Le troisième réplicateur ?

C.H.

Ceux qui ont été intéressé par ma discussion du concept de réplicateur dans un billet précédent et qui voudraient en savoir un peu plus peuvent aller lire cet article de la psychologue Susan Blackmore. Blackmore est depuis de nombreuses années le porte-parole majeur de la mémétique, approche consistant à distinguer deux niveaux d’évolution, le niveau génétique via le gène, et le niveau des idées via le mème. Blackmore expose dans cet article une thèse qu’elle défend depuis un certain temps déjà concernant l’apparition d’un troisième type de réplicateur, le « tème » : il s’agirait d’une réplication d’informations opérant uniquement par le biais de l’ordinateur. Ce nouveau réplicateur induirait l’apparition d’un nouveau processus darwinien, distinct de l’évolution génétique et de l’évolution mémétique.

L’article est surtout intéressant pour son exposé claire de l’idée de réplicateur. Concernant la thèse de l’auteur et plus généralement la mémétique, je ne suis personnellement pas convaincu. Le problème majeur de la mémétique c’est que l’on est incapable de localiser, physiquement parlant, le mécanisme de réplication. Autant les mécanismes génétiques sont bien connus et « observables » (ce qui a conduit d’ailleurs a remettre en cause le statut du gène comme réplicateur, ce que Blackmore ne dit pas), autant le mème reste encore aujourd’hui (plus de 30 ans après que Dawkins ait créé… ce mème) un concept assez flou. On peut ajouter à cela que même si l’on accepte que les mèmes (certains types d’idées donc) sont des réplicateurs, ils ne sont peut être pas les seuls réplicateurs culturels et pas les plus importants. Récemment, une littérature autour du concept de « réplication générative » est apparue (voir ici et ). L’idée est d’identifier les réplicateurs qui génèrent de la complexité c’est à dire qui, dans le cadre du processus de réplication, sont capables d’engendrer une nouvelle information. Dans cette littérature, le mème n’est pas un réplicateur génératif car d’une part il n’est pas causalement impliqué dans le processus de réplication et, d’autre part, le mème véhicule un type d’information très restreint qui suppose d’être interprété et d’avoir un sens pour le récepteur humain. Les mèmes ne sont pas capables en eux-mêmes d’engendrer des formes organisationnels plus complexes car leur réplication est sujet à des erreurs de copie (étant donnée l’importance de l’interprétation) qui prohibe toute génération de complexité (voir le deuxième papier qui démontre cela en utilisant un modèle uni-dimensionnel d’automates auto-reproducteurs à la von Neumann). Les auteurs des articles que j’ai mis en lien considèrent que les routines organisationnelles sont, en revanche, des réplicateurs génératifs.  

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