« The Evolution of Justice », version 1.0

C.H.

Comme je l’avais indiqué il  y a quelques temps, je m’intéresse pas mal aux travaux récents qui traitent le problème de la justice à partir d’une approche évolutionnaire. Plusieurs aspects méthodologiques et théoriques me semblent à la fois intéressants et problématiques dans ces travaux et j’avais envie de les discuter. Voici un premier résultat préliminaire :

The Evolution of Justice

Pour ceux qui sont intéressés mais qui n’ont pas le temps, vous pouvez lire la dernière section où je discute des points qui me semblent devoir être intégré à toute approche évolutionnaire de la justice. J’introduis notamment les concepts de points focaux et d’encastrement avec l’idée (basique) que, pour être convaincante, une théorie de la justice doit intégrer les déterminants psychologiques et institutionnels de nos conceptions de justice, ce qui me semble manquer cruellement dans les approches évolutionnaires actuelles. Je pense que je suis encore un peu trop évasif sur ce point et que donc il y a matière à approfondir. Tout commentaire à ce sujet (ou sur un autre) est évidemment le bienvenu.

3 Commentaires

Classé dans Non classé

3 réponses à “« The Evolution of Justice », version 1.0

  1. elvin

    J’ai lu votre (excellent) article comme un article de méthodologie, c’est-à-dire portant sur les différents moyens d’appréhender la réalité, et non sur la réalité elle-même. Mais à mon avis il gagnerait à s’appuyer plus explicitement sur ce que nous savons de façon certaine à propos de cette réalité, afin de se focaliser sur les vraies questions et ne pas perdre de temps sur de fausses questions ni sur des faits établis (un travers courant en économie, qui amha ne s’appuie pas assez sur l’observation et sur les autres disciplines).

    Dans ce cas précis, il me semble que les faits suivants sont établis de façon certaine :

    1. Les conventions sociales sont le produit d’un processus évolutionnaire.
    2. Ce processus a commencé dès l’apparition du règne animal (et même de la vie) et se poursuit sans discontinuité. En particulier, il n’y a pas de discontinuité entre les primates et leurs ancêtres d’une part, entre les primates et nous d’autre part. Et si on s’intéresse précisément aux sociétés humaines, il faut partir du fait que dès l’apparition de Homo Erectus il y a un gros million d’années, les hominidés avaient déjà des comportements sociaux et des conventions sociales (comme d’ailleurs leurs contemporains les tigres aux dents de sabre et les mammouths). L’évolution humaine n’a pas commencé par une société d’homo economicus. A aucun moment les êtres humains n’ont correspondu à ce modèle, et donc se demander comment les humains auraient développé des conventions sociales à partir d’un état où ils n’en avaient aucune est un exercice intellectuel vide de sens.
    3. Ce processus évolutionnaire a fait évoluer notamment ses propres mécanismes de mutation et de transmission, avec notamment l’apparition de la raison et du langage. Concernant les conventions sociales dans les sociétés humaines, les mutations peuvent toujours être dues au hasard, mais elles ont aussi de plus en plus résulté d’actions conscientes réfléchies. La transmission peut-être biologique/génétique, mais elle est progressivement devenue de plus en plus culturelle par l’imitation, l’éducation et le langage. Les mécanismes qui régissaient l’évolution sociale de nos lointains ancêtres existent toujours, mais les mécanismes actuellement dominants n’existaient pas chez nos lointains ancêtres.

    Partant de là, un exemple de fausse question est : les mécanismes de l’évolution sont-ils biologiques ou culturels ? (on sait que la réponse est « les deux ») Un exemple de bonne question est : quelles sont à un moment donné les parts des différents mécanismes et comment interagissent-ils entre eux ?

    De plus, il n’y a pas vraiment d’antagonisme entre les théories rationalistes et les théories évolutionnistes. Le processus réel est évolutionnaire, et les théories rationalistes alimentent ce processus d’une part en proposant de nouvelles conventions et d’autre part en influençant le comportement de chacun par rapport aux conventions qui lui sont proposées.

    Enfin, une remarque sur la position de Binmore : oui, bien des conventions sont codées quelque part dès l’apparition des premiers hommes, et toute théorie de l’évolution spécifiquement humaine doit considérer qu’elles existent a priori. Mais ce n’est probablement pas dans nos gênes. Les mécanismes évolutionnaires ont bien été d’abord principalement génétiques il y a des millions d’années, et les résultats de ces mécanismes génétiques subsistent dans les comportements actuels. Mais ces mécanismes sont devenus progressivement de plus en plus culturels au point d’être aujourd’hui presque exclusivement culturels. Peut-être le résultat finira-t-il un jour par être codé dans nos gênes, mais en attendant il est « codé » ailleurs. Une autre bonne question est « où et comment exactement? ».

    • C.H.

      Merci elvin pour ce commentaire.

      Je suis globalement d’accord avec l’ensemble de vos remarques qui pointent des questions que j’ai par ailleurs déjà abordé ici.

      Cela dit, ce qu’il faut voir c’est que cet article est une réflexion méthodologique sur un certain nombre de travaux. Quand vous écrivez « Mais à mon avis il gagnerait à s’appuyer plus explicitement sur ce que nous savons de façon certaine à propos de cette réalité, afin de se focaliser sur les vraies questions et ne pas perdre de temps sur de fausses questions ni sur des faits établis », je suis tout à fait d’accord et il se trouve que c’est précisément l’un des travers des travaux que je commente dans le papier : ne pas accorder assez d’importance aux détails empiriques. Je développe un peu cet aspect dans la dernière section mais peut être pas assez.

      Sur la différenc entre théories rationnalistes et théories évolutionnaistes de la justice, je comprend ce que vous dites mais il faut toutefois voir que les questions posées ne sont pas les mêmes. Lorsque Rawls propose sa théorie de la justice, il s’agit pour lui de défendre une certaine conception de la justice, pas d’expliquer pourquoi aujourd’hui et ici, nous pensons que x est juste et y est injuste. Mais effectivement, les théories de la justice font elles-mêmes partie du processus à partir duquel se forment nos principes de justice.

      Sur l’aspect nature/culture, je suis d’accord avec vous sur l’importance de la dimension culturelle. Mais le génétique continue de jouer un rôle, ne serait-ce que parce que les mécanismes d’apprentissage et de transmission culturelle à partir desquels les conventions sociales se diffusent dans une population sont le produit de dispositifs cognitifs génétiquement déterminés. Binmore insiste beaucoup là dessus. Comprendre l’un aide à comprendre l’autre. C’est l’une des raisons pour lesquelles la séparation « évolutionnisme général »/ »évolutionnisme particulier » me semble malvenue au sujet de l’évolution de la justice, comme j’essaye de l’expliquer dans le papier.

  2. elvin

    Bien, nous sommes donc d’accord sur l’essentiel. Je serais ravi que mes commentaires vous aident à mieux présenter certains points qui amha méritent d’être précisés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s