Citer pour être cité

C.H.

Il y a tout juste un an, j’écrivais un billet où je faisais l’hypothèse qu’il pouvait exister quelque chose de similaire à la règle d’Hamilton au niveau de l’évolution des idées scientifiques et de la concurrence entre programmes de recherche :

« Il peut alors être intéressant de voir les programmes de recherche scientifiques comme des groupes suffisamment consistant pour qu’une sélection de groupe opère. Et qu’est ce que nous apprend la règle d’Hamilton appliquée à la sélection de groupe ? Que, dans le cadre de la concurrence entre programmes de recherche, seront favorisés les programmes qui optimisent la valeur sélective globale de leurs idées en organisant une forme de réciprocité entre chercheurs, de la même manière qu’au niveau biologique la sélection de groupe peut favoriser les groupes  composés d’organismes se comportant de manière « altruiste » ».

Une récente étude sur le lien entre le nombre de citations dans un article et le nombre de fois où cet article est cité semble appuyer cette conjecture. L’étude porte sur les articles publiés dans la célèbre revue Science entre 1901 et 2000. Il semble qu’il eciste une très forte corrélation entre le nombre de références contenues dans un article et le nombre de citations dont bénéficie le même article, comme le montre ce graphique :

Citations graph

Il est écrit dans l’article : « A plot of the number of references listed in each article against the number of citations it eventually received reveal that almost half of the variation in citation rates among the Science papers can be attributed to the number of references that they include. And — contrary to what people might predict — the relationship is not driven by review articles, which could be expected, on average, to be heavier on references and to garner more citations than standard papers« .

Il est également intéressant de noter que la relation a eu tendance à se renforcer au cours des 100 dernières années. L’auteur de l’étude fait l’hypothèse qu’il pourrait exister une forme d’altruisme réciproque de type tit-for-tat entre les chercheurs même s’il concède que rien ne prouve qu’il y ait une relation causale directe. Quoiqu’il en soit, il est fort probable que peu de scientifiques gonflent volontairement artificiellement leur bibliographie dans l’espoir d’être davantage cité par la suite. Comme je l’avais indiqué dans mon billet, citer les autres est certes un moyen d’appuyer son argumentation et de la rendre plus légitime, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’agit d’une stratégie consciente. Plein de causes spécifiques peuvent pousser à citer telle ou telle référence dans un article ; en revanche, la relation mise en avant par l’auteur est probablement le produit d’un processus de sélection dans lequel ne survivent que les programmes de recherche « coopératifs ». 

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2 Commentaires

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2 réponses à “Citer pour être cité

  1. elvin

    « Il est fort probable que peu de scientifiques gonflent volontairement artificiellement leur bibliographie dans l’espoir d’être davantage cité par la suite »

    Il y aurait une bonne façon de le savoir : une enquête auprès des scientifiques eux-mêmes, en espérant qu’ils fournissent des réponses sincères (ce qui est en l’espèce fort peu probable). A la réserve précédente près, je parierais gros que l’immense majorité répondrait au contraire qu’ils citent des gens dans le but d’être cités par eux en retour, ce qui serait cohérent avec la thèse de Hull que vous citez dans votre autre billet :
    « Hull considère que le fait pour un scientifique de citer (positivement) les travaux de ses collègues n’est pas du tout un acte d’altruisme mais une pratique visant uniquement à maximiser l’acceptation des idées qu’il développe lui-même ». Je souligne le mot « uniquement », qui rend la position de Hull encore plus forte que la mienne.

    Une telle enquête a-t-elle été réalisée ? Sur quoi Hull fait-il reposer sa propre position ?

  2. Duncan

    Bruno Latour, sociologue des sciences avait lui aussi étudié le rôle des citations dans « la Vie de Laboratoire » et la « Science en mouvement »

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