L’« innovation environnementale » ou la complexité du biomimétisme

Introduction par le maître des lieux : j’ai le plaisir d’annoncer que le blog accueille un nouveau contributeur temporaire voire permanent, au doux nom de R.D. Il travaille sur les questions relatives à l’innovation environnementale, ceci dans une perspective socio-économique. Il devrait publier plusieurs billets autour de ce thème dans les semaines à venir.

R.D.

Les critiques de l’activité industrielle sur notre environnement ne cesse de se retrouver au cœur des débats au nom d’un Siècle d’un nouveau genre. Médias, scientifiques, politiques, consommateurs et citoyens, nul n’est aujourd’hui insensible à la place de l’Homme et à ses actions vis-à-vis de ses rapports avec la Nature. Des exemples bien concrets montrent au quotidien la volonté de renouer une certaine alliance avec cette dernière à travers la conception d’artefact inspiré d’un biomimétisme chronique. On nous parle de voitures moins « énergivores », du biocarburant, de produits basés sur des matières premières renouvelables ; le tout sous la bannière du développement durable/soutenable. Néanmoins, est-ce vraiment si évident que cela puisse paraître ?

Sensible à ce sujet, j’ai donc décidé derechef de mettre en lumière ce que montre la théorie économique à ce sujet. L’intérêt est de vous montrer la complexité de concevoir une dite « innovation environnementale ». Déjà depuis son apparition dans les années 90, son émergence a engendré de nombreuses définitions qui souligne dès le départ un consensus flou. Je vous conseille de lire au moins la première partie du travail de Gasmi et Grolleau pour vous donner une idée : ici. Dans l’ensemble, nous pouvons nous rendre compte que ces travaux tentent d’expliquer sans pour autant définir ce qu’est l’ « environnement » ; vaste question n’est-ce pas ? Par où commencer notre réflexion ?

Dans une perspective de biomimétisme, les organisations ont cherché à s’adapter à travers les configurations technico-organisationnelles aussi originales que possibles afin de réduire l’impact environnementale de leurs activités. Pour cela, débutons notre réflexion sur les théories relatives à l’écologie industrielle qui se présente comme un courant de pensée instigué par Frosch et Gallopoulos en 1989 : ici . Aujourd’hui, nous parlons plus particulièrement de « symbiose industrielle » où les procédés de production et les collaborations se réalisent de manière inter-organisationnelles. Elles se positionnent également sur un espace donné comme le montre le célèbre exemple de la symbiose industrielle de Kalundborg. En réalité, ce système puise son imagination dans le biomimétisme relatif à la représentation téléologique des écosystèmes ; approche qui fût d’ailleurs proposée par Howard Odum à la même époque de Simon et von Bertalanffy. La théorie des systèmes n’en était encore qu’à son commencement. De fait, s’inspirer de la nature par cette approche, c’est à la fois accepter ses avantages économiques et environnementaux : baisse des coûts de production et des matières premières. C’est également accepter sa dépendance vis-à-vis des autres où les lois de la thermodynamique peuvent avoir raison de l’évolution technico-organisationnelles. De surcroît, l’exemple si souvent cité de Kalundborg fait preuve d’une grande ingéniosité mais reste tout de même dans un système ouvert. Ses principaux acteurs produisent de l’énergie à partir de centrale à charbon, d’une raffinerie de pétrole et d’un groupe pharmaceutique ayant une filiale dans la biotechnologie pouvant produire du biocarburant. Dès lors un paradoxe apparaît : à quoi cela sert-il d’imiter les écosystèmes si c’est pour réaliser des produits non respectueux ou risqués pour l’environnement et la santé? Au delà de ces remarques se pose la difficulté de la réplication du modèle sur un autre territoire, un sujet qui sera traité dans un prochain billet.

D’un autre côté, cette première vision du biomimétisme inspiré par une «approche site » semblerait s’être fait devancée par une approche en termes de produit, à lire notamment Aggeri et Abrassard dans leur article  (ici). Ce déplacement progressif vise directement le marché, ses consommateurs et les innovations dans lesquelles les méthodes relatives à l’éco-conception, grâce aux normes ISO 14000, tendent à se cristalliser (Powell et DiMaggio, 1983). Elles se rapprochent du management de la qualité à travers l’utilisation de la roue de Deming. D’ailleurs l’ouvrage de Deming « out of crisis » en 1986 fut sans nul doute un point de départ au certification ISO sur la qualité, puis l’environnement. En fait, le fond de cette approche se construit autour d’approche statistique à la quête de l’information dans laquelle l’« éco-efficience » se construit autour d’indicateurs, de ratios et de flux (Patingre, Vigneron, 2001). Nous pouvons en déduire que l’inspiration provient d’une représentation de l’environnement en termes de système, de flux et de matières à la quête de l’éco-efficience. Cette perspective d’éco-conception peut donc très bien se décrocher des territoires en légitimant des échanges de biens sans frontières avec le reste du monde. Les interactions entre le produit et l’espace naturel sont d’autant plus complexes lorsque la firme cherche à récupérer ses déchets/sous-produits protégés par les droits de propriété situés à l’autre bout du monde. En outre, est-il si facile d’évaluer les impacts sur la biodiversité avec des comportement « freerider» ?

J’ai meentionné ces deux perspectives extrêmes afin d’aller à l’encontre de ce que propose Kemp et Arundel en 1997 concernant la définition de l’ « innovation environnementale ». Ces derniers estiment que l’innovation environnementale peut se présenter selon deux approches : l’une « end of pipe » et l’autre « cleaner technologies ». Cela atteste donc de toute la difficulté à trouver un consensus sur sa définition.

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