L’effet Samuelson

Comme tous les ans à la même époque, l’American Economic Association organise son grand colloque qui cette année se déroule à Atlanta. Beaucoup de choses intéressantes évidemment (voir le programme) et notamment ce papier de David Colander et Casey Rothschild. Le papier raconte comment les travaux de Paul Samuelson dans les années 40 ont considérablement modifié la manière d’appréhender et d’enseigner l’économie comme discipline. Les héritiers de Samuelson auraient par la suite propagés une vision de la science économique centrée sur le concept d’équilibre stable et auto-correcteur unique aux antipodes de la vision marshalienne (dont Samuelson était lui-même l’héritier) certes fondée sur l’usage des mathématiques, mais soulignant l’importance de la dynamique non linéaire dans le fonctionnement du système économique.

Colander et Rotschild montre comment cette vision « post-samuelsonnienne », après avoir fortement marquée la recherche en économie, s’est diffusée dans le discours pédagogique et de vulgarisation, que ce soit des manuels, de la presse ou des livres d’économie « grand public ». Si l’économie académique a commencé à abandonner cette vision dans les années 70 et 80, les auteurs estiment que l’enseignement de l’économie est encore trop centré sur l’idée d’équilibre auto-correcteur unique, ignorant largement les apports de la théorie des jeux et de l’économie de la complexité. Cet enseignement conduirait à une appréhension erronée du fonctionnement du système économique dont la caractéristique première serait vue comme étant la stabilité et la prévisibilité. Les auteurs proposent différentes pistes pour changer cet état de fait, comme par exemple initier plus tôt les étudiants à la théorie des jeux où à l’utilisation de l’agent-based modeling.

Je suis largement en accord avec le propos des auteurs. Bien que ne faisant pas de cours/TD de microéconomie proprement dit, je fais depuis 5 ans des TD d’introduction à l’analyse économique dans lesquels j’aborde de manière assez approfondie la théorie du consommateur et la théorie du producteur. Je m’arrange toujours pour évoquer aux étudiants la microéconomie plus moderne. Cette année, je leur ai par exemple présenté le modèle de ségrégation de Shelling et rapidement parlé de la théorie des jeux. Il me semble que ce sont des choses qui parlent beaucoup plus aux étudiants. Au risque de radoter, le manuel de microéconomie de Bowles (qui est d’ailleurs mentionné par Colander et Rotschild) me semble parfaitement correspondre à cette idée d’enseigner aux étudiants une microéconomie plus en phase avec ce qui se fait aujourd’hui au niveau de la recherche. Il reste malgré tout un problème d’arbitrage : enseigner de la microéconomie « évolutionnaire » et initier les étudiants aux résultats de l’économie comportementale/expérimentale est très intéressant et peut permettre de transformer la vision « populaire » du fonctionnement de l’économie. Mais les cours de microéconomie classique introduisent aussi à des concepts essentiels : coût d’opportunité, biens publics, externalités, etc. Si l’enseignement de la (micro)économie (je n’ai pas parlé de la macroéconomie, mais Colander et Rotschild en parlent également) doit être repensé, définir son contenu n’est pas si simple que ça.

1 commentaire

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Une réponse à “L’effet Samuelson

  1. citoyen

    Le livre de Bowles est sensationnel; mais je pense qu’il faut avoir compris « Intermediate microeconomics » de Varian avant. Autrement, on peut avoir le syndrome de « tout viens de changer »

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