As-if behavioral economics ?!

C.H.

L’économie comportementale est à la mode. C’est même plus que ça, c’est une approche qui est maintenant devenue « standard ». L’une des explications de ce succès est peut être que finalement elle ne bouleverse pas tant que ça le cadre de l’analyse économique traditionnel. C’est l’une des idées développées dans ce magistral papier de Nathan Berg et Gerd Gigerenzer (Tim Harford en propose un résumé succinct ici). Il s’agit à mon sens de la critique la mieux argumentée de l’économie comportementale qui ait pu être écrite. Voici l’abstract :

« For a research program that counts improved empirical realism among its primary goals, it is surprising that behavioral economics appears indistinguishable from neoclassical economics in its reliance on “as-if” arguments. “As-if” arguments are frequently put forward in behavioral economics to justify “psychological” models that add new parameters to fit decision outcome data rather than specifying more realistic or empirically supported psychological processes that genuinely explain these data. Another striking similarity is that both behavioral and neoclassical research programs refer to a common set of axiomatic norms without subjecting them to empirical investigation. Notably missing is investigation of whether people who deviate from axiomatic rationality face economically significant losses. Despite producing prolific documentation of deviations from neoclassical norms, behavioral economics has produced almost no evidence that deviations are correlated with lower earnings, lower happiness, impaired health, inaccurate beliefs, or shorter lives. We argue for an alternative non-axiomatic approach to normative analysis focused on veridical descriptions of decision process and a matching principle – between behavioral strategies and the environments in which they are used – referred to as ecological rationality. To make behavioral economics, or psychology and economics, a more rigorously empirical science will require less effort spent extending “as-if” utility theory to account for biases and deviations, and substantially more careful observation of successful decision makers in their respective domains ».

En substance, les auteurs montrent que que l’économie comportementale, en dépit de la volonté affirmé de ses praticiens de parvenir à un plus grand réalisme empirique, s’inscrit pleinement dans une optique instrumentaliste tout ce qu’il y a de plus standard. En clair, l’économie comportementale consisterait essentiellement à enrichir toujours plus les fonctions d’utilité en augmentant le nombre de paramètres, tout en continuant de supposer que les agents maximisent cette fonction sous contrainte. Cela implique l’acceptation des axiomes de la théorie de la décision : complétude, transitivité, etc.

Les auteurs indiquent que cette approche ne nous apprend rien de plus sur la manière dont les individus prennent effectivement leurs décisions puisque l’exercice consiste essentiellement à définir de manière ad hoc des fonctions d’utilité pour ensuite calibrer les paramètres de manière à ce qu’ils « collent » avec les données. En ce sens, les fonctions d’utilité de l’économie comportementale ne sont pas plus réalistes que les fonctions d’utilité standards, juste plus complexes, ce qui ironiquement suppose au passage que les individus sont capables de résoudre un calcul d’optimisation encore plus complexe. Par ailleurs, les auteurs remarquent la tendance des praticiens de l’économie comportementale à interpréter toute déviation des comportements réels de ce qui est prédit par la théorie standard comme « pathologique ». En clair, sur un plan strictement normatif, l’économie comportementale va encore plus loin que l’économie standard puisqu’elle suppose que respecter les canons de la théorie de l’utilité espérée est la « bonne » manière de se comporter.

A la place, les auteurs proposent une approche à partir du concept d’heuristique, que je discute d’ailleurs dans mon papier mis en lien dans le précédent billet. L’idée est de définir quel est le véritable processus de décision des individus, sans préjuger qu’il s’agisse d’une « déviation » par rapport à un processus optimal. De fait, utiliser des heuristiques est souvent la meilleure façon de procéder, l’exemple des échecs étant célèbre. Au passage, les auteurs montrent que des études tendent à indiquer que non seulement les déviations par rapport aux canons de la théorie de la décision n’ont pas de conséquence économique significative pour les individus, mais qu’en plus ceux qui s’appuient sur des heuristiques pertinentes ont plus de succès.

Les auteurs ont incontestablement mis le doigt sur quelque chose d’important. L’ironie c’est que l’économie comportementale s’est vendue avec l’argument du réalisme et qu’au final, elle n’adopte pas une méthodologie différente de l’économie standard. Cela dit, les auteurs laissent entendre que cela disqualifie d’office cette approche. Ce n’est le cas que si l’on pense que l’instrumentalisme sur lequel est (partiellement) fondé la théorie économique est erroné. La théorie de l’utilité espérée, de même que la prospect theory, sont des outils qui permettent de décrire les comportements. Dans les deux cas, il s’agit effectivement de considérer que les individus se comportent d’une manière telle qu’ils résolvent un problème d’optimisation. Ce n’est clairement pas réaliste mais est-ce vraiment l’objectif, au-delà de la rhétorique de l’économie comportementale ? L’économie comportementale a permis d’ouvrir une réflexion sur le contenu des préférences des individus par exemple. De manière générale, elle a offert de nouvelles interprétations aux comportements effectivement observés. Evidemment, les choses sont plus compliquées lorsque l’économie comportementale est mobilisée par des recommendations de politique publique.

Quoiqu’il en soit, l’idée des auteurs selon laquelle une vraie association entre économie et psychologie  doit s’intéresser à la manière dont les individus prennent effectivement leurs décisions est d’une grande valeur. Mais il s’agit alors de faire un très grand pas en dehors du cadre traditionnel de l’analyse économique.

8 Commentaires

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8 réponses à “As-if behavioral economics ?!

  1. LDB

    Bonjour CH et merci pour ce post qui évidemment m’intéresse particulièrement. Je vais prendre le temps de lire le papier entier, mais je vais quand même me permettre de réagir à chaud sur ce que vous écrivez. Dire que l’économie comportementale se contente d’amender les fonctions d’utilité standard en rajoutant par ci par là quelques paramètres est parfois la vision qu’en ont les non spécialistes économistes mais je pense qu’elle est tout de même largement erronée. Quand vous écrivez (reprenant les auteurs du papier ) que finalement les spécialistes de cette discipline supposent transitivité, complétude, bref les axiomes de la théorie de la décision, je pense que des personnes comme Thaler ou Kahneman seraient un brin en désaccord avec cela, eux qui ont montré combien ces raccourcis ne fonctionnaient pas empiriquement. Je comprends leur critique, par exemple pour certains amendements comme les modèles d’aversion à l’inégalité à la Fehr-Schmidt, mais je pense pas que la démarche de quelqu’un comme Matthew Rabin soit du « neoclassical reparement » (expression qui m’avait été donnée par Werner Güth, grand expérimentaliste, pour désigner effectivement certains travaux d’économie expérimentale, mais surtout pas les siens !). Je pense que c’est une vision caricaturale de cette discipline un peu trop à la mode et à qui on veut faire dire tout et n’importe quoi. Il y a plusieurs tendances en économie comportementale, et il est impossible de dire que les approches sont homogènes et que les auteurs se fondent tous sur une idée de rationalité parfaite + epsilon.
    Cette erreur vient fondamentalement du fait, si on parle de l’économie expérimentale, et pas de l’économie comportementale, que le plus souvent, l’expérimentaliste construit un modèle théorique pour en dériver des prédictions expérimentales. Ce modèle n’est qu’un premier benchmark qui permet d’évaluer l’ampleur de ce que les auteurs appellent des « déviations ». Le modèle théorique construit n’est d’ailleurs pas toujours fondé sur la rationalité parfaite supposée des agents (voir certains travaux de Camerer dont je pense qu’il n’aimerai pas être mis dans le camp des « néoclassiques »). Du reste, avoir cette démarche a pour objectif d’avoir une certaine rigueur que je me permets de qualifier de scientifique. Toutefois, cela ne signifie en rien qu’on valide le modèle théorique ou qu’on cherche à l’améliorer de manière marginale. Par ailleurs, cela est plus personnel sans doute, j’ai toujours pensé qu’un mauvais modèle vaut mieux que pas de modèle théorique du tout.
    Désolé pour cette réaction un brin longue et peut être peu fondée, mais j’en aurai certainement d’autres après avoir lu le pavé auquel vous faites référence.

    • C.H.

      Bonjour LDB,

      Merci pour ce commentaire. Si vous avez l’occasion de lire le papier, je serai très intéressé d’avoir votre retour. Effectivement, j’imagine qu’il y a des variantes au sein même de l’économie comportementale et la manière dont Berg et Gigerenzer mettent tout le monde dans le même sac est discutable. Comme toujours, on peut soupçonner les auteurs de créer un homme de paille pour mieux mettre en valeur leur propre approche (on fait tous plus ou moins cela).

      Maintenant, dans leur texte, les auteurs visent surtout Kahneman, Thaler mais aussi Rabin et Fehr, donc vraiment les têtes d’affiche de la discipline. A vrai dire, leur critique qui me semble la plus percutante concerne le fait que le modèle de rationalité standard est souvent considéré de manière implicite comme le benchmark normatif à partir duquel on détermine ce qu’est une « déviation » (ou une anomalie pour reprendre les termes de Thaler). Je trouve cette critique très forte. Concernant les fonctions d’utilités « augmentées » et le fait qu’elles présupposent complétude, transitivité etc., je n’avais jamais pensé à ça et ce qu’écrivent les auteurs m’a interpellé. Ils ciblent notamment la prospect theory ! Enfin bref, j’attend votre avis avec grand intérêt !

  2. jefrey

    L’économie expérimentale n’a pas aussi pour but de tester en laboratoire les hypothèses de la théorie standard?

    Dans ce cas, il est tout a fait justifié de prendre comme point de départ ces hypothèses, un peu comme on part de la concurrence pure et parfaite pour en déduire les défaillances de marché.
    Si cela permet de renforcer ou discréditer le paradigme existant, c’est déjà bien, non?

  3. lvetu

    Bonjour,
    Je n’en suis qu’à mes balbutiements d’économie comportementale, mais une des premières choses que j’ai appris, la théorie « Preference reversal » de Grether et Plott est justement qu’elle met en doute le principe de transitivité, et tout le lot de réponses qui l’accompagnent ignorent donc ce principe… théorie du regret, construction des préférences etc..
    D’où une lecture un peu perplexe de cet article, même si comme je l’ai dis, je suis mal placé pour en parler efficacement.

    • C.H.

      Je suis a priori d’accord avec vous pour ce qui concerne la « regret theory » mais les auteurs de l’article visent également les travaux modélisant une actualisation hyperbolique. Il es tclair que là la critique du « as-if » me semble injustifiée dans la mesure où de toute façon on ne peut pas (encore) rentrer dans la tête des gens pour savoir comment ils se représentent leurs gains futurs. Cela dit, la critique des auteurs semble plutôt être dirigée ici sur la manière dont les modèles sont calibrés pour coller avec les données. J’ai des difficultés à me prononcer sur ce point.

  4. LDB

    après une lecture plus ou moins approfondie du papier (très, trop, long pour ce qu’il apporte à mon sens), mes réactions, plus ou moins dans le désordre :
    l’argument du As if : dire que l’éco comportementale utilise l’argument du as if de friedman me parait curieux, où, dans l’argument du as if, l’idée est que peu importe les hypothèses de comportement, pourvu que les résultats théoriques, ou prédictions théoriques, soient en conformité avec les observations empiriques. Par conséquent, si une théorie est dans ses prédictions empiriquement pertinentes, tout se passe comme si ses hypothèses étaient réelles.
    Or, l’économie comportementale, au contraire, montre massivement que les observations empiriques ne sont pas conformes avec les prédictions théoriques d’un modèle construit en général sur l’hypothèse de rationalité parfaite. Cela me semble donc assez lointain comme démarche du as if de Friedman, puisque précisément, l’investigation empirique se fait autant sur les hypothèses de comportement que sur les résultats agrégés.
    Toutefois, les auteurs ont raison pour l’essentiel quand ils disent que l’économie comportementale utilisent des modèles pour expliquer les données empiriques qui se fondent sur ce qu’ils appellent l’axiome de commensurabilité (pour l’écrasante majorité des recherches que je connais, une logique de fonction d’utilité si on peut dire). C’est toutefois là où est selon moi la confusion apportée par la vision des auteurs, car l’économie comportementale est avant tout une démarche EMPIRIQUE –ce qu’ils précisent bien en introduction-. Les modèles que nous (nous, les spécialistes d’économie comportementale) utilisons pour essayer d’expliquer les observations ne sont que le reflet, non pas de la pauvreté théorique de l’économie comportementale, mais de la pauvreté théorique de l’économie académique dans son ensemble, qui se fonde en grande partie sur des modèles basés sur cette hypothèse de commensurabilité. L’économie comportementale est une discipline empirique qui interroge la théorie économique, effectivement plutôt la théorie standard (je ne sais pas s’il faut dire néoclassique car selon moi la théorie des jeux n’est guère néoclassique). Pour prendre une image, ce n’est parce que j’ai monté une étagère bancale sur mon mur, qu’il faut accuser le marteau ou la scie ! Il n’y a pas de défaillance de l’outil mais éventuellement une défaillance dans la manière dont l’outil est utilisé, y compris par les économistes de cette discipline.
    L’économie comportementale a initialement essentiellement consisté à faire des expériences en laboratoire, puis a élargi son champ d’investigation aux données de terrain et aux expériences sur le terrain. Le terme d’économie comportementale est en fait un peu trompeur, il s’agit moins selon moi d’une discipline que d’une démarche, que l’on peut qualifier d’empiriste et qui est à cent lieux d’une vision normative de la science économique qu’elle récuse complètement, ce qui n’est pas le cas, me semble-t-il, dans la théorie néoclassique. Dès lors, la critique des auteurs tient peut être à la manière dont l’économie comportementale est présentée ou utilisée actuellement, mais certainement pas à ses fondements épistémologiques.
    La plupart des réactions ci-dessus à ce billet, y compris de non spécialistes, sont totalement justes, notamment celle qui rappelle qu’initialement l’objectif est de mettre en oeuvre un test rigoureux de la théorie, et que par conséquent, pour faire un test, il faut construire correctement les prédictions théoriques.
    Par rapport à l’interrogation de CH, effectivement, les expérimentalistes partent généralement des modèles théoriques standards, tout simplement pour avoir une proposition non ambigüe à tester ! cela ne veut pas dire qu’ils cherchent à défendre cette vision des choses du tout ! par exemple, certains modèles d’apprentissage très simples (dont le modèle de renforcement où dans une situation de jeu répété, ma décision est fonction de mon gain à la période précédente) expliquent avec une plus grande pertinence les décisions des joueurs en situation d’interaction stratégique que l’équilibre de Nash!!

  5. elvin

    J’ai trouvé l’article de B et G absolument remarquable, bien que pour moi, il enfonce des portes ouvertes (et donc, comme LDB, je l’ai trouvé bien long pour ce qu’il apporte, mais peut-être pas pour les mêmes raisons). Mais apparemment il faut dépenser énormément d’énergie pour faire un peu bouger ces portes-là, ce qui explique sans doute pourquoi à mes yeux il reste encore trop timide dans sa critique de l’économie standard et dans ses recommandations finales. Sinon, je suis bien d’accord avec le papier, et ce manque d’intérêt pour l’observation des phénomènes réels me semble à la réflexion le plus grave défaut de la discipline économique standard.

    N’étant pas spécialiste, je n’entrerai pas dans les considérations relatives aux sous-écoles de l’économie comportementale, ni donc pour savoir si elles méritent ou non les critiques des auteurs. Sur le fond, il me semble qu’analyser la réalité observable en examinant ses déviations par rapport à un modèle abstrait est une méthode acceptable, mais d’autant plus efficace que ce modèle abstrait est lui-même proche de la réalité observable. En termes mathématiques, ces écarts devraient être du deuxième ordre ou du troisième ordre, et non de première grandeur. De plus, la démarche scientifique normale est d’enrichir ce modèle abstrait pour y incorporer les causes de ces écarts, ce qui rend notamment le modèle d’autant plus utile comme guide de l’action, et non de s’accrocher envers et contre tout à ce modèle abstrait en qualifiant plus ou moins explicitement tous les écarts de « pathologiques ». Dans la réalité, c’est un individu qui se comporterait comme l’homo economicus de la théorie qui aurait un comportement à proprement parler pathologique !

  6. Do

    J’arrive un peu sur le tard dans cette discussion, mais je n’ai lu cet article qu’hier; et je cherchais sur internet s’il y avait eu des réponses à cette article.
    Je ne me considérerais pas comme un spécialiste de l’économie comportementale, les quelques remarques qui suivent sont donc à prendre avec précaution [je viens de finir mon M2 d’épistémologie économique et mon mémoire portait sur l’épistémologie de l’économie comportementale et traitait grossomodo des points que Gigerenzer soulève dans son article.]

    Pour commencer, les critiques de Gigerenzer sur l’économie comportementale ne sont pas nouvelles, cela fait dix ans qu’il répète plus ou moins les mêmes choses, et que les auteurs ciblés ne répondent pas vraiment (à part Khaneman et Tversky en 1996, mais cela commence à dater). Gigerenzer à le mérite d’avoir une bonne connaissance de l’histoire des idées, et, en conséquence, ces arguments sont toujours assez percutant (il le sont un peu plus dans un chapitre d’un ouvrage de 2000 intitulé « Bounded and Rational »). Cependant, quand il en vient aux arguments épistémologiques cela devient un peu plus discutable ; il semble par exemple que, pour lui, il n’y ait qu’une seule version du « réalisme » et qu’une seule méthodologie du « comme-si ». Or, en regardant simplement les contributions de Mäki (« as-if », « instrumentalism », « realism » et realisticness ») dans le Handbook of Economic Methodology de 1998, on se rend vite compte que ce sont des notions un tout petit peu plus complexes que Gigerenzer ne l’entend, et ces subtilités permettent à mon sens de faire des distinctions assez claire entre l’économie comportementale et l’économie « néoclassique » (si ce terme à un sens aujourd’hui). Pour faire vite, les « paramètres » que l’économie comportementale met dans la fonction d’utilité (pour reprendre les termes de Gigerenzer) impliquent des références ontologiques (correspondances théorie-monde), sémantiques (qui sont vraies ou fausses) et épistémologique (qui peuvent se vérifier), qui n’existe pas dans les fonctions d’utilités néoclassiques, lesquelles n’impliques que des références pragmatiques (les paramètres ne sont que des « outils scientifiques »). Ces différences sont, à mon sens, assez fortes pour distinguer les deux approches.

    Ensuite, sur la commensurabilité, Gigerenzer marque en effet quelques points qui s’appliquent entièrement à l’économie « néoclassique »; mais qui selon moi ne s’appliquent que partiellement à l’économie comportementale. Si, par exemple, rien n’est fait dans les théorisations sur l’actualisation hyperbolique pour « séparer » des « types de consommation » sur autre chose que le temps, d’autres théories ont au moins essayer de s’attaquer au problème de la commensurabilité. Les plus célèbres sont sans doute celles qui portent sur la comptabilité mentale (Thaler) ; d’autres moins connues portent sur l’effet de dotation (Strahilevitz et Loewenstein 1998 avec leur concept d' »history-of-ownership effects »). Bref dire que l’économie comportementale fait la sourde oreille à une des plus grande critique faite à l’économie néoclassique est un peu déplacé.

    Il est vrai que Gigerenzer enfonce des portes ouvertes; mais il me semble que ces portes sont elles mêmes ouvertes par les économistes comportementaux. Il n’y a qu’à regarder les articles « généraux » de Camerer dans lequel il explique que l’économie comportementale n’est pas très différente ; et qu’ils se contentent simplement d’ajouter des paramètres psychologiques pour plus de réalisme ; que économie comportementale et néoclassicisme ne sont pas antinomiques etc.

    Par contre sur le fait que l’économie comportementale utilise la méthodologie du « comme si » de Friedman, c’est tout simplement faux car c’est un point que les économistes comportementaux réfutent explicitement (ils sont peut être hypocrites en le faisant, mais dans ce cas Gigerenzer ferait bien de le dire explicitement). En plus Friedman fait usage d’un type de « comme si » … (mais là on retourne vers l’épistémologie).

    Bon j’arrête là parce que c’est déjà long, mais un dernier point pourrait être fait sur l’idéologie : [économie expérimentale] Vernom Smith, Charles Plott etc. qui sont des proches de Gigerenzer sont tous des libéraux (au sens français); alors que [économie comportementale] Thaler, Camerer etc. qui sont des proches de Kahneman sont plus socialistes; ce qui peut expliquer aussi pas mal de chose, sans vouloir (trop) tomber dans une vision postmoderniste de la « science » (la thèse de Floris Heukelom sur l’histoire de l’économie comportementale aborde un peu ces points pour ceux qui sont intéressé).

    Sinon l’ecological rationality est un programme de recherche très intéressant qui à l’avantage d’être plus unifié (ou mieux « ranger » que l’économie comportementale).

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