The Future of Economics

Le titre de ce billet est le même que celui d’une récente communication de D. Wade Hands, spécialiste de philosophie économique et accessoirement auteur de cet ouvrage de référence sur les rapports entre philosophie des sciences et économie. Hands propose une réflexion sur les dernières évolutions de la microéconomie, en se concentrant plus particulièrement sur les développements de l’économie comportementale et expérimentale. L’avènement de ce courant de recherche a eu pour effet de remettre considérablement en question la pertinence de la théorie du choix rationnel (comprendre : la théorie de l’utilité espérée le plus souvent resituée maintenant dans le cadre d’interactions stratégiques) sur laquelle s’est construite toute l’analyse économique moderne depuis au moins Pareto. Même si Hands se garde bien de faire des prédictions, il évoque une conséquence possible de cette évolution : le passage d’une science économique dominée par un cadre théorique unifié à une discipline marquée par une pluralité d’approches, plus ou moins compatibles et reliées entre elles.

Hands n’est pas le seul à faire cette observation (qu’il réitère d’ailleurs dans un récent papier sur l’histoire de la théorie du consommateur que j’ai déjà évoqué ici). David Colander et John B. Davis ont également dans la dernière décennie souligné les changements affectant le mainstream. Voici une petite liste d’articles pour ceux que cela intéresse :

« The Death of Neoclassical Economics », David Colander

« The Changing Face of Mainstream Economics », David Colander, Ric Holt et Barkley Rosser

« Turn in Recent Economics and Return of Orthodoxy », John B. Davis

« The turn in economics : neoclassical dominance to mainstream pluralism », John B. Davis

« Evolutionary and Institutional Economics as the New Mainstream », Geoffrey Hodgson

Toutes ces analyses soulignent le même processus de morcellement de ce qui était autrefois une théorie unifiée fondée sur un ensemble d’axiomes et de principes acceptés par la communauté des économistes (hormis les inévitables dissidents). Il suffit aujourd’hui de regarder les sommaires des principales revues académiques pour prendre la mesure des transformations de la discipline : une domination des travaux à orientation empirique (point que ne soulignent pas assez les articles ci-dessus), un nombre croissant d’article dont les résultats reposent sur des expériences contrôlées en laboratoire (économie comportementale et expérimentale), des travaux relevant de la neuroéconomie, des analyses qui abandonnent totalement l’hypothèse de rationalité optimisatrice pour lui substituer une rationalité adaptative ou mimétique dans le cadre de modèles évolutionnaires, un timide mais croissant recourt aux méthodes de simulations multi-agents qui, là encore, substituent à l’agent rationnel un agent se comportant à partir de « rule of thumb ». Ces transformations en sont encore probablement à leurs débuts, mais en tout état de cause on peut déjà les observer.

Une des grandes questions qui intéresse la philosophie des sciences est de comprendre l’évolution de la connaissance et des idées scientifiques. Comment évoluent les idées scientifiques et quels sont les facteurs qui y contribuent ? L’évolution se fait-elle par le biais de « révolution » comme le pensait Kuhn ou de manière incrémentale comme le défendait Popper (notons que cette distinction est peut être largement artificielle) ? La dynamique scientifique est-elle essentiellement endogène ou bien résulte-t-elle de facteurs externes, de contingences historiques ? Ces questions sont encore largement irrésolues et je ne suis pas loin de penser que la période qui s’est ouvert globalement depuis le début des années 80 en économie constituera un cas historique exemplaire pour l’historien des sciences d’ici quelques décennies.

L’un des principaux problèmes à mon sens des théories de la croissance de la connaissance proposées tant par Kuhn que par Lakatos (et je sais de quoi je parle : la méthodologie des programmes de recherche scientifique de ce dernier m’ayant servie de socle pour toute ma thèse) est qu’elle repose sur une conception essentialiste des paradigmes/programmes de recherche scientifiques. David Hull souligne d’ailleurs très bien ce point à propos de Lakatos : un programme de recherche est censée se caractériser par un noyau dur contenant un ensemble de principes méthodologiques et/ou théoriques supposés infalsifiables et inamovibles ; la protection de ces principes seraient cruciales pour permettre au programme de recherche de survivre. L’évolution de l’économie standard sur les 30 dernières années contredit selon moi totalement ce point de vue. A ma connaissance, les économistes qui ne se revendiquent pas « hétérodoxes » n’ont pas eu le sentiment d’avoir changé de programme de recherche ou de s’inscrire dans une optique radicalement différente de celle de leurs prédécesseurs : ils pratiquent la « science normale », pour reprendre les termes de Kuhn. Pourtant, comme le montrent les articles de Colander, Davis et Hands, les principes constitutifs de l’approche standard (théorie de l’utilité espérée, approche en termes d’équilibre général), que l’on pouvait qualifier à l’époque de « walrassienne » ou de « néoclassique » ne sont plus fondamentaux. Ils existent toujours, mais ne constituent plus le cœur même de la définition de la science économique normale. Et il est fort probable que les choses s’amplifient dans le futur.

Par conséquent, il est fort probable que les programmes de recherche évoluent et se transforment en eux-mêmes. Autrement dit, ils s’adaptent. Cela se fait toutefois au prix d’une perte de cohérence interne. A cet égard, et pour finir, je soulignerai un point qui me semble paradoxal. Il est incontestable que la science économique normale, le mainstream, s’est toujours nourrie des idées et des critiques venant de la périphérie, c’est-à-dire des économistes dissidents. Si je me permettait une formulation fonctionnaliste, je dirais que les économistes « hétérodoxes » (je n’aime pas ce terme) existent car ils permettent d’alimenter le mainstream en idées nouvelles et permettent ainsi à ce dernier de se renouveler perpétuellement. D’une certaine manière, la critique externe contribue à renforcer la cohérence interne du courant dominant en l’amenant à  développer une approche de plus en plus englobante. A l’inverse, et c’est là que réside le paradoxe, la critique interne me semble plus destructive car elle émane des difficultés et des contradictions propres à un programme de recherche. Le pluralisme de l’approche dominante que certains mettent en avant est bien le résultat des limites de l’approche standard, limites auxquelles elle s’est heurtée de plein fouet ces dernières décennies : incapacité à faire correspondre la théorie de l’utilité espérée avec des observations empiriques récurrentes, impasse du programme de raffinement du concept d’équilibre en théorie des jeux qui s’est transformé en acrobaties axiomatiques largement dénuées de pertinence empirique, etc. Ajoutez à cela des circonstances externes propices à la remise en cause de la science normale (i.e. la crise financière), et vous obtenez tous les ingrédients pour une évolution majeure dans le champs de recherche. Cette évolution ne sera probablement pas une révolution kuhnienne puisqu’il n’existe pas (plus) d’approche unifiée capable de prendre la relève, mais elle n’en sera probablement pas moins d’une grande ampleur lorsque l’on l’analysera de manière rétrospective.  

39 Commentaires

Classé dans Non classé

39 réponses à “The Future of Economics

  1. elvin

    L’article de Wade Hands me comble d’aise, car il est tout à fait cohérent avec ce que je répète depuis un certain temps (mais lui a l’avantage d’être une source autorisée…).

    Le mouvement de fond qu’il décrit me semble essentiellement méthodologique. Les économistes abandonnent progressivement un raisonnement à partir d’axiomes arbitraires choisis principalement pour permettre la formalisation et le raisonnement mathématiques, et se mettent de plus en plus à raisonner à partir de l’observation des phénomènes réels. On en revient à ce que disait John Neville Keynes (le père de l’autre) : « l’économie commence par l’observation et finit par l’observation ». On ne peut qu’applaudir des deux mains à cette évolution.

    Quand il rappelle (page 3) que l’économie est une science qui étudie le comportement humain, il dit exactement ce que disait Marshall « Economics is a study of men as they live and move and think in the ordinary business of life » ((Principles, II §1) ou Mises « Economics deals with the real actions of real men. Its theorems refer neither to ideal nor to perfect men, neither to the phantom of a fabulous economic man (homo oeconomicus) nor to the statistical notion of an average man (homme moyen). » (Human action, XXIII, 4).

    Ce mouvement vide l’étiquette « mainstream » de toute substance. Des économistes qui ont été un jour étiquetés « mainstream » le restent même s’ils soutiennent maintenant des thèses opposées à celles qui leur ont valu jadis cette étiquette et qui constituaient alors la définition même du « mainstream ». En abandonnant les positions (principalement méthodologiques) qui le définissaient, le terme « mainstream » n’est plus qu’un signe de cooptation sociale indépendant des thèses qu’on soutient et des méthodes qu’on emploie, un peu comme appartenir au Rotary Club ne dit rien sur les opinions des gens. C’est pourquoi opposer un soi-disant « mainstream » à d’autres écoles de pensée, ou se demander s’il est ou non « progressif » au sens de Lakatos n’a plus aucun sens.

    Mais je ne peux m’empêcher de trouver étrange que l’irréalisme de la théorie du choix rationnel ne soit apparue aux économistes (et encore, pas à tous) qu’à partir des années 70/80 grâce à l’économie expérimentale. C’était évident pour tout le monde depuis toujours, sauf pour les économistes ; mais il est vrai que tout le monde ne connaissait pas le théorie du choix rationnel et ne songeait donc pas à la critiquer. Mais faut-il que des générations d’économistes aient eu l’esprit déformé par Walras et ses épigones pour qu’ils considèrent les résultats de l’économie expérimentale, et pas mal d’autres « théorèmes » récents, comme des révélations fracassantes dignes du « Nobel » !

    Sur l’évolution de la discipline telle que la prévoit Wade Hands, compte-tenu des forces retardatrices et de tout ce que l’establishment a à perdre, je suis d’accord, ça n’ira pas vite et c’est dommage. Quand il dit « perhaps we will go back to the nineteenth century definitions of John Stuart Mill and Alfred Marshall », oui, c’est exactement ce qu’il faut faire, et le plus tôt sera le mieux. On peut gagner un peu de temps en ne remontant qu’aux définitions de Mises, qui sont du vingtième siècle – mais ça, c’est certainement trop demander. En tous cas, les gens qui tentent d’accélérer cette évolution, comme j’essaie de le faire, rendent amha service à la profession.

  2. @Elvin : « Mais je ne peux m’empêcher de trouver étrange que l’irréalisme de la théorie du choix rationnel ne soit apparue aux économistes (et encore, pas à tous) qu’à partir des années 70/80 grâce à l’économie expérimentale. C’était évident pour tout le monde depuis toujours, sauf pour les économistes »

    C’était probablement évident aussi depuis toujours pour les économistes, y compris ceux qui l’avaient élaborée, mais comme ils n’avaient encore pas réussi à construire autre chose, il fallait bien qu’ils s’en contentent. Ce n’est pas parce qu’on est conscient des limites de son outil qu’on a les moyens de l’améliorer, et ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens de l’améliorer qu’on doit renoncer à s’en servir. Vous faites un faux procès.

    Quant à votre fameuse thèse, je crois que si vous vous faites rembarrer (ou ignorer) chaque fois que vous l’avancez, ce n’est pas parce que vos interlocuteurs ne sont pas d’accord avec le fait que les hétérodoxes nourrissent le mainstream, c’est parce que vous voulez absolument que le mainstream devienne autrichien – or d’après le premier paragraphe de CH, je ne vois pas bien en quoi ce serait effectivement le cas.

  3. elvin

    Plus précisément :

    1 je voudrais que toute l’économie revienne à la définition des classiques (par exemple JS Mill, mais Marshall n’est pas mal non plus). Notez que je dis bien « la définition » et non nécessairement « les thèses ».

    2 je pense que les autrichiens sont ceux qui sont restés fidèles à cette définition, en l’améliorant. C’est pourquoi je les mets en avant.

    Mais vous remarquerez que dans mon commentaire, je n’emploie pas le mot « autrichiens », même si je cite Mises. S’il faut éviter d’utiliser cette étiquette pour que les idées passent mieux, j’évite volontiers l’étiquette.

  4. elvin

    « C’était probablement évident aussi depuis toujours pour les économistes »
    Bin non, puisque, comme le montre Wade Hands, y’en a même qui ont voulu en faire un modèle normatif.

  5. citoyen

    L’idée d’une « crise » ou « évolution » du mainstream n’a du sens que si on a une spécification raisonnable de ce qu’est le « mainstream ».

    En général, c’est quelque chose qui est utilisé à des fins spécifiques, normalement a caractère normatif. Souvent, l’idée est celle de construire un homme de paille simplifié et ensuite essayer de la critiquer, ce qui est évidemment très facile une fois qu’on a éliminé la complexité, la richesse ou la pluralité des approches qui composent ce mainstream. Dans d’autres cas, l’idée semble être celle de construire une narrative du progrès scientifique pour ensuite attaquer ceux qui n’ont pas un vrai sens de l’histoire. Il y a plusieurs modèles; le modèle « whig » de progrès linéaire qui pointe une direction vers laquelle va la recherche; le modèle « historiciste » qui essaye de voir des cycles ou des problèmes récurrent dans le passé et prescrit l’abandon d’une direction prise dans le passé.

    Même si ces exercices me passionnent, je suis assez sceptique quant a leur utilité. Surtout, je suis généralement sceptique quant aux annonces de changement qui viennent des files des historiens de la pensée ou des epistémologues même si se sont de loin les deux champs de l’économie dans lesquels j’ai plus de compétence comparative (ce qui ne veux pas dire que j’ai une grande compétence, bien sur). Solow le soulignait ici http://www.mitpressjournals.org/doi/abs/10.1162/001152605774431518 les économistes sont largement restés insensibles aux critiques venues de la part de ces deux groupes.

    Pour en venir a la substance, je pense que ceci se voit dans l’exagération de la « crise de la théorie de l’utilité espérée ». D’après ce que j’ai lu (notamment « Rational Decisions » de Ken Binmore et « Economic theory and cognitive science » de Don Ross) le problème est qu’elle reste au moins aussi bonne que ses concurrentes au niveau de la prédiction. Les agent agissent de façon plutot rationelle dans la plupart des situations, etc,… Par ailleur, un grand nombre de limitation de la rationalité sont intégrables dans le modèle de base. Je ne questionne pas la mauvaise performance empirique, je suggère seulement que celle ci est souvent assez exaggérée.

    Ce qui me mène a m’interroger le pourquoi de tout ça. Porquoi est ce que les économistes on fait usage de la théorie de la préférence révélée? Una interprétation possible c’est la conviction des économiste de la rationalité des agents, etc,… qui leurs faisait croire que le monde marchait comme cela. Krugman (Geography, Development and economic theory) suggère une idée que je trouve assez séduisante: il s’agit de la loi de la moindre résistance mathématique. Une certain nombre de choses ne sont pas faciles a formaliser, et les avances scientifiques sont limitées par notre capacité de modélisation. Ce n’est pas absurde et ça arrive a peu près partout; si vous lisez un autre manifeste kuhnien (Neurophilosophy), Patricia Churchland suggère que le changement qu’elle propose dans les sciences cognitive pourrait ne pas être possible si on manquait des outils mathématiques nécessaires.

    Dans le passé, la possibilité de tester empiriquement les modèles était plus limitée, les ordinateurs sont assez récents et les techniques développées en psychologie sont assez récent. Par ailleurs les techniques mathématiques-la théorie des jeux évolutionnaire, etc,…- l’était aussi. Ça explique que la théorie de l’utilité espérée soit le meilleurs qu’on puisse faire; mais ça ne répond pas véritablement a une croyance en telle ou quelle thèse, mais à une limitation technologique.

    Mon interprétation est donc, non pas celle d’un changement dans la perspective ou dans l’objet, je ne vois pas de « contradictions » dans le programme mais surtout celle d’une plus grande capacité technologique pour faire certaines choses.

  6. citoyen

    Oui, j’oubliais le lien. Sur cette question il y a cet article http://www.nicolaifoss.com/teaching/Economics_the%20current%20position.pdf

  7. elvin

    VilCoyote dit :
    « Ce n’est pas parce qu’on est conscient des limites de son outil qu’on a les moyens de l’améliorer, et ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens de l’améliorer qu’on doit renoncer à s’en servir. Vous faites un faux procès. »

    Ça, c’est une variante de la vieille blague du gars qui cherchait ses clés sous un réverbère alors qu’il les avait perdues ailleurs. Comme un passant lui faisait remarquer qu’il n’avait aucune chance de les trouver, il répondit « Ce n’est pas parce qu’on est conscient des limites de son outil … qu’on doit renoncer à s’en servir. Vous me faites un faux procès. »

  8. elvin

    @citoyen : vous êtes sûr que votre lien pointe vers le bon article ?

  9. Elvin : comparaison hors de propos.
    Si vous voulez un parallèle avec les « sciences dures », disons qu’on est conscient de l’incohérence entre mécanique quantique et relativité générale, mais qu’en attendant d’avoir unifié les deux, on continue à utiliser ces deux théories, bien utiles.
    Ce n’est que parce qu’on a commencé par développer la théorie du choix rationnel qu’on a ensuite pu l’améliorer, la nuancer, la rapprocher de la réalité tout gardant la rigueur d’analyse. Vous oubliez un peu vite que nous ne sommes que des nains perchés sur les épaules de géants, et il est bien trop facile, de notre point de vue, de reprocher au géant de ne pas voir aussi loin que nous.

  10. elvin

    @VilCoyote
    Honnêtement, je ne vois pas le rapport avec ce que j’ai dit. Mais tant pis.

  11. @Elvin : le rapport, c’est la citation de vous que j’ai faite dans mon premier commentaire. En gros, vous trouvez que les économistes sont des autistes parce qu’avant 1980, contrairement à tout le monde (les piliers du PMU ?), ils n’avaient pas su voir et dépasser les limites de la théorie du choix rationnel.
    Je vous réponds que c’est facile à dire après coup – surtout quand on n’a pas mis soi-même les mains dans le cambouis.
    Un autre exemple ? On peut se moquer aujourd’hui du géocentrisme, mais sans ce premier essai, on n’aurait sans doute pas évolué vers l’héliocentrisme.
    Bref, il est souvent nécessaire de commencer par développer une théorie inexacte, et on ne saurait sans injustice reprocher son inexactitude à son auteur. Moi je crois que le rapport avec ce que vous avez dit est tout ce qu’il y a de plus clair.

  12. elvin

    @VilCoyote

    Désolé, j’avais mal compris.

    Mais c’est une différence fondamentale entre les sciences humaines et les sciences de la nature. Dans les cas que vous citez, personne n’a jamais vu une particule élémentaire ou un champ quantique, et jusqu’à récemment, personne n’avait pu constater directement si c’était le Soleil qui tourne autour de la Terre ou l’inverse. Donc oui, il faut bien se contenter des théories qu’on a jusqu’à ce qu’on en trouve une meilleure.

    A l’inverse, tout le monde, même les piliers du PMU, sait que les êtres humains ne sont pas comme les décrit la théorie du choix rationnel. Donc on sait d’avance que cette théorie est fausse, ainsi que toutes les conclusions qu’on peut en tirer. Et les « améliorations » ou les « nuances » qu’on y apporte ensuite ne sont que des retours vers une réalité qu’on connaissait dès le début et dont il aurait mieux valu ne jamais s’écarter.

    Autrement dit, quand on ne sait pas, toute théorie est bonne à prendre en attendant mieux ; mais quand on sait, construire délibérément une théorie fausse (attention, je ne dis pas « partielle ») est inadmissible (pour ne pas dire ridicule).

  13. @Elvin : « mais quand on sait, construire délibérément une théorie fausse est inadmissible »

    J’en reviens à ce que je disais au début : savoir qu’on fait quelque chose d’inexact ne veut pas dire qu’on sait faire quelque chose d’exact; et si faire aujourd’hui quelque chose d’inexact permet à ceux de demain de faire quelque chose de mieux, ainsi soit-il.
    Mais je me permets de vous renvoyer directement à cet article de Yannick Bourquin : http://quedisentleseconomistes.blogspot.com/2010/01/pourquoi-les-economistes-utilisent-ils.html

  14. (et jsute en plus : que les piliers du PMU sachent que les hommes ne sont pas parfaitement rationnels ne les met pas pour autant en mesure d’expliquer et prédire leurs comportements de façon plus satisfaisante que la théorie du choix rationnel).

  15. elvin

    @VilCoyote
    Oh que si !!!

  16. arcop

    @VilCoyote
    Je crois que vous avez raison sur la question de l’inexactitude et néanmoins pertinence ou utilité d’une théorie. Et je crois également que le fait que tout le monde sait que les humains ne suivent pas la théorie du choix rationnel n’est pas un argument recevable (j’imagine qu’au Moyen-Âge tout le monde savait, c’est bien évident que la Terre n’était pas ronde… suffit de regarder… vous la voyez vous la courbure sur l’horizon ??). Mais là où je pense que vous avez tort, c’est qu’en gros les économistes n’ont rien fait ou presque pour améliorer le coeur de théorie (la théorie du choix rationnel) pendant des décennies, n’ont mis en place aucune procédure empirique de test et d’amélioration de cette théorie là, n’ont pas écouté sérieusement les arguments relativement solides d’auteurs en marge de la discipline…. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas regarder où nous menait l’hypothèse de rationalité, mais en bon gestionnaire de portefeuille, il aurait aussi fallu investir du côté des alternatives à la RCT, ce que peu d’économistes ont fait, au moins jusqu’aux années 80/90. Honnêtement j’ai du mal à en trouver un seul d’envergure (Simon n’est pas un économiste à proprement parler, Kahnemann et Tversky sont des psychologues) entre disons 45 et 90. C’est d’autant plus frappant lorsque l’on connait la profondeur avec laquelle on a étudié les conséquences formelles de la RCT.
    Et d’une certaine manière cela continue, même si des enrichissements ont eu lieu (on est toujours ou presque toujours dans un agent qui optimise des préférences, même si celles-ci sont un peu plus ‘riches’ qu’avant). Je vais vous donner deux exemples : on a très peu de travaux sur des modèles de rationalité limitée plausible/humaines à part Rubinstein, les tests directement sur les préférences stables/exogènes/et qui satisfont les bons axiomes (transitivé par ex. ou axiomes des préférences révélées).

  17. @Arcop :
    mes connaissances en histoire de la pensée sont trop limitées pour que je puisse vous contredire, ou même vous répondre =) Mais quand vous me dites « là où vous avez tort… », vous me prêtez des propos que je n’ai pas tenus. Je me bornais à dire qu’on ne pouvait pas reprocher aux premiers économistes de la RCT l’inexactitude de leur modèle. Après, que l’évolution ait été trop lente, c’est fort possible, mais encore une fois je n’ai pas dit le contraire et j’en sais trop peu pour m’avancer davantage sur la question.
    Peut-être CH pourrait-il nous en dire plus (même si vous avez déjà argumenté là-dessus).

  18. C.H.

    Merci pour tous ces commentaires ! Quelques réponses en vrac :

    @citoyen :

    A mon avis (mais peut être ne fais-je que prêcher pour ma paroisse), l’historien de la pensée ou l’épistémologue de l’économie a au contraire une certaine légitimité à se prononcer sur ce genre de question précisément parce que lui, au contraire de l’économiste « praticien », possède un certain recul à la fois philosophique et historique. J’aurai tendance aussi à dire qu’il est davantage neutre (même s’il a ses préférences théoriques, bien entendu). Il est clair qu’un économiste qui a construit toute sa carrière académique autour de la théorie du choix rationnel aura du mal à admettre que celle-ci est en difficulté ou autre.

    Maintenant, Solow a raison : l’historien de la pensée ou l’épistémologue n’a jamais fait évoluer la théorie économique. Max Weber soulignait déjà en son temps que les débats gnoséologiques purs n’avaient aucun impact. Mais cela ne serait grave que si l’objectif de l’historien de la pensée était de modifier le cours des choses. Or, ce n’est pas le cas : l’historien de la pensée est un commentateur, un observateur, qui rend compte de la pratique effective des économistes. C’est le fameux tournant pragmatique en philosophie des sciences que Wade Hands décrit si bien dans son ouvrage de 2003 : l’objectif n’est plus normatif mais plutôt explicatif et descriptif.

    Maintennant, sur la théorie de l’utilité espérée, le problème est extrêmement complexe. Je tiens notamment à souligner que les économistes eux-mêmes ne semblent pas d’accord sur l’interprétation à lui donner. A ce titre, il suffit de comparer ce que des praticiens et très fins connaisseurs de cette théorie comme Sugden, Gintis et Binmore racontent pour se rendre compte qu’ils ne l’interprètent pas du tout de la même manière. Notamment, Binmore adopte une version très spécifique de la théorie de l’utilité espérée, qui s’appuie sur une variante forte de la théorie des préférences révélées qu’il est à ma connaissance l’un des rares à défendre. D’un autre côté, on a Gintis qui explique que le seul critère de rationalité dans la TCR, c’est la consistance des préférences et notamment leur transitivité. Gintis nous dit que c’est un critère très faible et que de ce point de vue tous les résultats de l’économie comportementale peuvent être réinterprétés dans le cadre de la TCR. Enfin, vous avez Sugden qui présentent des arguments solides montrant que la transitivité des préférences est loin d’être une question si triviale.

    Pour le reste, je pense plutôt être d’accord avec vous sur votre explication par les limites technologiques. Mais justement, ces limites bougent, et à terme cela n’exclu pas qu’elles remettent en cause la suprématie de la TCR.

    @arcop et vil :
    Fondamentalement, que la TCR soit fausse ou inexacte n’est pas un problème. Comme vous le savez, tous les modèles scientifiques sont « faux » dans le sens où ils ne correspondent pas à une description fidèle de la réalité. Je crois que le problème est à deux autres niveaux :
    1) ce que l’on peut faire dire à la TCR
    2) l’existence d’alternatives

    Concernant 1), je crois que les économistes ont commencé à se fourvoyer quand ils ont cru que la TCR pouvaient servir de cadre d’analyse à tous les choix en considérant les préférences comme exogènes. Dans un cadre relativement restreint (notamment celui des relations marchandes, où monnaie et utilité correspondent), pas de problème, si l’on fait abstraction des « anomalies » empiriques que l’on a découvert sur le plan expérimental. Par contre, quand on commence à utiliser ce cadre pour étudier n’importe quel comportement, en postulant des préférences que l’on explique pas. L’un des pires exemples est peut être le traité sociologique de James Coleman, qui de ce point de vue est d’une grande pauvreté analytique.

    Sur 2), les choses changent avec l’économie comportementale… sauf que l’on a pas et que l’on aura jamais un modèle aussi général. Mais, comme le dit arcop, finalement même là on reste avec une constante : il s’agit d’une maximisation d’utilité sous contrainte. La seule chose qui change vraiment, c’est le contenu des préférences. D’après moi, par rapport à la TCR, il y a deux voies complémentaires : le recours croissant des modèles avec agents dotés d’une rationalité adaptative et d’une capacité d’apprentissage (du genre modèles de « best response » et « fictitious play » à la Fudenberg/Levine ou Young ou plus simplement à base de réplication dynamique) ; la mise au premier plan de la problématique de l’endogénéité des préférences.

  19. elvin

    Je pense que ça vaut la peine de continuer à pinailler, car nous touchons amha des questions fondamentales bien que rarement soulevées.

    Arcop écrit : « Je crois que vous avez raison sur la question de l’inexactitude et néanmoins pertinence ou utilité d’une théorie. Et je crois également que le fait que tout le monde sait que les humains ne suivent pas la théorie du choix rationnel n’est pas un argument recevable (j’imagine qu’au Moyen-Âge tout le monde savait, c’est bien évident que la Terre n’était pas ronde… suffit de regarder… vous la voyez vous la courbure sur l’horizon ??). »

    Je lui donne 100% raison, ainsi qu’à VilCoyote, quand il s’agit de sciences où nous n’avons pas un accès direct à la connaissance empirique des phénomènes élémentaires. Mais dans les sciences humaines, les phénomènes élémentaires sont nos propres actions, dont nous avons cette connaissance empirique directe, précisée et enrichie par les psychologues. Cela crée une différence radicale de nature entre sciences de la nature et sciences humaines, et la transposition des méthodes de l’une à l’autre n’est pas légitime.

    Un deuxième point est la différence entre ce que certains philosophes appellent abstraction précisive et abstraction non précisive.

    Je peux dire « il arrive que les êtres humains se comportent selon tel modèle (par exemple celui du choix rationnel)  » et étudier les conséquences de ce comportement, qui ne seront vraies que quand les hommes se comportent réellement selon ce modèle. C’est l’abstraction « précisive » prônée pas les classiques : isoler un trait de la réalité observable pour en étudier les effets « ceteris paribus », tout en reconnaissant que cette étude est par définition incomplète.

    Une autre méthode complètement différente consiste à dire « le comportement humain peut dans toutes les circonstances être représenté par un modèle (celui du choix rationnel ou un autre) et à en étudier les conséquences. Les résultats obtenus par la première approche seront des résultats partiels vrais dans certaines circonstances ; ceux de la deuxième approche seront toujours faux, mais peuvent être plus ou moins approchés selon que le modèle est plus ou mins proche de la réalité. Le réalisme des hypothèses est alors une question fondamentale.

    Pour prendre l’exemple de la courbure de la Terre, la première approche consiste à dire « je ne sais rien de la courbure de la Terre, donc je suppose qu’elle est plate ». La deuxième consiste à dire « je sais que la Terre est ronde, mais je décide de raisonner comme si elle était plate. »

    Ma critique de l’économie depuis Walras et surtout Samuelson ne consiste pas tellement à dire qu’elle est fausse ou inutile (elle l’est amha très largement), mais que c’est un détour globalement improductif. Si l’énergie intellectuelle qui a été dépensée et l’est encore pour développer la TEG ou la TCR, puis pour expliquer qu’elles sont insuffisantes, l’avait été à poursuivre et développer les thèses de Say, Mill ou même Bastiat, la discipline économique s’en porterait infiniment mieux. Je me réjouis qu’on y revienne, mais quel gaspillage !

  20. OSC

    « Je lui donne 100% raison, ainsi qu’à VilCoyote, quand il s’agit de sciences où nous n’avons pas un accès direct à la connaissance empirique des phénomènes élémentaires. Mais dans les sciences humaines, les phénomènes élémentaires sont nos propres actions, dont nous avons cette connaissance empirique directe, précisée et enrichie par les psychologues. »

    Il y a là une colossale contradiction : vous nous dites que l’Univers « naturel » serait inobservable directement (i.e. sans prisme théorique), et à côté de ça vous nous dites que ça serait le cas pour les actions humaines grâce, en partie, à l’apport de la psychologie. Mais attendez, c’est quoi la psychologie, si ce n’est une construction scientifique aussi peu « défendable » (car potentiellement biaisée) à ce moment là que les prismes théoriques qui ont cours en sciences naturelles ?

    Vous vous contredisez, et de façon très nette.

    Plus généralement, postuler que l’on puisse observer « naturellement » n’importe quelle situation est une grossière erreur, de mon point de vue, car emprunte d’une profonde naïveté. Toute observation, TELLE QU’ELLE SOIT, présuppose un prisme théorique. Prenez un exemple aussi trivial que l’alternance jour/nuit : vous ne pouvez pas la penser si vous ne pensez pas avant tout la notion du temps (qui s’écoule(rait)). Et là je vous parle d’un exemple trivial emprunté aux sciences naturelles. Alors imaginez les concepts auxquels l’observation d’un comportement humain doit faire appel… (qu’est-ce qu’un être humain ? Si l’on raisonne sur une société : qu’est-ce qu’une société ? Etc.)

  21. elvin

    @OSC

    Alors continuons en étant plus précis

    L’activité scientifique consiste à tenter d’expliquer des faits que nous observons. Et bien d’accord, pour observer et analyser, il nous faut tout un équipement mental, et c’est tout particulièrement vrai en économie. Par exemple, on peut observer Pierre qui donne un stylo à Jean et Jean qui donne un morceau de papier à Pierre, mais savoir qu’il s’agit d’un échange marchand et que ce morceau de papier est un chèque demande en effet ce que vous appelez un « prisme théorique », et que les autrichiens à la suite de Dilthey, Weber et Menger appellent « Verstehen ».

    Maintenant, expliquer consiste à rattacher logiquement ce que nous observons (l’explanandum) à des choses (l’explanans) que :
    – ou bien nous décidons d’accepter comme vraies sans discussion, soit que nous le savons de façon certaine, soit que nous faisons confiance à d’autres (des axiomes)
    – ou bien nous supposons, mais sans en être certains (des hypothèses)

    Par exemple, pour reprendre votre exemple, nous observons l’alternance du jour et de la nuit, et même plus précisément que le soleil se lève tous les matins à l’est et se couche tous les soirs à l’ouest – ça c’est certain. On peut penser que c’est parce que le Soleil tourne autour de la Terre – ça c’est une hypothèse. On peut aussi penser que c’est la Terre qui tourne sur elle-même – c’est une autre hypothèse. L’observation à elle seule ne permet pas de choisir entre les deux. Le raisonnement scientifique permet de trancher, mais il s’appuie lui-même sur la mécanique et in fine sur les mathématiques, dont les « lois » sont établies par d’autres disciplines et que nous acceptons sans discussion – des axiomes. L’important est de bien voir que tout raisonnement scientifique dans une discipline donnée repose sur des axiomes considérés comme vrais a priori par cette discipline (et qui peuvent être des théorèmes établis par d’autres disciplines).

    Les sciences humaines ont ceci de très particulier que nous sommes non seulement ceux qui cherchent à expliquer, mais aussi les constituants de ce que nous cherchons à expliquer (l’explanandum).

    Les phénomènes élémentaires de l’économie sont nos actions. Pour l’économie (du moins pour en établir les lois fondamentales), il suffit de savoir que nous agissons, que nous avons des préférences, que nous exerçons des choix, toutes choses qui sont certaines pour chacun d’entre nous. Comment ça marche à l’intérieur, par quels phénomènes physico-chimiques se traduisent nos préférences et nos choix, ça nous ne le savons pas, mais ça n’est pas nécessaire pour faire de l’économie. L’expliquer est le sujet d’autres disciplines comme la psychologie, la neuropsychologie, qui reposent in fine sur la physique et la chimie mais utilisent les résultats établis par les physiciens et les chimistes sans les remettre en cause de même que les économistes doivent (devraient ?) utiliser les résultats des psychologues de tout poil sans les remettre en cause.

    Imaginez que les particules élémentaires (les électrons, les quarks, etc.) soient des êtres conscients dotés de la parole. Nul doute que les physiciens iraient leur poser des questions, pensant qu’ils peuvent dire, à propos d’eux-mêmes et de leurs interactions, des choses que les physiciens ne peuvent que postuler. Pourquoi les économistes se priveraient-ils de cette source de connaissances ? (Hélas, ils les font en voulant singer les sciences de la nature)

    Si c’est « une grossière erreur » de penser ça, je peux au moins me consoler en me disant que je suis en bonne compagnie.

  22. OSC

    @elvin : c’est assez « drôle » en fait car vous passez par des concepts ampoulés et à la langue vraiment absconse pour finalement nous servir des truismes complets. C’est bien évidemment votre droit, mais si j’ai bien compris votre long paragraphe n’a été écrit que pour critiquer, selon vous, la non-tendance qu’auraient les économistes à ignorer tout de la réalité à laquelle ils sont confrontée.

    Permettez-moi de vous répondre que vous êtes, dans ce cas, rien de plus qu’un troll au style ampoulé, car c’est assez évident que vous n’avez rien compris ni à la science économique ni même à sa démarche (et ne la tenez pas pour responsable, si vous ne faites pas l’effort de compréhension nécessaire c’est entièrement et uniquement de votre fait, car personne ne vous en empêche). Permettez-moi donc de ne pas vous répondre, car j’ai autre chose à faire qu’à perdre mon temps avec ce genre de « débat » stérile et idiot.

    Je commence maintenant à comprendre pourquoi je lis souvent le qualificatif de « troll » dans les commentaires qui répondent à vos interventions…

  23. elvin

    « si j’ai bien compris… »
    Eh bien non, mais c’est sans doute ma faute. Et je ne vais pas recommencer pour que vous compreniez mieux. Tant pis…

  24. OSC

    Le simple fait que la seule chose que vous reteniez de mon intervention soit la nuance que j’y apporte, et que vous y répondiez justement par une totale absence de nuance, démontre bien que vous n’avez rien d’intéressant à dire, que vous en avez parfaitement conscience, mais que vous espérez secrètement le contraire de peur que votre vie soit aussi misérable et médiocre que l’impression (justifiée) qu’elle vous laisse. Vous êtes un cas clinique très intéressant mais malheureusement pour vous ma formation n’est pas celle d’un psychologue, et discuter avec vous est pour moi une complète perte de temps. Je vous laisse donc définitivement à vos sottes divagations, car si au final vous maximisez votre programme en déblatérant âneries sur âneries dans des lieux de discussion qui ne vous appartiennent pas, permettant par contraste de démontrer qu’il existe une intelligence en ce monde, alors ma foi pourquoi pas. De la sorte vous rendez (malgré vous) service à la société. De mon côté j’ai vraiment mieux à faire.

  25. elvin

    Hou là là ! Moi, un cas clinique !
    « ma formation n’est pas celle d’un psychologue ». Bin pourtant on croirait.
    A vrai dire je ne comprends pas non plus le moindre mot à ce que vous dites, ni au rapport que ça pourrait avoir avec mes interventions. Donc oui, restons-en là.

  26. Episteme

    L’application que vous faites de votre principe de distinction des attitudes théoriques au problème de la courbure de la planète Terre me semble être plutôt boiteuse. Vous dites que la première attitude consiste à supposer que la Terre est plate, parce qu’on ne sait rien de la courbure de la Terre. Mais alors on fait une hypothèse et on ne la relativise pas à un domaine restreint de la réalité, sur lequel on sait que notre raisonnement sera vrai.

    Si nous retournons à l’économie(ça m’arrive de m’y intéresser, oui), il existe peut-être des phénomènes élémentaires qui peuvent être considérés comme axiomes pour l’analyse, mais le degré de rationalité des individus en général n’en fait pas partie. En particulier, il n’y a aucune manière de construire des axiomes sur le sujet qui résistent à la critique par contradiction performative.

    Par ailleurs, tout ce que notre expérience personelle nous suggère, c’est que les individus n’agissent pas toujours selon le modèle du choix rationnel. D’abord il s’agit d’une observation qui n’a de valeur qu’à court terme, car on ne peut pas conclure de ce qu’ils ne sont pas rationnels aujourd’hui, qu’ils ne feront pas des choix plus  »rationnels » demain. Ensuite, si on cherche à généraliser(à l’échelle du temps comme à l’échelle démographique), on fait forcément une hypothèse, tout comme quelqu’un qui chercherait à généraliser son observation immédiate selon laquelle à vue de nez il n’y a pas de courbure à la planète toute entière.

  27. elvin

    @Episteme

    Je ne comprends pas en quoi votre phrase « on fait une hypothèse et on ne la relativise pas à un domaine restreint de la réalité » est une critique de ce que j’ai dit.

    « le degré de rationalité des individus en général n’en fait pas partie »
    Tout à fait d’accord. C’est pour ça que les autrichiens ne font pas d’hypothèse de rationalité.

    « tout ce que notre expérience personnelle nous suggère, c’est que les individus n’agissent pas toujours selon le modèle du choix rationnel. »
    Oui, donc il n’est pas légitime de faire l’hypothèse qu’ils le font ou le feront un jour.

    Je ne vois pas de conflit entre ce que vous dites et ce que je dis.

  28. Episteme

    « Je ne comprends pas en quoi votre phrase est une critique de ce que j’ai dit »

    Eh bien supposer que la terre est plate de manière a priori, est-ce que ce n’est pas faire une hypothèse qui ne se restreint pas à un domaine de la réalité où l’on sait que notre proposition sera vraie?

    « Tout à fait d’accord(…) »

    Vous dites que l’irréalisme de la théorie du choix rationnel est évident pour tout le monde a priori.

    Mais vous êtes d’accord avec moi pour dire que le degré de rationalité des individus en général ne fait pas partie des postulats qu’on peut établir a priori.

    Vous ne voyez pas de contradiction?

    « Oui, donc il n’est pas légitime de faire l’hypothèse qu’ils le font et le feront un jour »

    Il vous en faut peu pour sauter aux conclusions…
    Personellement je ne vois pas ce en quoi il serait plus valide épistémologiquement d’admettre l’hypothèse qu’ils ne le font pas. Pour écourter la discussion, supposons qu’on représente notre théorie par une fonction f(t)= (vrai, faux) avec t=0  »la naissance d’une personne quelquonce ». J’interprète ma proposition selon laquelle  »notre expérience personelle suggère que les gens n’agissent pas toujours selon le modèle du choix rationnel » comme suit: tout ce qu’on peut savoir, c’est qu’il existe au moins un t élément des réels positifs tel que f(t)= faux. Mais nous admettons aussi que les valeurs de t telles que f(t)= faux nous sont inconnus(le degré de rationalité des individus est a priori). Alors rien ne nous interdit A PRIORI de supposer que f(x)= vrai par exemple pour un interval a<x<b, et d'en tirer des propositions que nous pouvons tester ce qui reviendrait à tenter de savoir si f(x)= faux admet des solutions dans l'interval considéré.

  29. Episteme

    Petite correction: « le degré de rationalité des individus est a priori inconnaissable »

  30. elvin

    @Episteme
    J’avoue avoir beaucoup de mal à vous suivre, et peut-être que les lecteurs de ce blog ont autant de mal à NOUS suivre.

    « supposer que la terre est plate de manière a priori, est-ce que ce n’est pas faire une hypothèse qui ne se restreint pas à un domaine de la réalité où l’on sait que notre proposition sera vraie? »
    oui, et alors ? si on était sûr que c’est vrai, même dans un domaine limité, ça ne serait pas une hypothèse mais une certitude.

    « Vous ne voyez pas de contradiction? »
    Non. Je dis simplement qu’on ne peut pas postuler qu’ils sont rationnels alors qu’on observe qu’ils ne le sont pas. Je ne vois nulle contradiction là-dedans.

    « Pour écourter la discussion… » (!!! ???)
    Bien sûr, si on peut identifier des individus qui se comportent selon la théorie du choix rationnel (ou toute autre forme de rationalité), cette théorie rendra correctement compte d’une économie REDUITE A CES INDIVIDUS. Mais pour qu’un modèle de comportement individuel puisse servir de base à une théorie économique, qui par définition concerne les interactions entre nombreux individus, il faut que TOUS les individus de la population concernée se comportent selon ce modèle. Cette dernière hypothèse n’est clairement pas vérifiée dans la réalité.

  31. Episteme

    Vous confondez les modèles et ce que les économistes en tirent comme propositions. La théorie du choix rationnel suppose que les individus qui interagissent sont  »rationnels »(au sens de la théorie), mais les applications se font toujours sur un domaine restreint de la réalité sur lequel nous n’avons aucun moyen de connaitre le degré de rationalité des individus concernés.

    Vous admettez avec moi que tout ce qu’on peut savoir, c’est qu’ils ne le sont pas À CHAQUE INSTANT. En revanche, en vertu de ce qu’on ne connait pas le degré de rationalité des individus en général, on ne sait pas QUAND et OÙ ils ne sont pas  »rationnels ». Ce n’est donc pas une vérité évidente pour tout le monde que telle ou telle application de la théorie du choix rationnel n’est pas valide pour une période de temps donnée ou une situation géographique précise.

    Bref je ne vois pas en quoi les observations du sens commun nous fournissent le nécessaire pour accuser les économistes d’avoir dilapidé leur temps avec la théorie du choix rationnel.

    « oui et alors? »

    Bien alors il s’agit pas d’une abstraction précisive.

  32. elvin

    @Episteme

    « Vous confondez les modèles et ce que les économistes en tirent comme propositions.  »

    Eh bien non, justement. Mais à propos de chaque modèle, je me demande ce que ce modèle nous apprend sur la réalité. C’est bien ça le but de toute science, non ? (« savoir pour prévoir afin de pouvoir » comme disait Auguste Comte – qui n’est pas par ailleurs ma tasse de thé).

    Et là, il est essentiel de connaître le domaine de validité des hypothèses. Par exemple, celui de la TCR est « les phénomènes économiques au sein d’une population dont TOUS les membres se comportent conformément aux hypothèses de la TCR, relativement à ces phénomènes, pendant toute la durée des phénomènes étudiés ». A mon sens, c’est ça le « domaine restreint » dont vous parlez.

    Vous dites : « En vertu de ce qu’on ne connait pas le degré de rationalité des individus en général, on ne sait pas QUAND et OÙ ils ne sont pas »rationnels ». Ce n’est donc pas une vérité évidente pour tout le monde que telle ou telle application de la théorie du choix rationnel n’est pas valide pour une période de temps donnée ou une situation géographique précise. »
    Je suis bien d’accord là-dessus, et j’en conclus que la prudence scientifique conduit à penser que (pour vous paraphraser) les applications de la théorie du choix rationnel ne sont JAMAIS valides sauf peut-être et exceptionnellement pour une période de temps donnée ou une situation géographique précise qu’il convient de caractériser de façon exacte.

    Maintenant, savoir si les économistes ont ou non dilapidé leur temps pour en arriver là, je vous laisse vous faire votre propre opinion.

  33. Episteme

    Dire qu’un modèle nous apprend quelque chose sur la réalité n’a pas de sens. Ce sont les applications d’un modèle qui comptent. Bien sûr qu’il faut connaitre les hypothèses sous lesquelles il est permis de tirer telle ou telle conclusion du modèle. Mais dans le cas de la TCR, mon point est qu’il n’est pas possible a priori de connaitre le  »domaine de vérité » des applications qu’on peut en tirer, i.e. il n’est jamais possible de savoir a priori quand et où les hypothèses sous lesquelles une application qu’on tire de la TCR sont vérifiées, même si par ailleurs nous savons que parfois elles ne le sont pas.

    Mais enfin, j’ai l’impression que votre attitude consiste à dire que s’il existe des situations où une hypothèse n’est pas vérifiée, alors il est  »prudent » de supposer qu’elle n’est jamais vérifiée. Personellement, je ne vois pas où est la  »prudence scientifique » là-dedans.

  34. elvin

    « Dire qu’un modèle nous apprend quelque chose sur la réalité n’a pas de sens. Ce sont les applications d’un modèle qui comptent. »
    Là, honnêtement, je crois qu’on pinaille. Pour moi, c’est la même chose. Tant qu’on ne cherche pas à appliquer un modèle, ça reste un divertissement intellectuel sans importance (et pour moi sans intérêt).

    « Personellement, je ne vois pas où est la »prudence scientifique » là-dedans. »
    On peut présenter ça comme une question de charge de la preuve : dans un cas, on suppose a priori que le modèle correspond à la réalité (c’est ça qui est imprudent), sauf à démontrer que non dans certaines situations exceptionnelles. Dans l’autre (ma position) on demande à ceux qui croient que le modèle s’applique dans certaines situations de le prouver en montrant que les hypothèses du modèle sont bien satisfaites dans ces situations.

  35. Episteme

     »on suppose a priori que le modèle correspond à la réalité »

    C’est justement ce qu’on ne fait pas. On suppose que le modèle correspond à la situation particulière qu’on étudie.

    Et puis la question de la charge de preuve, c’est bon à intéresser les juristes, pas les scientifiques.

     »Pour moi c’est la même chose »

    D’ac, on pinaille effectivement. Mais vous comprennez alors que ce n’est pas parce qu’on utilise un modèle dans lequel les agents en interraction sont  »rationnels » qu’on suppose que les individus sont  »rationnels » partout et tout le temps.

  36. elvin

    « On suppose que le modèle correspond à la situation particulière qu’on étudie. »
    oui. Pour moi, c’est (presque) la même chose.

    « Et puis la question de la charge de preuve, c’est bon à intéresser les juristes, pas les scientifiques. »
    alors oubliez l’analogie, mais je maintiens le reste du paragraphe.

    « ce n’est pas parce qu’on utilise un modèle dans lequel les agents en interraction sont »rationnels » qu’on suppose que les individus sont »rationnels » partout et tout le temps. »
    ça n’est pas non plus ce que je dis – je dis que les conclusions de l’étude d’un modèle dans lequel les agents en interaction sont « rationnels » ne sont valides que si les individus réels sont effectivement rationnels DANS LE CAS CONSIDERE (ce qui me paraît aller de soi)
    mais j’ajoute qu’il n’existe probablement qu’infiniment peu de cas qui satisfont cette condition si la rationalité est définie comme dans la TCR. Comme ça, je n’en vois aucun.

  37. Episteme

    Pourquoi est-ce  »la même chose » que de supposer qu’un modèle correspond à une situation particulière et de supposer qu’elle correspond à la réalité(au total)

    Pour le reste, il semble que nous disions au fond la même chose(si on raisonne selon les termes d’ catégorisation binaire  »réalisme » et  »irréalisme »), et j’ajoute que, comme il n’y a aucun moyen de savoir A PRIORI si DANS LE CAS CONSIDÉRÉ les individus agissent de façon rationelle, les économistes n’auront pas perdu leur temps à appliquer la TCR audit cas. Il n’y a rien qui justifie de manière a priori votre raisonnement selon lequel il n’existe  »probablement » que très peu de cas où l’hypothèse de rationalité est vérifiée. C’est surtout une affaire d’intuition.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s