Une critique de la théorie des cycles réels

C.H.

Paul Krugman nous propose une petite histoire pour illustrer ce que peut nous apprendre un petit modèle sur la manière dont fonctionne, ou ne fonctionne pas, l’économie :

« Simple conceptual models can also help convince you NOT to believe in economic ideas. Real business cycle theory says that economic fluctuations are the result of technological shocks, amplified by intertemporal labor substitution. My version: think of a farmer who faces sunny and rainy days. On rainy days his labor won’t be as productive as on sunny days; this effect on his output is amplified by his rational decision to stay in bed on rainy days and work extra hard when the sun shines. I think this gets at the essence of the concept; it also makes you wonder, is this really, really what you think happens in recessions? ».

Plus ça va plus je me dis que ce qui caractérise la manière de travailler des économistes (tout du moins des théoriciens) par rapport aux autres disciplines c’est qu’ils ont une prédilection pour réfléchir à partir de petites histoires plus ou moins crédibles. Rien qu’hier pour mes premiers TD de microéconomie, il a été essentiellement question de deux histoires : la fable du bandit stationnaire de Mancur Olson et une histoire improvisée de deux quartiers pour illustrer l’émergence d’une discrimination auto-entretenue.

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3 Commentaires

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3 réponses à “Une critique de la théorie des cycles réels

  1. Gu Si Fang

    Bien sûr, Krugman aurait pu faire d’autres critiques de la RBC :
    – le fait que la productivité est censée changer de manière uniforme à travers toute l’économie, ce qui est encore moins concevable en économie qu’en météo (mais Krugman connaît-il l’individualisme méthodologique ?) ;
    – ne pas être capable de prévoir la météo n’est généralement pas facteur de crise, puisque l’on sait que la météo est changeante et imprévisible et l’on peut intégrer cette connaissance dans nos plans (surtout pour des théoriciens des anticipations rationnelles).

    Mais la petite histoire de Krugman nous fait totalement oublier ce genre de raisonnement analytique et pointilleux. Elle peut convaincre, mais pour de mauvaises raisons.

    Une historiette qu’il affectionne particulièrement est celle de la crèche parentale (il la reprend dans The return of depression economics) :
    http://www.slate.com/id/1937/
    De la même manière que pour la RBC, le modèle de la crèche parentale contient des hypothèses implicites mais pas explicitées (en l’occurrence : rigidité des prix qui provoque un déséquilibre).

    Donc oui aux histoires pour leur côté pédagogique ; oui aux robinsonnades qui font abstraction de certains facteurs pour en étudier d’autres seulement ; mais non aux contes de fées.

    Cdt,
    GSF

    • C.H.

      « Donc oui aux histoires pour leur côté pédagogique ; oui aux robinsonnades qui font abstraction de certains facteurs pour en étudier d’autres seulement ; mais non aux contes de fées. »

      Bien sûr, et c’est valable pour tous les approches théoriques en économie, et pas seulement la RBC et les néo-keynésiens.

      « le modèle de la crèche parentale contient des hypothèses implicites mais pas explicitées (en l’occurrence : rigidité des prix qui provoque un déséquilibre) ».

      En l’occurence, c’est une hypothèse qui rend l’histoire plutôt crédible dans la mesure où la rigidité partielle des prix est quelque chose qui me semble être plutôt la règle. Cela dit, il est vrai que la principale leçon de son histoire (ce qui se passe quand les prix sont rigides) n’est pas celle que met en avant Krugman.

  2. Mat

    Merci pour ce lien.

    Je me trompe peut-être mais il me semble que Krugman en reste aux premiers modèles RBC que beaucoup de monde prend plaisir à ringardiser (Boyer aussi n’avait pas résisté à la tentation dans l’article qu’il a rédigé pour le Traité de sociologie économique, 2009).

    Or, il me semble que certaines analyses qui reposent sur des modèles RBC et qui cherchent à expliquer l’épisode de la crise des années 30 aux Etats-Unis mettent l’accent sur des chocs monétaires et des salaires visqueux(Bordo et al., 2000), des chocs de demande exogènes (Weder, 2006), etc. Donc l’outillage dont disposent les économistes de ce courant, de cette approche est plus vaste que ce que dit Krugman et ils ont adapté le modèle initial pour mieux analyser les événements considérés… ce qui ne veut pas dire que de nouvelles connaissances, par rapport à la littérature existante, en émanent.

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