Auto-contrainte

C.H.

Soit le dilemme auquel le chercheur fait face en fin de journée lorsqu’il est le dernier sur son lieu de travail : finir son p… d’article qui traîne depuis trop longtemps ou rentrer tranquillement chez lui en se disant que, de toute façon, il ne sera pas payé différemment s’il termine demain.

Notons u l’utilité qui découle du fait de rentrer chez soi. Notons C(t) le coût lié au fait de continuer à travailler. Admettons que je n’ai que deux solutions : rentrer chez moi tout de suite, dans ce cas t = 0 et C(t) = 0, ou bien rentrer dans une heure, avec t = 1 et C(t) > 0. Considérons que le même dilemme se reproduise chaque soir jusqu’à ce que je me sois décidé à rester un peu plus tardivement. Notons Uij (t) l’utilité nette perçue le jour j pour une décision prise le jour i en fonction de ma décision. Plaçons sur la durée d’une semaine de 5 jours, donc i = 1, 2… 5.

Admettons qu’un mécanisme psychologique fasse que les coûts subis le jour-même apparaissent beaucoup plus saillants que ceux que l’on subira le lendemain. Cet effet de saillance est formalisé par un paramètre α > 1. Par exemple, le lundi, mon utilité U11 s’écrira :

U11 = u – αC(t)

En revanche, le lundi je percevrai la formation de mon utilité différemment pour les autres jours de la semaine : U12=3=…= u – C(t).

Clairement, cela m’amène à raisonner ainsi : le lundi, je fais une comparaison entre rester tard ce soir et partir tôt le reste de la semaine et partir tôt ce soir et rester tard l’un des autres soirs. La première option me fait gagner :

5uαC(1)

La seconde option est évaluée ainsi :

5uC(1)

Etant donné que α > 1, on voit clairement que je préfère remettre ma soirée studieuse à plus tard. Le problème, c’est que le mardi je vais mener le même raisonnement, le mercredi aussi, etc. Le vendredi, je vais ainsi être contraint de rester tard. Considérons que finir tard un vendredi provoque un coût additionnel V, on a alors :

U55(1) = u – αC(t) – V

Clairement, rétrospectivement, j’aurai préférer bosser le lundi soir (ou n’importe quel autre jour de la semaine) et quitter tôt le vendredi que l’inverse. Mais si α > 1 + V/C(1), en dépit de cela, j’attendrais vendredi pour bosser tard. On a à faire à un cas typique de phénomène de regret et d’inversion des préférences. Le lundi, j’ordonnais mes préférences ainsi (le chiffre indique le jour de la semaine où je reste tard) : {2 = 3 = 4 = 5 > 1}. Le vendredi, le classement est le suivant : {1 = 2 = 3 = 4 > 5}.

Maintenons, admettons qu’afin de me motiver à rester tard le mardi (ou n’importe quel autre jour de la semaine), je ne fasse pas volontairement les courses de manière à m’obliger à passer au McDo en quittant du boulot. Ne pas passer au McDo inflige alors une perte M (pour meurt de faim). Sans prendre en compte ce qui se passe le reste de la semaine, il est alors évident que si M/C(1) > α, alors je ferai l’effort de quitter tard pour ne pas mourir de faim.

McDo est donc un moyen de combattre la procrastination. Bon il est 19h, j’ai fais mon heure de plus, je m’en vais manger mon BigMac !  

2 Commentaires

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2 réponses à “Auto-contrainte

  1. LDB

    un billet très proche sur la procrastination de l’enseignant chercheur que je suis, fait en 2009
    http://expeconomics.blogspot.com/2009/02/tout-ce-que-vous-avez-jamais-voulu.html
    les grands esprits se recontrent…

    • C.H.

      Les grands esprits se rencontrent… et surtout ils procrastinent ! (cela dit, que tous les grands esprits procrastinent ne prouve pas que tous les procrastinateurs soient de grands esprits…)

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