Le modèle de ségrégation de Schelling formalise-t-il un effet émergent ?

C.H.

En parcourant les revues disponibles dans la bibliothèque universitaire de mon université, je suis tombé sur le dernier numéro de L’année sociologique dans lequel figure un intéressant débat autour du modèle de ségrégation de Schelling. Un article de Michel Forsé et Maxime Parodi défend l’idée que le modèle de Schelling ne formalise aucun effet émergent et ne comporte aucune propriété de non-linéarité mais que le comportement macro du système est totalement issu des contraintes structurelles du modèle. Autrement dit, sans ces contraintes, il y a une relation linéaire entre préférences individuelles et niveau de ségrégation, contrairement à l’interprétation courante qui est faite de ce modèle. Voici l’abstract :

« Dans les années 1970, Thomas C. Schelling a proposé un modèle pour expliquer le lien entre ségrégation spatiale et préférences individuelles concernant cette ségrégation. Au moyen de simulations, il cherche à montrer qu’un haut niveau de ségrégation globale peut être le résultat collectif de décisions individuelles qui sont loin de viser une telle ségrégation. Cet article montre cependant que les contraintes structurelles du modèle expliquent intégralement les niveaux de ségrégation atteints. Une faible exigence individuelle pour s’entourer de voisins identiques conduit à une ségrégation collective faible et une exigence forte conduit à une ségrégation forte. Les niveaux de ségrégation correspondant à un seuil donné de satisfaction individuelle n’ont rien de surprenant en regard du hasard et de ce que chaque individu souhaite réellement. Le modèle de Schelling ne permet pas de conclure que, de manière générale, de larges ghettos naissent d’innocentes décisions« .

Je n’ai fait que parcourir l’article ainsi que les réponses d’Alan Kirman et de Meredith Rolfe en diagonale mais il me semble important de noter deux points : 1) Schelling ne prétendait pas expliquer la ségrégation uniquement comme un phénomène émergent résultant de comportements individuels basés sur des préférences « tolérantes ». La ségrégation est juste l’histoire qui vient donner de la substance au modèle, mais clairement l’intérêt de Schelling était d’abord analytique ; 2) à partir du moment où les préférences des agents ne portent pas sur l’état macro du système, ce dernier est nécessairement un effet émergent (la conséquence) des comportements micro, que la dynamique soit mathématiquement linéaire ou non. Un effet émergent n’est pas nécessairement quelque chose de contre-intuitif , d’inexplicable ou de magique. Au contraire, il doit pouvoir toujours se déduire des propriétés micro du système.

Pour le reste, les arguments dans l’article sont intéressants mais ma lecture en diagonale ne me permet pas de me prononcer dessus.

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