Flexisécurité = emplois ?

La Miss des Villes

Ces derniers temps, la lecture de E. Wasmer inspire beaucoup La miss des villes, qui du coup retourne à ses vieilles passions : l’économie du travail ou plutôt du chômage. Et oui, Mathilde Lemoine et Étienne Wasmer viennent de sortir, pour le CAE, un rapport sur la mobilité des salariés et la Miss des villes n’a pas pu résister à la tentation de le lire (en tous cas, sa synthèse, mais ne nous leurrons pas, c’est ce que tout le monde lit), ni de réagir.

Le rapport (sa synthèse) part du postulat que la flexisécurité est une bonne chose pour accompagner la fluidité du marché du travail. Et si la sécurité n’a pas encore atteins le niveau souhaité, la flexibilité elle a bien été organisée ces dernières années avec un accroissement important des contrats précaires à temps partiel et/ou à durée déterminée et/ou d’intérim (sans parler des contractuels et autres vacataires dans la fonction publique). Pour agir face à ce constat, les auteurs préconisent de développer la « mobilité » des salariés de plusieurs manières telles que le soutien en cas de déménagement, l’incitation à changer de poste en accompagnant les pertes de salaires éventuelles liées à une moindre connaissance de son secteur d’activité, le développement de droits individuels (comme le DIF) au détriment de droits attachés dans l’entreprise et bien évidemment, le développement de formations.

Deux idées sont donc sous-jacentes à ces préconisations. La première est qu’il faut accompagner la mise en place d’une plus grande mobilité chez les salariés, cet accompagnement prenant la forme de mesures  visant à diminuer le coût de la mobilité pour celui qui la supporte  Le deuxième axe est l’encouragement à se former, autrement dit à « investir dans son capital humain », de préférence avec des compétences facilement transférables et reconnues par un diplôme.

A priori, se former est une bonne chose, néanmoins certains diplômes peuvent constituer un obstacle à l’embauche sur le « marché du travail » car le coût du salarié diplôme devient rédhibitoire au regard de la valeur ajoutée supposée du diplôme. C’est le cas par exemple du doctorat (hors fonction publique). C’est le cas également pour le diplôme phare d’un secteur phare en terme de politiques d’emploi : les services à la personne.

On se situe ici en plein dans ce que Muller caractérise en terme de politiques publiques de tensions entre le rapport global de marché et un rapport sectoriel, en l’occurrence celui des services à la personne (et plus particulièrement de l’aide à domicile).

Dans les services à la personne, la flexibilité ne fait aucun doute : la majorité des salariéEs sont à temps partiel, ont plusieurs employeurs… sans parler de l’importante réserve de remplaçants qui sont en CDD de très courte durée. Des formations existent pour ces métiers : on dénombre pas moins de 19 diplômes différents de niveau BEP/CAP pour les métiers d’aide à domicile et de la garde d’enfants. Par ailleurs, les structures sont largement engagées dans des démarches de qualité, que ces démarches relèvent d’obligations légales (Agrément qualité par l’Etat ou autorisation) ou volontaires (certification). Elles ont donc largement cherché à recruter des salariés ayant un diplôme en lien avec le secteur. Notez que la Miss des villes vient d’utiliser le passé. Car c’était avant ce qu’il convient d’appeler la crise de l’aide à domicile. Pour faire (très) simple, cette crise provient largement de la tarification des services d’aide à domicile par des Conseils Généraux dont  les finances sont très tendues à l’heure où les prestations sociales de leur compétence se développent (RSA, Allocation pour l’Autonomie, la Prestation de compensation du handicap, etc.). Dans de telles conditions, les conseils généraux cherchent au maximum à faire des économies et, de par leur fort pouvoir de négociation (de 50 à 80% des financements des structures d’aide à domicile) contraignent les structures d’aide à domicile à se tourner pour leurs recrutements vers des salariés moins coûteusEs car non diplômées (pour rappel, on parle de diplômes de niveau BEP/CAP). Enfin, pour les structures qui ne sont pas déjà dans le gouffre puisque il y a  de nombreux redressements et/ou liquidations judiciaires de structures historiques prenant en charge plusieurs milliers de personnes âgées.

Une telle tension, entre l’encouragement à une flexibilité sécurisée et le secteur phare des politiques d’emploi qui ne recrute plus de salariés formés laisse la miss des villes perplexe… car à quoi bon vouloir diplômer tout le monde si les diplômés dont il y a besoin ne trouvent pas d’emploi car ils sont trop coûteux pour le marché du travail ???

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