou même des gorilles ou des orangs. http://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_habilis

    Et dans le même esprit, il me semble bien que l’altruisme réciproque existe déjà chez les singes et d’autres animaux « supérieurs ».

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s