Aléa moral et sélection naturelle

C.H.

Certains observateurs qui contestent la thèse de l’aléa moral pour expliquer les prises de risques inconsidérées de certains directeurs de grandes banques indiquent que les directeurs en question n’ont jamais envisagé la possibilité du « too big too fail ». Ils étaient plutôt intimement convaincu que leur banque ne pourrait pas être en difficulté. Est-ce que cela invalide la thèse de l’aléa moral ? Non, si l’on en croit ce très intéressant billet sur le blog « Macroeconomic Reislience ».

L’argument est le suivant : lorsque l’environnement est dans une certaine configuration, les « croyants sincères » auront toujours un avantage sur les « menteurs conscients ». Appliqué aux directeurs de banque dans un contexte d’asymétries d’information, cela donne :

« Between a CEO who is consciously trying to maximise the free lunch and a CEO who genuinely believes that a highly levered balance sheet of “safe” assets is the best strategy, who is likely to be more convincing to his shareholders and regulator? Bob Trivers’ work shows that it is the latter. Bankers who drink their own Kool-Aid are more likely to convince their bosses, shareholders or regulators that there is nothing to worry about. Given a sufficiently strong selective strong mechanism such as the principal-agent relationship, it is inevitable that such bankers would end up being the norm rather than the exception ».

Le système financier est construit de telle manière qu’il a favorisé la sélection de stratégies risquées assises sur une une intime conviction d’invulnérabilité. Ce qui indique que vouloir localiser les causes de la crise dans le manque de « moralité » des agents est une erreur et que ce sont bien les institutions, de par l’environnement sélectif qu’elles ont mis en place, qui sont les causes ultimes. Comme le dit l’auteur du billet, changeons le système avant de blamer les individus.

1 commentaire

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Une réponse à “Aléa moral et sélection naturelle

  1. Gu Si Fang

    « we need to fix the system rather than blaming the individuals »

    Conclusion très juste, même si l’histoire de Ramachandran et Trivers arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

    Au passage, il semble dire que le problème principal-agent (« imperfection du marché »…) n’est pas une cause majeure de la crise, puisque les intérêts des CEO et des actionnaires étaient plutôt bien alignés. C’est tout à fait mon avis. Au temps pour Stiglitz…

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