Un code éthique pour les économistes ? Suite

C.H.

The Economist propose un débat sur la question d’actualité relative à l’instauration d’un code éthique pour les économistes. Plusieurs interventions sont intéressantes et je me surprend même à être d’accord avec celle de Gilles Saint-Paul. On y trouve notamment une défense du pluralisme :

« So what we need is not a « code of conduct » but rather to have the right filter in order to make sure that the required confrontation between conflicting ideas takes place, and that the « winner » is determined by a rigorous procedure. This implies, among other things, maintaining a marketplace for ideas where free speech and the right to scrutiny are not undermined by groupthink, political correctness, censorship, credentialism, or career concerns in an environment where too few people hold the key to publications, promotions, and grants. Maintaining a diversity of views is crucial. And ideally this should apply to funding sources too« .

Evidemment, cela pose la question des « règles du jeu » et notamment des procédures à partir desquelles on va déterminer les « vainqueurs », c’est à dire les bonnes idées à conserver. Mais, clairement, l’enjeu est de faire en sorte que les économistes soient au maximum indépendants, tant des pouvoirs publics que des groupes d’intérêt privés.

Plus généralement, Saint-Paul développe un point qui me semble essentiel : que les économistes pris individuellement soient biaisés politiquement n’est pas en soi un problème et est de toute façon inévitable. Le choix même des sujets de recherche et la manière de les aborder reflète nécessairement une forme de subjectivité (comme l’avait souligné en son temps Max Weber). En revanche, ce qui est essentiel c’est qu’au niveau collectif le processus scientifique fasse office de filtre de manière à ce que ne soit valider que les recherches qui répondent à certains critères académiques. On pourra toujours dire que ces critères ne sont pas plus objectifs (après tout, la science est encastrée dans la société) mais c’est le mieux que l’on puisse avoir et, à moins de tomber dans le relativisme le plus complet, cela reste le compromis le plus satisfaisant.

Pour finir, Saint-Paul souligne a raison que de toute façon l’économie est rarement en mesure de donner une une réponse unique à une question donnée et que, par conséquent, un décideur politique pourra toujours invoquer d’une manière ou d’une autre le support de la science économique pour son action. Raison pour laquelle, à mon humble avis, un économiste a en règle générale plutôt intérêt à se garder de prescrire quoique ce soit. Ce n’est après tout pas sa fonction, en tout cas pas sa fonction première. Si la question d’un code éthique dans les autres sciences sociales ne se pose pas, c’est précisément parce que ces sciences sont très peu concernées (en tout cas beaucoup moins que l’économie) par l’activité de prescription.

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4 Commentaires

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4 réponses à “Un code éthique pour les économistes ? Suite

  1. Étienne Chantrel

    Je rebondis sur votre dernier commentaire (« Ce n’est après tout pas sa fonction, en tout cas pas sa fonction première. »). Voilà qui ignore tous les économistes qui ne sont pas purement dans le champ académique. Les économistes employés par des administrations, banques centrales, banques privées… Ont souvent pour fonction de conseiller et de faire des prescriptions.

  2. C.H.

    Effectivement, vous avez raison. Comme je l’indique dans le billet précédent sur le même sujet, c’est pour ces économistes qu’un code éthique auraient le plus de sens. Maintenant, est-ce que la fonction première des économistes qui ne sont pas dans le champ académique est la prescription ? Je ne connais pas la réponse, mais je me pose la question.

  3. La difficulté réside surtout à dissocier ce qui relève d’une stricte analyse académique (« voilà ce que je suis amené à conclure au vue de mes travaux ») et du point de vue économico-politique (« voilà ce que je recommande compte tenu de ces travaux mais aussi –et surtout– de mes opinions à ce sujet).

    Car bien des économistes utilisent leur position académique pour faire passer des messages plus politiques et sans nuances.

    Mais peut-il en être autrement?

  4. elvin

    J’ai vécu dans trois entreprises, dont une très grande multinationale, à des postes où se prennent des décisions importantes, et je n’ai jamais vu un économiste prescrire quoi que ce soit, ni un dirigeant lui demander de le faire.

    Je dois préciser que ce n’était pas dans le secteur de la banque ou de l’assurance, où ça peut être différent.

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