Editorialiste, c’est un métier ?

C.H.

Je viens seulement de prendre connaissance via le blog de Denis Colombi de cet éditorial de Valérie Segond publié dans La Tribune il y a une semaine. J’ai un peu de retard, et pour cause, cela fait bien longtemps que j’ai arrêté de lire les éditoriaux de ce journal, qui se caractérisent bien souvent par une mauvaise foi crasse doublée d’une méconnaissance des sujets abordés (remember). Là, je crois que l’on atteint des sommets en matière d’âneries à la ligne… Je vous invite à lire le billet de Denis qui a eu le courage de lire chaque ligne de ce tissu de bêtises. Très sincèrement, on peut penser ce que l’on veut du programme de SES actuel, des nouveaux programmes, etc. Mais la question est trop  importante pour laisser se propager des inepties provenant de gens mal informés et/ou dont la réflexion n’est qu’idéologique.

Dire que les enseignants de SES sont majoritairement des historiens ou des géographes comme cela est écrit dans l’éditorial est quand même la preuve d’une sacrée négligence qui confine à l’incompétence. Ecrire que  » faire de l’économie, c’est apprendre à gérer la rareté des moyens » est absolument risible. De telles erreurs disqualifient à elles seules tout le propos. Et c’est dommage. On a probablement besoin de journalistes qui seraient capables de relater précisément, honnêtement, les termes du débat. D’expliquer clairement le contenu du rapport Guesnerie (ouch !) pour montrer que ce travail sérieux, qui avait des points positifs et négatifs, a été totalement ignoré par les instigateurs des nouveaux programmes. On aurait vraiment besoin de journaliste qui savent ce qu’est l’économie, la discipline. Qui seraient capables de saisir les enjeux des relations entre disciplines comme l’économie et la sociologie, et non de réduire l’une à une « science de droite » et l’autre à une « science de gauche ».

Je crois avoir déjà eu l’occasion de le dire ici, mais je pense qu’il y a un vrai problème en France avec la presse économique, tout du moins à partir du moment où l’on sort des simples articles descriptifs (et encore). Cela amène quand même à soulever un point sur lequel les « éditorialistes » (tel que c’est écrit en bas de l’article, cela semble être le « métier » de la dame) devraient méditer : les français, ceux qui soi-disant « veulent que ça change », sont davantage instruits sur les questions économiques par les médias (presse écrite, tv, radio) que par les enseignants d’économie, du secondaire comme du supérieur. Si j’étais éditorialiste (!), je me fendrais probablement du coup d’un texte où j’expliquerai, à coup de déformations et d’imprécisions, que c’est la faute des journalistes si les français ne savent pas ce qu’est le chiffre d’affaire d’une entreprise. 

Mais éditorialiste n’est pas un métier, ou ne devrait pas en être un. Un métier, ça répond à la logique des avantages comparatifs et de la division du travail. Cela nécessite la mise en oeuvre de compétences spécifiques dont tout le monde ne peut disposer. Or, raconter des conneries sur tout type de sujet est quelque chose à la portée de tous. Le fait que des personnes soient rémunérées pour ça est la preuve que, décidemment, le marché est parfois défaillant…   

10 Commentaires

Classé dans Divers

10 réponses à “Editorialiste, c’est un métier ?

  1. Je plussoie avec une abondance qui ferait pâlir de jalousie l’URSS des plus beaux jours.
    Bravo, spécialement pour les deux derniers paragraphes.

  2. Otto di Dacte

    Bonjour,
    Je suis un peu profane mais j’ai tout de même l’impression que des pans entiers de l’économie ont fait banqueroute ces deux dernières années, comment par exemple le naufrage de la pensée libérale est-il perçu en milieu universitaire ?

    Merci.

    Ca ne se veut absolument pas malveillant, mais quand je vois un lien vers le blog de Paul Krugman ou le blog éconoclaste, j’ai un peu le vertige…

  3. C.H.

    @otto di dacte

    Je ne vois pas bien le rapport de votre commentaire avec mon propos ?

  4. Episteme

     »Or, raconter des conneries sur tout type de sujet est quelque chose à la portée de tous.  »

    Je proteste, car cela est contraire à la logique de l’avantage comparatif que chacun ait un avantage comparatif à raconter des bêtises.

    Ça fait un moment que je ne lis plus d’éditoriaux provenant de la presse. C’est au mieux une perte de temps de les lire et de les commenter. Certes on peut le faire dans la mesure où on croit que ces gens ont une influence réelle sur  »l’opinion publique ».

    Franchement, j’en doute.

  5. @Episteme : « C’est au mieux une perte de temps de les lire et de les commenter. Certes on peut le faire dans la mesure où on croit que ces gens ont une influence réelle sur »l’opinion publique ».
    Franchement, j’en doute. »

    J’en suis au contraire convaincu. Ces media sont à peu près la seule source de (dés)information de nos braves cons citoyens, et leur laisser le champ libre alors qu’on a les moyens de pointer leur médiocrité serait bien dommage.
    C’est ce qui fait l’essentiel de mes billets (mon côté Saint Bernard, sans doute), et les quelques commentaires qui me disent de temps en temps apprécier l’exercice parce qu’il contribue à les éclairer sur les âneries qu’on leur raconte dans la presse sont ma meilleure récompense et ma principale motivation à continuer.
    Eolas fait merveille de ce côté là, et en tant qu’opinion publique, je suis bien aise de profiter de son éclairage – et notamment de ses critiques de la presse.

  6. Episteme

    Ma conclusion personelle après avoir parlé à des gens qui aiment lire les éditoriaux est qu’ils sont a) déjà convaincus par ce qui s’y raconte, et ne prêtent même pas attention à l’argumentation, tant que la conclusion s’accorde avec leurs a priori b) sont déjà convaincus du contraire et qu’ils enragent en les lisant.

    Évidemment, tout cela n’est que conjecture et il peut par ailleurs y avoir quelque intérêt à vulgariser comme vous le faites en utilisant comme modèle de raisonnement faux la presse.

  7. Vous avez raison, la grande majorité des gens ne cherche pas à s’informer, seulement à voir leurs préjugés confirmés (j’en avais parlé ici http://www.optimum-blog.net/post/2008/12/20/Le-role-des-medias-dans-linformation-economique et récemment dans notre CBox).
    Mais je veux croire qu’il existe quelques personnes intellectuellement honnêtes mais désemparées, qui ne demandent qu’à mieux comprendre; c’est pour eux que j’écris (c’est prétentieux, je sais).

  8. Moggio

    Je rebondis sur le dernier commentaire de VilCoyote et son jugement sur « la grande majorité des gens » concernant « leurs préjugés confirmés » pour m’interroger sur la dernière phrase de C.H. dans son billet. Si (hypothèse) « la grande majorité des gens » cherche, en lisant les éditoriaux, à « seulement à voir leurs préjugés confirmés », alors, en supposant qu’ils soient une bonne part à payer pour cela, il ne semble pas incohérent que les éditorialistes en question « soient rémunéré[s] pour ça », comme le dit C.H. Il n’y a pas vraiment de « marché […] défaillant », simplement une offre qui « répond » à une demande, non ?

  9. C’est justement ce que semble soutenir vilcoyote dans le billet qu’il a mis en lien plus haut. Et puis je peux bien sûr me tromper mais je ne crois pas que C.H. parle de défaillance de marché au sens de l’efficacité économique(sous-optimalité au sens de Pareto)…

  10. Moggio

    @Episteme : Je n’avais pas lu le lien du coyote. Mon interrogation rejoint directement sa phrase « Dès lors, la médiocrité de l’information économique dans les médias français semble n’être qu’une réponse rationnelle à la demande de médiocrité du public. » Merci.
    Moi aussi je ne suis pas sûr que C.H. parle de défaillance de marché au sens défini « traditionnellement » en économie.

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