Get the payoffs right !

C.H.

« Those critics who denounce game theorists as soulless followers of Machiavelli whose aim is to teach selfish monsters how to bring their power to bear totally miss the point. In spite of what the new school of behavioral economics say, there is no « selfishness axiom » in game theory (nor in neoclassical economics). Game theory assumes nothing whatever about what a player is trying to achieve. (…) Just as 2 + 2 = 4 is the same for St Francis of Assissi and Attilla the Hun, so is game theory « .

Cet passage est de Ken Binmore, extrait de ce petit ouvrage qui propose plusieurs interviews de théoriciens des jeux. Je le trouve intéressant et important à deux titres. Tout d’abord, il rappelle aux contempteurs de l’analyse économique qu’il n’y a définitivement rien dans le cadre théorique de la microéconomie qui présuppose que les agents sont « égoïstes » ou individualistes, dans le sens où ils ne seraient intéressés que par leurs propres gains (monétaires) personnels. La théorie des jeux (et la microéconomie dans son ensemble) est agnostique sur ce que les individus veulent ou préfèrent. Elle se contente de nous dire ce qui se passe (ou devrait se passer) si untel préfère x ou y tandis qu’un autre préfère y ou x. Cela est également vrai dans le cadre le plus basique de la microéconomie, celui de la théorie du consommateur avec ses fameuses courbes d’indifférences. Prenez un individu disposant d’une somme Y. Ce dernier à le choix entre conserver cette somme et en verser une partie c ou la totalité à un pot commun avec un retour sur investissement personnel inférieur à 1 (le rendement cr de l’investissement est partagé également entre les n membres la population, avec r > n – les spécialistes reconnaîtront un jeu du bien public) et une contribution collective C = cr. Si notre individu était totalement « égoïste », il ne verserait strictement rien au pot commun (c’est le problème du financement du bien public). Mais si notre agent est en partie « altruiste » (i.e. il tire une utilité – non monétaire – au fait de participer à la collectivité), alors il peut tout à fait donner au moins une partie de sa dotation initiale. On peut le voir sur le graphique (notez que le problème est paramétrique dans le sens où on considère ici que le choix des autres joueurs est donné) :

 

Si notre agent est totalement égoïste (courbes d’indifférence en pointillés), alors effectivement il ne contribuera rien au bien public. Mais s’il est au moins en partie altruiste (courbes d’indifférence en gras), il contribuera une partie C*. On voit que l’on peut aisément exprimer l’altruisme dans un cadre standard : suivant ses préférences, l’agent fait un arbitrage entre conserver sa dotation et en transférer une partie. Les courbes d’indifférence expriment la manière dont l’individu arbitre entre « égoïsme » et « altruisme » ; il y a un « taux marginal de substitution » (qui à l’équilibre est égal à 1/r) entre égoïsme et altruisme : combien l’individu est-il prêt à sacrifier de richesse personnelle pour accroïtre la richesse collective.

Il me semble bon de rappeler ce point alors que dans le même temps des sociologues accusent l’enseignement de l’économie de faire des lycéens des « petits Anelka en puissance« . On doit en revanche concéder que depuis au moins Pareto, les économistes ont généralement considérés que les individus étaient effectivement égoïstes, plus pour des raisons de commodité que de réalisme. Mais ce choix (criticable) n’était en rien contraint par le cadre analytique.

La théorie des jeux s’accomode donc très bien de préférences altruistes. Dans la conception de Binmore, elle n’a aucun contenu substantif. En quelque sorte, il s’agit d’un outil formel à calculer des équilibres en fonction des stratégies disponibles et des préférences des joueurs. La théorie des jeux est ainsi un pur cadre logique (mathématique) qui indique des résultats nécessaires (tautologiques) une fois les conditions spécifiées. Par exemple, il est logiquement impossible de coopérer dans un dilemme du prisonnier en un coup. Toutefois, cette interprétation appelle à une réflexion que j’avais déjà amorcée dans un billet au sujet de la coopération dans un dilemme du prisonnier.

Dans cette lecture de la théorie des jeux comme cadre purement formel, on comprend que tout dépend de la matrice de gains et, par conséquent, des préférences des joueurs. D’où la requête : get the payoffs right. Si l’analyste se trompe sur les préférences des joueurs, il va mal spécifier le jeu et donc étudier une configuration qui n’est pas celle à laquelle les joueurs prennent part. Mais cela pose une question : comment déterminer les gains ? Ou, formulée autrement : qu’est ce qui explique que les joueurs jouent tel jeu et pas tel autre ? Cette question est finalement encore largement peu étudiée par les économistes et les théoriciens des jeux, lesquels se sont pendant longtemps plutôt attachés à l’aspect formel au travers notamment de nombreux travaux sur le concept d’équilibre. Les choses ont commencé à changer depuis environ 25 ans et plusieurs pistes intéressantes se développent. La première est évidemment celle de l’économie comportementale, qui cherche à déterminer l’importance des préférences « pro-sociales » des individus. Une deuxième piste très prometteuse consiste à s’intéresser à l’évolution et à la formation des préférences puisque, après tout, ce sont les préférences des agents qui déterminent le jeu auquel ils jouent. Ce papier d’Arthur Robson et Larry Samuelson proposent un bon aperçu de certains de ces travaux qui s’inscrivent dans ce cadre. Cette deuxième piste renferme en fait une très grande variété d’approches. Outre celles détaillées par Robson et Samuelson on peut mentionner tous les travaux s’inscrivant dans le programme de recherche de la réciprocité forte. La réciprocité forte correspond à des comportements non seulement coopératifs mais qui également punissent la non coopération. Les auteurs travaillant dans cette perspective tentent d’expliquer l’émergence de telles préférences.

Un cadre différent est celui de l’approche évolutionnaire indirecte développée notamment par Werner Güth. Il s’agit ici de dissocier préférences et gains : le comportement des agents est fonction de leurs préférences, mais les gains qui découlent de ces comportements sont spécifiés indépendamment des préférences et mesurent uniquement l’efficacité objective de ces comportements. L’intérêt de cette approche est qu’elle adopte un cadre évolutionnaire sans renoncer à s’intéresser aux interactions stratégiques entre agents rationnels. Autrement dit, contrairement à un cadre évolutionnaire classique, un agent n’est pas défini par une stratégie (auquel cas, le comportement de l’agent est toujours inconditionnel) mais, comme c’est traditionnellement le cas en économie, par ses préférences. Par exemple, un agent peut avoir une forte prédisposition à la réciprocité (positive ou négative) ou une préférence relative pour l’équité, sans pour autant que son comportement soit inconditionnellement altruiste ou conduise inévitablement à la coopération. L’agent est rationnel et, suivant les préférences des autres agents, peut adopter différentes stratégies. Ce faisant, on parvient à expliquer comment certaines préférences mises en avant par l’économie comportementale ont pu évoluer, sans adopter un cadre évolutionnaire simpliste où les agents sont assimilés à de simples automates (note : on peut toujours les voir comme des automates mais un peu plus complexes). Les choses deviennent vraiment intéressantes lorsque l’information est incomplète/imparfaite (les préférences ne sont pas parfaitement observables) car on est obligé d’introduire alors les stratégies de signalement et d’autres choses du même genre. Je garde ça pour un prochain billet. Notons enfin les travaux qui s’intéressent à la coévolution entre institutions et préférences (voir ici pour un cadre générique) et qui développent un cadre que j’ai moi-même utilisé pour expliquer le rôle et l’évolution des institutions chez Veblen (article à paraître en décembre).

Mentionnons enfin une troisième et dernière piste qui s’annonce particulièrement importante : l’approche en terme de « framing« . L’idée de framing (que l’on traduira par représentation ou construction) exprime le fait que les agents peuvent se représenter de différente manière une même situation. C’est un peu une lecture « constructiviste » de la théorie des jeux. Ici, ce ne sont pas les préférences qui déterminent la matrice de gains (et donc le jeu) mais les représentations des individus. Cette approche, amorcée par regretté Michael Bacharach, est intéressante car elle permet par exemple d’introduire le rôle des perceptions dont l’importance est soulignée depuis longtemps par la psychologie sociale. Elle est intimement liée aux travaux autour du « raisonnement en équipe » (team thinking) et me semble pouvoir se prêter facilement à une approche évolutionnaire (comment les représentations évoluent-elles ?). Elle peut être utile par exemple pour étudier les phénomènes de performativité et leurs limites.

Donc, si l’on admet que la théorie des jeux est un cadre purement formel qui permet de calculer des équilibres sans rien nous dire sur les préférences ou les représentations des joueurs, il est important d’avoir des théories de la formation des préférences et des représentations. Comme on le voit, il y a de quoi progresser dans ce domaine.

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22 Commentaires

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22 réponses à “Get the payoffs right !

  1. « des sociologues accusent l’enseignement de l’économie de faire des lycéens des « petits Anelka en puissance » N »exagérons rien : un sociologue, c’est sûr. Plusieurs, je ne crois pas. Il existe certes un courant sociologique qui s’intéresse à la « performativité » des sciences économiques (prises dans un sens très large, c’est-à-dire que cela concerne l’économie proprement dite, mais aussi la gestion, le marketing, etc.). Mais il ne se contente pas de dire que l’enseignement de l’économie fait des individus des égoïstes (je crois même que c’est plus des psychologues qui ont sorti ce genre de chose un peu simpliste). Il s’agit plutôt de voir comment les sciences économiques participent à la construction sociale des comportements et des institutions économiques. L’exemple classique est la formule de Black & Scholes : lorsque les individus prennent celle-ci au sérieux, les cours commencent à suivre la forme prédite. De même, si les individus prennent au sérieux l’idée que les individus réagissent aux incitations, on va mettre en place des systèmes d’incitations qui vont effectivement faire réagir les individus dans le sens prévu par le modèle. Une réactualisation de l’effet de théorie en d’autres termes. En fait, à mon sens, cela a plus tendance que l’économie peut être plus une science appliquée ou une technique qu’autre chose. La théorie des jeux est peut-être susceptible de connaître une telle critique : mais cela ne peut s’aborder que par le biais de l’enquête. Par la sociologie quoi.

    • C.H.

      Oui, j’ai peut être été un peu excessif. Mais mon intuition (qui peut être fausse) est que cette idée que l’économie favorise le développement de l’individualisme est quand même répandue (de manière tacite) dans ce que l’on appelle les « Humanités ».

      Concernant la performativité, il se trouve que c’est un sujet sur lequel mon co-blogueur Isaac et moi-même travaillons ensemble depuis quelques temps déjà. A titre strictement personnel, je crois à l’existence des phénomènes de performativité à « petite échelle » (celle sur laquelle porte la plupart des études empiriques en sociologie) mais je suis beaucoup plus sceptique sur l’existence d’une performativité « paradigmatique » changeant globalement nos comportements, nos préférences ou nos croyances. Par ailleurs (toujours un avis personnel), autant la littérature sociologique sur la performativité est pleine de contributions empiriques très intéressantes, autant les explications théoriques qu’elle propose sont floues et peu convaincantes. On cherche justement à avancer sur ce plan. J’espère que l’on pourra présenter quelque chose de consistant sur ce sujet sur le blog dans les semaines qui viennent.

  2. Je partage votre avis sur la littérature de la performativité : les explications théoriques sont le gros point faible. Il faut dire que Callon et ses disciples ont eu tendance à empiler les concepts plutôt qu’à essayer d’en réduire le nombre. Sur l’existence d’une performativité « paradigmatique », je pense celle-ci possible mais encore trop peu documentée – je pense notamment aux enseignements des écoles de commerce et autres formations de ce type, tant dans leur fond que dans leur forme (après tout, le « troisième esprit du capitalisme » que décrivent Boltanski et Thévenot prend sa source dans la littérature du management). Il me semble surtout qu’elle concerne moins l’orientation des comportments – individualistes ou altruistes – que les capacités et modes de calculs des individus (Cochoy est assez intéressant sur le packaging, même s’il va un peu vite en besogne en résumant tout le marché à ce seul aspect).

    Bref, impatient de vous lire là-dessus !

  3. elvin

    Je suis assez d’accord avec ce que dit Cyril. J’ai développé mon analyse de la question de la « performativité » ici.
    http://gdrean.blogspot.com/2009/11/la-performativite-la-lumiere-de-la.html#comments

    Par ailleurs, pour répondre à Une heure de peine, il est question ici de la « performativité » de la théorie économique, et je ne pense pas que l’enseignement des écoles de commerce auquel il fait référence relève de cette catégorie.

  4. @Elvin : je me base sur les écrits des auteurs de la performativité : par exemple, l’article de Muniesa et Callon dans le Traite de sociologie économie (Steiner, Vatin). Ils écrivent explicitement qu’ils se réfèrent à une « conception large des sciences économiques, des disciplines comme la marketing, la comptabilité, la gestion, les statistiques ou le droit ».

    A titre personnel, l’enseignement dans les écoles de commerce me semble d’autant plus important qu’il fournit des justifications plus fortes à l’action économique que la seule théorie économique (c’est ce qu’écrivent, en substance, Boltanski et Chiapello, mais sans en reconstituer les processus socialisateurs). Si les individus se plient aux nombreux calculs qu’exigent le comportement économique « rationnel » (je parle ici de calculs, pas d’une orientation égoïste, notez-le bien), c’est parce qu’ils ont quelques bonnes raisons de le faire : ce peut être considéré, par exemple, comme un comportement juste (« à chacun selon son mérite », « que le meilleur gagne », etc.). C’est par ce biais, notamment, que l’on accorde d’autant plus d’importance et de légitimité aux économistes.

  5. elvin

    @Une heure de peine:

    OK, mais je pense qu’en mélangeant tout, ils attribuent à certaines disciplines des propriétés que seules d’autres possèdent. Je reste convaincu que, contrairement à d’autres disciplines qui ont pour objectif d’orienter des comportements et où la « performativité » est un but explicite (comme le marketing), l’effet « performatif » de la théorie économique est extrêmement limité, pour les raisons que j’ai indiquées.

    Je pense aussi par expérience que les économistes surestiment considérablement l’utilisation que les responsables d’entreprise ou en entreprise font effectivement des théories économiques. Les calculs réellement faits ne sont pas ceux que prescrit la théorie économique orthodoxe (désolé, mais ils ressemblent plutôt au « calcul économique » que décrivent les autrichiens). Là encore, leur comportement réel ne doit pas grand chose à une prétendue « performativité » de l’économie. Je reconnais qu’il y a une exception: les traders et Black-Scholes. Mais c’est bien l’exception et non la règle.

    • Je ne suis pas convaincu par les raisons que vous avancer pour dire que la performativité est limitée. Par exemple, la construction des marchés des droits à polluer ou la façon dont la finance a pu être libéralisée sont aussi des exemples de performativité de la science économique. Il me semble difficile de nier leur importance. De plus, les auteurs de la performativité ne se limitent pas à la seule théorie orthodoxe/standard : il y a pu avoir une performation keynesienne, etc.

  6. Très intéressant débat dans les commentaires. J’ajouterais juste deux choses non pas pour trancher, mais affiner la définition de la théorie de la performativité.
    Il n’est jamais question chez Callon & co. de croyance ou d’adhésion des acteurs, mais d’inscription d’éléments de théories descriptives (souvent partiels) dans des dispositifs techniques ou des centres de calcul. Et ça n’est qu’en reconstitutant très finement et laborieusement cette circulation sociotechnique que l’on peut se permettre de parler de performativité. Par exempe en étudiant les algorythmes de l’informatisation des bourses européennes comme l’a fait Munieasa, ou en allant voir les outils avec lesquels on enseigne aujourd’hui le commerce et le management et ceux avec lesquels les entrepreneurs prennent leurs décisions…
    Du coup, deuxième chose, il n’y a pas des disciplines qui seraient « en soi » plus performatives que d’autres. Et Law et Mol ont par exemple très bien montré que la sociologie était tout autant potentiellement performative que l’économie, et qu’il fallait absolument prendre en compte cela dans les méthodes que l’on utilise en tant que sociologue et dans les comptes rendus que l’on produit. Une autre manière de penser la portée politique des sciences, en somme.

    (Et je me permets à mon tour un peu d’autopromo pour pointer vers un article sur cette question passionnante : http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00267284)

  7. XavierM

    @Jérôme Denis : le lien vers l’article ne fonctionne pas !

  8. elvin

    @Jérôme Denis
    J’ai bien aimé votre article pour la façon dont il balise le champ des réflexions sur la performativité. Je me garderai bien de le commenter, sinon pour préciser que personnellement, je n’ai d’opinion que concernant le champ de la théorie économique. Et cette opinion est que de toutes les sciences humaines, l’économie est probablement celle ou la « performativité » tient le moins de place.
    Une remarque de détail : il me semble bien qu’en anglais, le mot « economics » désigne l’économie en tant que discipline et « economy » les phénomènes réels, soit l’inverse de l’usage que vous en faites.

    @Une heure de peine
    Je ne dis pas qu’il n’y a aucune « performativité » en économie, mais que c’est un phénomène tout à fait marginal, et que la réalité résiste à la plupart des tentatives de « performation » (la réalité, c’est ce qui nous résiste, a dit quelqu’un). C’est évidemment une partie d’un débat plus général sur l’existence et la nature de « lois » en économie.
    La crise financière peut être prise comme exemple d’un cas où ce qu’on croyait être des lois qui ont effectivement été « performées » a été démenti par la réalité et où celle-ci s’est vengée. Vue comme ça, l’histoire de Black-Scholes vient à l’appui de ma thèse et non de celle des tenants de la « performativité » de la théorie économique.

    • C.H.

      Elvin,

      A mon sens, parler de performativité n’a de sens que si l’on accepte que celle-ci n’est pas « illimitée ». Je veux dire par là qu’un énoncé théorique (ou tout autre énoncé d’ailleurs) peut, dans des conditions bien particulières, induire sa propre validation *jusqu’à un certain point*. Je pense que c’est le cas avec Black-Scholes ou encore avec la fameuse histoire de la « copule gaussienne » (http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2009/02/24/1568-et-gauss-copula).

      Tout l’enjeu dans ce débat c’est, je crois, de définir justement ces limites. De manière évidente, il y a des limites phyiques (les lois de la nature) qui font qu’une théorie objectivement fausse ne pourra être performative. A cela, il faudrait probablement ajouter des limites institutionnelles et des conditions épistémiques. Fondamentalement, la performativité consiste dans une modification de la manière dont les individus se représentent la réalité. Si les représentations des différents individus sont consistantes entre elles (elles forment un « équilibre » – condition épistémique), et si elles ne contredisent pas la réalité physique et institutionnelle, alors un énoncé théorique peut être performatif.

  9. @elvin Oui mélange des deux termes dans la version publiée, je l’ai vu malheureusement trop tard (je devrais le corriger sur HAL).
    Pour rebondir sur le dernier point, ,justement, il ne faut jamais oublier que dans .e théorie de la performativité de l’économie la notion centrale utilisée chez Callon est celle d’épreuve de réalité. Elle est toujours oubliée par la critique du modèle alors que c’est précisément une grande clarification pour l’ANT en général, qui emprunte ici au vocabulaire de Boltanski et Thévenot. Pour Callon (mais aussi et surtout pour MacKenzie), les moments de performativité sont rares et les situtations où les choses ne « prennent pas » sont bien plus nombreuses.
    Sans la notion d’épreuve de réalité le modèle se réduirait à celui, simpliste, de prophétie auto-réalisatrice, contre lequel il s’est en partie fondé…

  10. elvin

    D’accord à la fois avec Cyril et avec Jérôme

  11. Totoro

    Je reviens au papier (bien que la discussion sur performativité soit très intéressante).

    La théorie économique standard (et notamment la théorie des jeux) « favorise » l’individualisme parce qu’elle a pour base un modèle d’agrégation des préférences.

    Après, on peut toujours ajouter une aversion au risque qui favorise la solidarité, une appétence pour l’altruisme ou n’importe quoi d’autre. Mais il n’y a que des individus (et des biens of course).

    Alors que pour les sociologues (même les boudoniens), des tas d’autres entités – très variables – peuplent le monde (groupes, classes, institutions, dispositifs, mouvements, arguments, lois…).

    Bien sûr les institutions « existent » en économie, mais, de mon point de vue de sociologue, sont simplement transformées en « individus particuliers » (typiquement modèles principal-agent).

    PS : le NEC, c’est Boltanski & Chiapello et non Boltanski & Thévenot.

  12. elvin

    @Totoro
    « les institutions « existent » en économie, mais, de mon point de vue de sociologue, sont simplement transformées en « individus particuliers » »
    C’est vrai de l’économie néoclassique dominante depuis disons 1930, mais ni des classiques antérieurs, ni des « autrichiens ». Et il existe au sein du « mainstream » des écoles dites « institutionnalistes » dont certaines (mais pas toutes) n’encourent pas le reproche (justifié amha) que vous faites. Et qui fort heureusement à mon goût, ces écoles gagnent du terrain. Des spécialistes vous expliqueront ça mieux que moi.

  13. Totoro

    @Elvin
    Les néoinstitutionnalistes demeurent à mon avis dans le mainstream, même s’ils inventent des concepts intéressants (coûts de transaction) ou en récupèrent d’autres en gestion et en sociologie (rationalité limitée, capital social). Ils n’ont tout de même pas la même portée critique que les institutionnalistes du début XXème.
    Sinon, mes critiques portaient bien sur le papier (théorie des jeux on ne peut plus classique) et sur l’importance de l’individualisme en économie standard.

  14. elvin

    @Totoro
    Oui. Attention quand même à ne pas confondre individualisme éthique (l’individu ne se soucie que de lui-même) avec individualisme méthodologique (le scientifique doit expliquer les phénomènes collectifs par l’action des individus). L’IM ne postule pas du tout que les individus sont « individualistes » au sens éthique, et ne leur prescrit pas de l’être. Et bien loin d’ignorer les groupes, institutions, etc., il en fait son principal objet d’étude.

  15. Didier Torny

    @ Elvin.

    Oui, bien sûr. Mais c’est bien mon point central : c’est parce que l’économie standard pratique l’individualisme méthodologique qu’on lui attribue tous les maux.

    En tant que sociologue « non scientifique » (cf. le dernier ouvrage de Boudon), je pense que l’IM est une très mauvaise méthode pour certains objets. Ce qui ne m’empêche pas de lire (souvent avec intérêt) des économistes standards.

    Et donc je persiste : traiter les institutions « comme » des individus, c’est ne pas les traiter comme institutions. Mais c’est parfois très fécond et je parle couramment de coûts de transaction ou d’antisélection, comme quoi !

  16. elvin

    Analyser un objet, quel qu’il soit, en terme de ses constituants de niveau inférieur ne peut pas être « une très mauvaise méthode ». Mais d’accord, pour analyser les interactions d’un objet avec d’autres objets, il n’est pas toujours nécessaire d’en examiner l’intérieur (à condition que le modèle qui le représente soit cohérent avec sa constitution). A chaque genre d’étude sa méthode.

  17. Totoro

    Si, l’analyse « par composants » peut être une très mauvaise méthode. Deux exemples classiques :

    – les particules élémentaires de la physique sont inutiles pour décrire des propriétés proprement chimiques, sinon on saurait prédire et produire des alliages supraconducteurs depuis longtemps.

    – les qualités individuelles des joueurs n’ont jamais réussi seules à expliquer la grandeur d’une équipe (de foot par exemple). Inversement des « joueurs moyens » individuellement peuvent faire de très grandes équipes parce que les interactions transcendent les individus, qui n’existent alors presque plus.

    Voir Norbert Elias sur la question (Engagement et Distanciation).

    Oui, à chaque discipline son genre de méthode, mais l’économie mainstream continuera à être accusée d’individualisme tant qu’elle sera purement analytique, tout comme on reprochera à la sociologie de ne pas l’être assez et de présupposer tout un tas de bazars collectifs (la société , c’est quoi ce truc ?) non prouvés.
    A chacun ses axiomes et surtout en faire le meilleur usage

  18. elvin

    « l’économie mainstream continuera à être accusée d’individualisme tant qu’elle sera purement analytique »

    oui, par ceux qui ne comprennent pas la différence entre individualisme méthodologique et individualisme éthique, et par ceux qui ne savent pas que la macroéconomie mainstream ne respecte justement pas l’individualisme méthodologique, ce que les « autrichiens » comme moi lui reprochent.

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