Macroéconomie et complexité

C.H.

Russ Roberts a écrit sur Cafe Hayek un essai stimulant sur le caractère scientifique de la macroéconomie. Je suis globalement d’accord avec Roberts mais, bien qu’étant loin d’être un spécialiste de macroéconomie, j’aimerais apporter quelques compléments.

Roberts reprend en fait la thèse hayékienne sur la complexité du système social qui prohibe toute analyse exhaustive et précise (selon les critères des sciences physiques) de son fonctionnement, rendant illusoire notamment la réalisation de prédictions macroéconomiques. Roberts développe deux points : l’économie est un système complexe qui rend inapplicable les mathématiques standards inspirés de la physique et qui constituent encore le cœur de la théorie économique ; si la (macro)économie est une science, c’est davantage au sens de la biologie. Ces deux points me semble valides mais néanmoins à relativiser. La macroéconomie est critiquée depuis très longtemps pour sa faible capacité à faire des prédictions concernant l’évolution de certaines variables macroéconomiques, critique qui s’est encore renforcée suite à la crise financière. Même si cette critique est souvent exagérée (après tout, les macroéconomistes expliquent et prédisent avec un relatif succès les relations entre un certain nombre de variables), elle est malgré tout justifiée à partir du moment où l’on attend de la macroéconomie qu’elle soit capable d’étudier le fonctionnement de l’économie de la même manière que l’astrophysique étudie le mouvement des corps astraux. On peut expliquer cette incapacité de deux façons. La première, celle que va adopter la majorité des macroéconomistes, consiste à considérer que les développements théoriques, bien que caractérisés par d’énormes progrès depuis les années 70, sont encore insuffisants et qu’il faut aller plus loin autant dans la sophistication des outils (mathématiques) que dans l’utilisation des supports empiriques (économétrie). En clair, si on se laisse suffisamment de temps, la macroéconomie parviendra à terme à un niveau de compréhension de l’économie similaire à celui du mouvement des corps astraux par l’astrophysique. La seconde conception est celle développée par Hayek et Roberts : l’économie est un système complexe ce qui a pour conséquence qu’elle est intrinsèquement (ontologiquement) incompatible avec le mode d’appréhension scientifique qui est celui des sciences physiques.

Retenir cette seconde explication a de grandes implications car cela revient à dire d’une part que les outils actuels des macroéconomistes sont fondamentalement et irrémédiablement limités et, d’autre part, que l’on ne peut conférer à la macroéconomie les mêmes objectifs scientifiques que ceux que l’on confère aux sciences physiques. Il n’y a alors que deux alternatives possibles : soit abandonner tout bonnement la macroéconomie, soit la pratiquer différemment et lui fixer des objectifs différents (pas moins ambitieux, juste différents) que ceux qui sont les siens actuellement. Cette seconde voie a un double problème : un problème interne à la discipline, puisqu’elle suggère que les économistes modifient radicalement la manière dont ils conçoivent leur discipline ; un problème externe qui est lié au fait que la macroéconomie, plus que toutes les autres branches de la science économique, est étroitement liée à la conception des politiques économiques. Il y a ainsi une attente politique et sociale à l’égard des macroéconomistes (dont beaucoup travaillent dans les Banques centrales ou les institutions internationales) pour produire de la prescription.

L’argument de la complexité est malgré tout extrêmement fort. Il faut de ce point de vue bien comprendre la différence qualitative qui existe entre microéconomie et macroéconomie. L’une des raisons du « succès » (relatif) de la microéconomie est qu’elle a pour unité d’analyse une entité aux contours à peu près bien définie, dont on peut étudier les caractéristiques (notamment par le biais d’expérimentations) et dont la compréhension du fonctionnement interne n’est pas indispensable (tout du moins pas à chaque fois) à l’analyse : l’individu. La macroéconomie s’intéresse quant à elle, in fine, à des relations entre des objets (les agrégats macroéconomiques) dont le statut ontologique est assez différent. Individus et agrégats macroéconomiques ont en commun d’être tous deux des effets émergents : l’individu est un effet émergent de processus neuronaux et cellulaires, les agrégats macroéconomiques sont un effet émergent des actions individuelles. La différence, c’est que autant l’émergence au niveau individuel est telle qu’elle rend légitime et pertinent le fait de partir de l’individu, autant les agrégats macroéconomiques dans la mesure où il n’acquiert pas une autonomie par rapport à leurs éléments constituants ne peuvent constituer une unité d’analyse (sauf cas particulier).

Cela explique que la complexité du système macroéconomique rend nécessaire de partir de l’individu. Il me semble ici que Roberts sous-estime la prise de conscience de la dimension de complexité de leur objet par les macroéconomistes. Ironiquement, le premier macroéconomiste de la complexité est bien Keynes : il suffit de parcourir la Théorie générale pour comprendre que l’individu est présent dans la macroéconomie keynésienne et que Keynes avait bien compris la dimension complexe de l’économie. Cela est évident dans le chapitre 12 lorsque Keynes discute de la dynamique des marchés financiers et de la formation des conventions financières (analyse totalement individualiste même si elle laisse la place aux croyances collectives), dans la place qu’il accorde à l’incertitude, ou encore à l’importance qu’il accorde aux boucles récursives (ou rétroactives) qui sont la caractéristique de tout système complexe (les entrepreneurs sont pessimistes, donc ils n’investissent pas, ce qui diminue la demande effective, ce qui en retour confirme leurs anticipations pessimistes). Ce n’est qu’avec le keynésianisme de la synthèse (IS/LM entre autre) que l’individu disparait totalement et que la macroéconomie devient une discipline qui singe la physique. La macroéconomie se résume alors à l’étude des relations entre variables macroéconomiques et ceci en faisant abstraction de toute dimension de complexité. Le retour de la complexité dans la macroéconomie s’opère avec Robert Lucas et sa fameuse critique. C’est d’ailleurs un point que souligne Philip Mirowski dans son ouvrage Machine Dreams : la théorie des anticipations rationnelles est le produit de la convergence des sciences de la complexité et de l’économie après la seconde guerre mondiale. Qu’est-ce que la théorie des anticipations rationnelles va amener les macroéconomistes à prendre en compte ? C’est la réflexivité qui est inhérente au fonctionnement du système économique : les agents économiques ont une conception (un modèle) du système dans lequel ils évoluent et ils se servent de cette conception pour déterminer leurs actions. Le fait qu’un système est composé d’agents qui sont dotés de modèles internes représentant le système en question est une caractéristique des systèmes complexes et constitue une hypothèse centrale dans l’analyse contemporaine des systèmes complexes adaptatifs. Bien sur, la théorie des anticipations rationnelles va très loin puisqu’elle considère que les agents disposent du « bon modèle » de l’économie, ce qui conduit à considérer que la bonne théorie macroéconomique est celle qui se situe à un point fixe (au sens mathématique du terme) où se produit une auto-confirmation des anticipations des agents.

Avec la critique de Lucas, la macroéconomie est donc rentrée dans l’ère de la complexité. Ce sont pourtant les modèles construits sur la base de cette critique qui sont aujourd’hui la cible des attaques internes et externes à la discipline, et notamment celle de Roberts. Ce paradoxe apparent a plusieurs explications. En premier lieu, l’idée qu’il existe un « bon » modèle de l’économie, définit comme un modèle faisant office de point fixe (le modèle à partir duquel les agents forment leurs anticipations conduit à des comportements qui confirment les anticipations et donc le modèle) est discutable dans la mesure où rien ne nous dit qu’il n’existe pas d’équilibres multiples. C’est précisément la multiplicité des équilibres qui donne à un système l’apparence (l’apparence seulement) d’un fonctionnement chaotique et, donc, qui lui donne son caractère complexe. On peut tout à fait imaginer que les anticipations des agents puissent « sauter » d’un équilibre à un autre, auquel cas cela signifierait qu’il existe plusieurs « bons » modèles de l’économie. On pourrait remédier à cela, et c’est le deuxième point, en s’interrogeant sur la manière dont les agents acquièrent le « bon » modèle de l’économie (ou l’un des bons modèles s’il y en a plusieurs). Autrement dit, cela revient à se poser la question de la convergence vers l’équilibre et non pas seulement à s’interroger sur les propriétés de l’économie à l’équilibre. La théorie de la dynamique des systèmes (voir le chapitre 11 de cet ouvrage de Gintis pour une bonne introduction) peut nous donner ici de bonnes indications sur les processus possibles. Ce qui est sûr, c’est que la convergence n’est pas garantie suivant les propriétés de l’équilibre. Aujourd’hui, l’analyse des systèmes complexes s’intéressent davantage à la convergence vers l’équilibre qu’à l’équilibre lui-même. Enfin, les macroéconomistes depuis Lucas ont la plupart du temps cherché à esquiver le problème de l’agrégation en posant l’hypothèse de l’agent représentatif, hypothèse anti-complexité par excellence. Cela commence à changer puisque depuis un certain nombre d’années des modèles à agents hétérogènes sont développés, mais on peut certainement penser que l’on en est encore qu’aux balbutiements. Qui plus est, la complexité ne résulte pas seulement de l’hétérogénéité des agents, elle peut aussi être le produit de la dimension spatiale du système économique. La théorie des graphes et l’analyse des réseaux peuvent ici apporter d’intéressantes choses aux macroéconomistes, ce qu’Alan Kirman essaye de démontrer depuis maintenant un certain temps, sans qu’il soit vraiment suivi il me semble.

L’intégration de ces trois points au sein de l’analyse macroéconomique est indispensable pour appréhender de manière satisfaisante la complexité du système macroéconomique. N’étant pas au fait des derniers développements de la macroéconomie, peut-être sont-ils déjà intégrés d’ailleurs. L’incursion assez récente des ABM (agent-based models) en macroéconomie est de ce point de vue plutôt bon signe. Cela m’amène sur le second point discuté par Roberts, sur lequel je ne m’attarderai pas : la macroéconomie est une science au même sens que la biologie. Je ferai remarquer deux choses. Pour ce qui concerne la biologie théorique (en fait, essentiellement la biologie évolutionnaire), on constate que les outils mathématiques utilisés sont étonnement proches, voir parfois identiques, aux outils utilisés par les microéconomistes. En fait, le cadre théorique de la biologie évolutionnaire consiste essentiellement en de la maximisation sous-contrainte. La différence est que biologistes et économistes ne fondent pas ce cadre sur la même ontologie : pour les économistes, la maximisation sous contrainte se justifie par l’hypothèse de rationalité que l’on considère comme étant un attribut raisonnable de l’individu (ce qui est fondamentalement exact dans la mesure où la rationalité se réduit plus ou moins à la cohérence et à la stabilité des préférences), tandis que le biologiste va évoquer une force externe, la sélection naturelle, pour expliquer la provenance de l’optimisation sous contrainte. Notons que depuis Alchian et Friedman, et encore plus depuis les années 80, les économistes font de plus en plus appel à l’argument évolutionnaire des biologistes soit pour justifier l’hypothèse de rationalité individuelle (la cohérence des préférences est un produit de la sélection naturelle), soit pour justifier l’optimalité (locale) du système économique (ce que Vernon Smith appelle la rationalité écologique). A partir du moment où les macroéconomistes utilisent les mêmes outils que les microéconomistes, il n’y a pas foncièrement de différence qualitative entre biologie et macroéconomie au niveau des outils théoriques, à l’exception bien entendu des points soulignés plus haut concernant la complexité.

Mon second point, sur lequel j’achèverai cette longue réflexion, consiste à faire remarquer que la biologie est une discipline fondamentalement empirique et que s’il y a eu de brillants mathématiciens biologistes (je pense à George Price), le ratio développements mathématiques/travaux empiriques est certainement exactement inverse à celui qui a préexisté en économie jusqu’à encore assez récemment. Les choses changent mais le problème fondamental de la macroéconomie est que c’est une discipline qui ne se prête pas à l’expérimentation… autrement que par des modèles (si l’on considère que les modèles sont un moyen d’expérimenter ainsi que l’a argumenté par exemple Lucas). Des travaux empiriques existent mais ils sont de nature statistique alors que la biologie est une discipline pleine d’études de cas. Cela a probablement un impact sur la manière dont le travail théorique est « alimenté » par le travail empirique. En tout cas, le fait est que la macroéconomie aura toujours un handicap au niveau de la vérification/falsification de ses hypothèses et propositions, ce qui est évidemment de nature à inviter à la prudence et à l’humilité. Sur ce point, je ne peux qu’être d’accord avec Russ Roberts.

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8 Commentaires

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8 réponses à “Macroéconomie et complexité

  1. Jean-Paul Tsasa Vangu

    les critiques epistémologiques sont bonnes mais ne perdons pas de vue quelques principes de base, au profit de propos qui nous amènent dans l’espace alors que l’économie n’a pas l’objectif d’expédier ses spéialistes dans l’espace! c’est aussi clair que l’eau de roche; les économistes sont conscient de limite de l’économique,nous les savons si bien! Eistein, le grand savant et physicien du XXième siècle n’a-t-il pas dit que la science est perfectionnement de la pensée quotidienne?

    les économistes :

    – recourent à des modèles, or par définition, les modèles ne sont pas parfaite, par du fait de chocs, des anticipations ou de l’existence de super-agents économiques;

    – formulent des hypothès,

    – émettent de postulat, théorèm, lemme

    – etc.

    et dans tout cela, l’économie, dans toute sa rigueur, est une sience jeune…

    Les problèmes ouverts sont encore nombreux et d’ailleurs la modélisation de la critique de Lucas, jusqu’à ce jour, constitue l’une de préoccupation del’économiste [modélisateur, de l’économètre];

  2. Jean-Paul Tsasa Vangu

    les critiques epistémologiques sont bonnes mais ne perdons pas de vue quelques principes de base, au profit de propos qui nous amènent dans l’espace alors que l’économie n’a pas l’objectif d’expédier ses spéialistes dans l’espace! c’est aussi clair que l’eau de roche; les économistes sont conscient de limite de l’économique,nous les savons si bien! Einstein, le grand savant et physicien du XXième siècle n’a-t-il pas dit que la science n’est rien d’autre que le perfectionnement de la pensée quotidienne?

    les économistes :

    – recourent à des modèles, or par définition, les modèles ne sont pas parfaits, par du fait des chocs, des anticipations ou de l’existence de super-agents économiques;

    – formulent des hypothèses;

    – émettent des postulats, théorèmes, lemmes;

    – etc.

    et dans tout cela, l’économie, dans toute sa rigueur, est une sience jeune…

    Les problèmes ouverts sont encore nombreux et d’ailleurs la modélisation de la critique de Lucas, jusqu’à ce jour, constitue l’une de préoccupation del’économiste [modélisateur, de l’économètre]; j’estime qu’il aurait eu un problème au moment l’économiste ignorerait les limites de sa discipline, ce qui n’est pas le cas!

    Jean-Paul Tsasa
    Université Protestante au Congo
    Centre Congolais-Allemand de Microfinance
    Cellule de Réflexions Economiques et Sociales

  3. elvin

    J’ai « bu du petit lait » en lisant Roberts. Je suis d’accord avec chacune de ses phrases prises une à une, qui disent exactement ce que je m’évertue à dire sur ce blog et quelques autres forums, en reprenant (sans le citer) Mises « What people expect from the economists is beyond the power of any mortal man. » (Human Action, XXXVII,3). Le problème, c’est que les économistes prétendent en être capables, pourvu qu’on leur en laisse le temps.

    Mais amha Roberts ne voit pas un problème encore plus fondamental qu’il ne fait qu’évoquer au passage : non seulement les systèmes économiques sont complexes, mais leurs éléments constitutifs les plus simples (les « particules élémentaires » de l’économie) sont des êtres humains conscients dotés de jugements, d’objectifs, d’initiative de libre arbitre, etc… et sont eux-mêmes des systèmes complexes.

    Donc même dans le cas le plus simple d’une transaction entre deux agents élémentaires, la micro-microéconomie en quelque sorte, aucune théorie économique ne peut en prévoir le résultat de façon certaine et exacte. Même pas besoin de faire appel, comme Roberts ou Mirowsky, à la complexité, qui en fait qu’aggraver le problème.

    Cela me conduit, avec les Autrichiens, à récuser la dichotomie micro-macro. Quand passe-t-on du niveau micro au niveau macro ? entre 2 et 3 agents ? entre 3 et 4 ? 9 et 10 ? 99 et 100 ? De plus, beaucoup de phénomènes économiques du monde réel mettent en jeu un petit nombre d’acteurs, par exemple la concurrence industrielle. Amha il n’y a pas d’un côté la micro et de l’autre la macro, deux disciplines distinctes qui seraient justiciable de méthodes différents. L’économie tout entière est dans le passage de l’un à l’autre, et pour moi la critique de Roberts porte sur la totalité de la discipline économique. Je serais pleinement d’accord avec son texte en y remplaçant le mot « macroéconomie » par « économie ». Cette remarque s’étend évidemment aux commentaires de Cyril.

    Par rapport à ce que dit Cyril, OK sur le fait que Keynes, malgré toutes les critiques qu’on peut lui faire, vaut quand même mieux que les keynésiens qui l’ont suivi. Un autre cas où l’économie a évolué dans le mauvais sens pendant le XXe siècle

    Sur son dernier paragraphe, d’accord pour déplorer que les travaux empiriques en économie soient principalement statistiques. Pour être vraiment pertinent, le raisonnement économique devrait reposer, comme la biologie, sur une accumulation d’études de cas.

  4. J-E

    @elvin: de plus en plus la distinction micro/macro appartient de toute façon à l’histoire de la pensée économique. Certains programmes de cours ne sont plus structurés autour de micro/macro mais autour de price theory/game theory (concurrence parfaite/concurrence imparfaite pour faire simple), ce qui est de plus en plus la distinction pertinente.

    Bon pour le reste vous n’avez pas peur de vous répéter…

  5. elvin

    @J-E
    1. j’en suis très heureux, même si les nouvelles distinctions ne valent guère mieux amha. Mais tout le monde n’a pas l’air d’être au courant…
    2. non en effet. Tant qu’on est minoritaire, faut bien.

  6. elvin

    … qu’on est minoritaire… et qu’on n’a pas beaucoup d’idées…

  7. Mat

    En plus des améliorations à attendre du point de vue « interne » à la macroéconomie (cf. § 2), est-ce que la question de la mesure ne devrait-elle pas aussi être mise en avant ? S’il existe de nombreuses bases de données, qu’en est-il de leur fiabilité ? Quel est leur degré de précision ? Cela ne dédouane pas la macroéconomie de toutes les critiques que l’on peut lui adresser mais si ses modèles sont « précis », reposant sur des instruments mathématiques assez poussés alors les tester sur des données « grossières » (quand bien même elles ont été constituées par les auteurs de l’étude) peut apparaître comme une perte de temps et cela revient à poser la question de savoir si, lorsqu’une théorie n’est pas vérifiée le problème vient d’elle ou bien des faits, données utilisées. Le problème est bien connu en philosophie des sciences donc je pense que pas mal d’économistes ont réfléchi là-dessus mais je me demande si ce facteur peut jouer un rôle ou non et si des progrès doivent être faits dans cette direction, en fonction de son importance.

    « Bien sur, la théorie des anticipations rationnelles va très loin puisqu’elle considère que les agents disposent du « bon modèle » de l’économie, ce qui conduit à considérer que la bonne théorie macroéconomique est celle qui se situe à un point fixe (au sens mathématique du terme) où se produit une auto-confirmation des anticipations des agents. »

    Lorsque que vous dites que les agents économiques ont le bon modèle de l’économie en tête (en évacuant toutes les questions au sujet du réalisme de cette hypothèse, de l’hétérogénéité des agents au niveau de leurs connaissances économiques, etc.) cela signifie que les agents économiques, en moyenne, ne font pas d’erreur (la seule possibilité étant le « bruit blanc » vu qu’ils utilisent au mieux toute l’information disponible). Donc les anticipations rationnelles sont proches des anticipations parfaites si l’économie ne connaît pas de chocs imprévus. De ce fait j’ai deux questions, découlant de cette situation :

    – Que se passe-t-il s’il existe des informations privées, non disponibles pour les agents ? Cela ne veut pas dire que leurs prévisions ne seront plus les meilleures mais que l’information disponible est imparfaite (incomplète, existence d’asymétries entre certaines catégories d’agents, etc.). Dans ce cas est-ce que la dénomination d’anticipations rationnelles tombe à l’eau ? Est-ce qu’elles peuvent aussi s’appliquer dans un tel contexte ou bien les hypothèses sur lesquelles elles reposent empêchent cela ?

    – Existe-t-il des cas où le modèle de l’économie se modifie au cours du temps (par exemple suite à des réformes structurelles, un changement du mode de régulation dans la version théorie de la régulation, etc.) et il peut alors exister un décalage entre les résultats effectifs de l’économie et les anticipations des agents ou alors les anticipations rationnelles supposent une adaptation immédiate ?

    Je ne sais pas si je suis clair ni si ces questions ont été ou non largement traitées par la théorie économique et n’ont alors qu’un faible intérêt.

  8. MacroPED

    Je suis arrivé en retard, mais tout ce que je peux dire que cette analyse mérite d’être dans des rubriques débats de revues scientifiques. Si vous pouvez rassembler tous vos éléments publiés sur ce blog relatifs à cette thématiqu, et bien on a là un corpus…

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