L’entropie, un phénomène qui remet en cause la notion d’efficience 3/3

R.D.

Ce billet fera écho avec le précédent sur les systèmes adaptatifs complexes et le paradoxe de Jevons dans l’histoire de la pensée économique. Il sera également le dernier d’un lecture approfondi de l’ouvrage de Polimeni, Mayumi, et Giampietro. Nous allons voir plus précisément ici la manière dont le paradoxe de Jevons pourrait être intégré à la complexité de l’entropie. Pour cela, Polimeni, Mayumi, et Giampietro nous invite à revoir la définition de l’éco-efficience qui semblerait conserver une approche trop linéaire face à la complexité de la thermodynamique. C’est pourquoi loin des standards habituels, ces derniers présentent deux interprétations possibles de ce que nous pouvons définir par le terme « efficience ». Soit la première représente le niveau minimum d’entropie nécessaire que l’on pourrait rattacher à la notion d’efficacité. Cette dernière s’inspire d’une évaluation selon des unités de mesure d’input et d’output similaires pour convertir l’énergie. La seconde, quant à elle, se rapproche de l’évaluation des flux maximums d’énergie grâce à des choix de ratios économiquement pertinents que l’on nommerait ici efficience. Or, un simple ratio et une analyse de flux ne suffisent pas pour décrire les dimensions multiples et hiérarchiques des systèmes complexes adaptatifs.

Deux catégories d’efficience, antagonistes et complémentaires

Au delà de l’ambiguïté sémantique que peut apporter la notion d’efficience, il n’en demeure pas moins important de souligner l’importance des travaux de Kawamiya en 1983 sur ce sujet. En fait, ce dernier propose deux catégories d’efficience antagonistes dans lesquelles la première s’intitule « efficience de type 1 » en se ralliant à un ratio input/output qui ne prend pas la temporalité de la transformation entropique. A l’opposé, l’ « efficience de type 2 » se focalise sur le temps nécessaire pour générer des outputs. Leurs applications dans les systèmes socioéconomiques et écologiques nous permettent de mettre en lumière l’approche multi-dimensionnelle du système entropique. La célèbre machine de Carnot permet de mettre en lumière les limites de l’efficience de type 1 avec le premier principe de la thermodynamique. Ici, son augmentation réduit les pressions sur les ressources naturelles. En revanche, l’efficience de type 2 se confronte à la puissance qui permet d’augmenter une efficience temporelle, la productivité, et accentuer la dynamique évolutive des systèmes complexes et des comportements. Dès lors, comment appréhender l’efficience dans ce cas ? La réponse fait l’objet d’un débat passionnant car les priorités de ces efficiences sont différentes mais restent conjointement liées à l’évolution espèces et des techniques. Prenons un exemple. Il apparaitrait que l’efficience de type 2 favorise la maximisation adaptative des espèces vivantes, mais paradoxalement elle exacerbe l’épuisement des ressources naturelles. C’est la raison pour laquelle l’efficience de type 1 semblerait être une priorité selon les auteurs. D’ailleurs, à entendre Alfred Lotka, la domination de certaines espèces proviendrait de cette capacité à être les plus efficientes dans les éco-systèmes ; les systèmes complexes s’adaptent alors de manière cyclique. Rappelons-le, la production minimum entropique (E1) et le flux énergétique maximum (E2) sont antagonistes mais complémentaires. Certes mais dès lors qu’on s’attache à la quête de l’efficience, ce sont ses perceptions et leurs hiérarchisations de E1 et E2 qui affectent les systèmes adaptatifs complexes. Tout dépend du niveau d’analyse et de la place de l’observateur et du story-teller dans son système. Il semblerait aujourd’hui que c’est l’efficience de type 2 qui l’emporte. Cela n’a rien d’étonnant selon les auteurs Daly et Georgescu-Roegen car cette approche se rapproche des fondements de l’économie de marché.

Quelles efficiences à privilégier?

En réintégrant ce dualisme dans l’approche « holon » de Koestler, l’enjeu global de l’épuisement des ressources, et plus largement celui du développement soutenable, se confronte également à cette dualité micro et macroscopique. D’un côté, la vitesse d’adaptation est essentielle pour appréhender la qualité évolutionnaire et la diversité des systèmes écologiques sur le long terme. De l’autre, l’efficience métabolique favorise le phénomène de sélection. Dès lors, nous pouvons en déduire que les trajectoires technologiques sont également soumises à ce même principe dans lequel trois étapes circulaires peuvent contribuer au phénomène de sélection. Premièrement, la connaissance provenant du système social permet de définir des objectifs à atteindre en optant pour les possibilités les plus optimales. Par conséquent, les ressources disponibles apparaissent en plus grand nombre, multipliant ainsi le champ des possibles et la capacité d’adaptation. Or, cette dernière exacerbe d’autant plus l’épuisement des ressources naturelles, ce qui nous amène à nous focaliser à nouveau sur l’efficience de type 1. Il serait donc important selon les auteurs de ne pas négliger le cadre spatiaux-temporelles dans lequel se trouve les sociétés car la sélection engendre une « destruction-créatrice » qui supprime les connaissances et les options technologiques connues. Dès lors, comment les systèmes sociaux peuvent t-il s’adapter en prenant en compte l’efficience et l’adaptabilité dans une perspective de développement soutenable ? Cette question reste complexe et les réponses le sont d’autant plus. C’est pourquoi, Funtowicz et Ravetz nous rappelle que cette quête de la stabilité multidimensionnelle ramène directement les décisions à « la tragédie du changement » (Funtowicz,Ravetz, 1990). Il en résulte que cette quête d’un point d’équilibre représentée par l’efficience proviendrait des prises de décision qui résultent de plusieurs facteurs. Le phénomène de sélection dépend principalement des représentations des acteurs, du rôle des institutions et des cultures propres aux communautés qui s’inspirent de leurs expériences passées et de leurs visions du futur selon Giampietro (Giampietro, 1994).

Quelques pistes bibliographiques:

Kawamiya, Nobuo (1983) Entropii to Kougyoushakai no Sentaku (Entropy and Future Choices for the Industrial Society). Tokyo

Giampietro, Mario (1994) Using Hierarchy Theory to Explore the Concept of Sustainable Development. Futures 26(6): 616-625

Mayumi, Kozo (2001) The Origins of Ecological Economics: The Bioeconomics of Georgescu-Roegen: Routledge Research in Environmental Economics, London, 2001 : 161

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