Changement climatique et technologies « vertes »

C.H.

Pas mal de discussions récemment autour du « toy model » proposé par Paul Krugman pour saisir les enjeux autour du changement climatique et du niveau du « bon » prix de l’émission de carbone. Krugman ne pose pas la question des modalités de fixation d’un prix sur l’émission de carbone (taxe pigouvienne ou marché de droits à polluer) mais plutôt celle du timing de la politique d’augmentation du niveau du prix : progressive ou très rapide. Le modèle de Krugman exprime finalement quelque chose d’assez évident : le rythme auquel on doit augmenter le prix du carbone dépend, d’une part, du taux d’actualisation (ou plus exactement, de notre préférence pour le présent*) et, d’autre part, du coût marginal en termes de bien-être d’une unité supplémentaire de carbone émise dans l’atmosphère.

D’après Krugman, même si l’on fait abstraction de la question de notre préférence pour le présent (débat plus philosophique qu’économique), de récents travaux en climatologie tendant montrer que l’impact des émissions de carbone sur le climat pourrait être beaucoup plus grave que prévu militent pour une élévation soudaine et sensible du prix du carbone dès maintenant. Comme le fait remarquer un des blogueurs de Free Exchange, le problème d’une telle mesure est qu’elle est politiquement infaisable étant donné son faible potentiel d’acceptation par la population. D’où l’idée de subventionner massivement les technologies « vertes » en parallèle d’une augmentation progressive du prix du carbone. Sur un plan économique, cela ne manquerait pas d’introduire des distortions mais si les récentes prédictions de certains modèles s’avèraient exactes, c’est peut être la meilleure option disponible.

On admettra que l’on reste dans l’incertitude la plus complète. Du reste, le modèle de Krugman ne prend pas en compte d’autres aspects, comme par exemple le coût économique lié à une augmentation du prix du carbone ou encore la valeur d’option que représente le fait de retarder au maximum la mise en place de mesures drastiques pour atténuer les effets  du changement climatique.

* Le modèle de Krugman porte à la confusion sur ce point (ce qu’il reconnait dans un edit sur son billet). Dans le modèle, r mesure la préférence pour le présent, tandis que l’actualisation provenant de l’accroissement de notre richesse dans le futur est saisie par la forme de la fonction W. Autrement dit, l’impact d’une unité supplémentaire de carbone sur notre bien être est marginalement décroissant. D’après ce que je peux comprendre, il me semble que tous les débats autour de la valeur du taux d’actualisation ne distinguent pas vraiment ces deux éléments.

2 Commentaires

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2 réponses à “Changement climatique et technologies « vertes »

  1. Pik

    Billet intéressant mais spécialisé, je ne connaissais pas le modèle de Krugman (et peu de modèles énergétiques en général). Toutefois, sans vouloir faire de la pub pour mon laboratoire, on peut trouver plusieurs travaux similaires dans la chaire Finance et Développement Durable, notamment:
    – les travaux de Roger Guesnery sur l’économie énergétique de long terme et la comparaison entre taxe et marchés à quota de carbone
    – les travaux d’Ivar Ekeland sur les taux à très long terme et la consistance intergénérationnelle
    – le travail récent de leurs collaborateurs : Olivier Guéant, Nizar Touzi, Jean Michel Lasry, Pierre Louis Lions, Aimé Lachappelle, etc.

    Les modèles économiques de très long terme sont, de ce que j’en ai vu, des outils simplifiés à l’extrême, idéalisés, et l’approche épistémologique des derniers billets a ici un gros poisson à ferrer : quid de la vraisemblance, de l’applicabilité, de l’inférence?

    Salutations

  2. Hpb

    Après la crise, un véritable phénomène de mode autour de la croissance verte s’est enclenché : « la sortie de crise sera verte ». Un cercle vertueux doit se mettre en place et sortir l’économie mondiale de son marasme tout en permettant de réduire les émissions de CO2. L’accroche est séduisante et tous, grands cabinets de conseils, politiques, grandes entreprises,… surfent abondamment sur ce créneau. En cette période de réchauffement climatique, un peu de recul et un retour à la théorie économique est peut-être nécessaire pour éviter une surchauffe additionnelle autour de la croissance verte et un éclatement prématurée de la bulle des technologies vertes.
    http://www.friedland.ccip.fr/1903_croissance-verte-attention-a-ne-pas-faire-eclater-la-bulle/

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