La lecture du début de semaine

C.H.

Pour bien commencer la semaine, je suggère la lecture de ce numéro spécial du Journal of Economic Behavior & Organization sur l’économie expérimentale. Je n’ai fait pour l’instant que survoler les différentes contributions mais certaines d’entre elles s’annoncent particulièrement intéressantes. Je pense notamment à celles de Vernon Smith et Elinor Ostrom et surtout à celle de Binmore qui développe une critique du célèbre modèle d’aversion pour l’inégalité de Fehr et Schmidt.

Edit : Après lecture de l’article de Binmore et Shaked, des réponses de Fehr et Schmidt et de Gintis et Eckel, et la réponse aux réponses de Binmore et Shaked, je dois dire que tout ça est un peu décevant. Le papier de Binmore et Shaked est une critique féroce des travaux de Fehr et Schmidt, au point que les premiers finissent par accuser les seconds de pratiques non scientifiques. Cette attaque n’est pas nouvelle puisque Shaked l’avait déjà développée en 2005. En gros, Binmore&Shaked reprochent à Fehr&Schmidt de se livrer à des pratiques de « paramétrisation » en définissant de manière ad hoc la valeur des paramètres de leur fonction d’utilité pour faire coller les résultats expérimentaux avec leurs prédictions théoriques. Fehr&Schmidt se défendent sur ce point mais j’avoue avoir du mal à trancher.

Le papier de Gintis et Eckel est plus général et porte sur l’hypothèse de préférences prosociales. Là encore, il s’agit d’un débat qui n’est pas nouveau et la position de Binmore sur ce point est connue. Pour ce faire une idée, on peut notamment lire cette critique de Binmore de la fameuse étude de Heinrich et al. (2005) ayant consister à soumettre les membres de 15 communautés différentes au jeu de l’ultimatum, ainsi que cette critique de Gintis du dernier ouvrage de Binmore. La position de Binmore, qui repose essentiellement sur le folk theorem, ne me convainc pas du tout. Elle aboutit finalement à ne rien expliquer (les comportements plus ou moins coopératifs sont le résultat de normes qui sélectionnent un équilibre parmi la multitudes possibles dans le cadre d’un jeu répété, sans que l’on sache vraiment d’où viennent ces normes) tout en occultant le fait que le folk theorem devient tout de suite beaucoup problématique pour expliquer les comportements coopératifs dès que le nombre de joueurs est grand (supérieur à 4) et/ou qu’une partie de l’information est privée. Sur ce point, il ne faut rien espérer de l’ultime réponse de Binmore&Shaked dont on se demande bien pourquoi les éditeurs l’ont publié. Au final, on en reste à des arguments du style « des centaines d’expériences confirment ma thèse » ce qui, indubitablement, ne nous mène pas bien loin…

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10 Commentaires

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10 réponses à “La lecture du début de semaine

  1. arcop

    C’est peut-être intéressant… mais le lien est brisé.
    Si c’est la contribution de Binmore et Shaked à laquelle je pense, ils pointent un certain nombre de problèmes, mais le ton extrêmement aggressif de leur propos les déconsidèrent largement (plus certains arguments qui ne tiennent pas trop trop la route, ou qui s’attaquent à des ‘straw men’).

  2. C.H.

    C’est bien de cet article dont il s’agit. Concernant le ton agressif, c’est le style Binmore. A force de le lire, je commence à être habitué, idem pour les straw men !

  3. joffrey

    J’aimerai bien voir l’article d’Ostrom mais impossible d’acceder au lien…

  4. elvin

    C’est bon. Merci.

  5. elvin

    Je me garderai de commenter la substance des contributions, notamment pour une raison qui apparaîtra dans la suite. Mais je saisis l’occasion pour revenir sur les relations entre la théorie économique et les données empiriques en résolvant un paradoxe apparent. Il faut en effet savoir que Vernon Smith, dont les contributions sont au centre de ce numéro spécial, appartient (eh oui !) à la tradition autrichienne, et est même misesien (horresco referens), même s’il ne s’en vante pas trop (car des deux positions que peut prendre un autrichien envers l’économie mainstream, la contestation ou la subversion, il a choisi la subversion). Voir cet article où il rend un hommage appuyé à Mises, tout en cherchant à justifier sa propre position.
    http://docs.google.com/fileview?id=0B5F7IJ139_KDNWFmNWZlNWQtMmIzMS00OTg0LTk5NjItN2MwMzJmZmUzNGNi&hl=en

    Un des fondements de la méthodologie autrichienne (et classique) est exprimé par Mises : « No laboratory experiments can be performed with regard to human action. ». Ce qui lui vaut l’accusation récurrente d’irréalisme, alors que l’irréalisme est justement l’un des reproches principaux que font les autrichiens au « mainstream ». Vernon Smith répond : « My view is that the reason economics was believed to be a non experimental science was simply that almost no one tried or cared. ». Je crois qu’il s’en tire trop facilement.

    En réalité, il est clair en lisant Vernon Smith qu’il s’intéresse aux déterminants du comportement des individus. Si on admet comme tout bon misesien que « The theme of psychology is the internal events that result or can result in a definite action. The theme of praxeology is action as such. », ce que Smith appelle « économie expérimentale » est en réalité, pour Mises et les autrichiens pur jus, de la psychologie expérimentale. A propos de ses conclusions, Smith dit d’ailleurs : « that is how brains work ». Et savoir comment fonctionne le cerveau, c’est de la psychologie. Que cette psychologie soit ici celle des comportements humains qui sont à la base des phénomènes économiques ne change rien à l’affaire.

    Autrement dit, ce que cherche à construire l’économie expérimentale, c’est une théorie du comportement individuel sur laquelle fonder l’économie, dont le domaine commence quand on cherche à comprendre le résultat global (ou social) des comportements individuels (« economics begin where psychology leaves off »). Son objectif est d’établir ces « données » dont parle Mises (« For praxeology, data are the bodily and psychological features of the acting men, their desires and value judgments, and the theories, doctrines, and ideologies they develop in order to adjust themselves purposively to the conditions of their environment and thus to attain the ends they are aiming at. », pour construire un modèle de l’être humain agissant plus réaliste que celui des économistes orthodoxes.

    Les autrichiens ne prétendent nullement que ce travail ne doit pas être fait, bien au contraire, mais ils disent que c’est le travail des psychologues et que les économistes doivent s’en remettre à eux. Il n’y a donc pas de contradiction dans la position autrichienne, ni entre elle et la position de Vernon Smith, mais une simple question de spécialisation des disciplines.

    A partir de là, il peut y avoir deux attitudes : celle de Mises qui essaie de fonder la praxéologie en partant d’hypothèses purement logiques, suffisamment générales et sans contenu psychologique, et celle de Vernon Smith qui s’attaque à la recherche de cette connaissance psychologique pour fonder le modèle fondamental de l’économie sur l’observation, sans s’occuper des frontières disciplinaires. Je pense que, tout en le rangeant au rayon psychologie, Mises applaudirait le travail de son disciple Vernon.

    Il reste à espérer que, comme disent Guth et Kliemt dans leur papier : « taking on the challenge of responding to questions like those Vernon Smith is asking will eventually lead beyond “neo-classical repairs” into truly behavioral economics. »

    A part ça, j’apprécie tout particulièrement que, dans son deuxième papier, Smith donne sa juste place à la Theory of Moral Sentiments de son homonyme Adam, et plaide pour un retour aux classiques via la TMS (et Mandeville…)

  6. elvin

    Je poursuis cette discussion chez moi, pour ne pas encombrer le blog de Cyril.
    http://gdrean.blogspot.com/2010/05/vernon-smith-et-ludwig-von-mises.html
    Avis aux amateurs.

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