Note de lecture : « Natural Justice » de Ken Binmore (1/2)

C.H.

Natural Justice by Ken Binmore

Comme promis il y a quelques jours, voici une note de lecture sur l’ouvrage de Ken Binmore, Natural Justice, paru en 2005. J’indique tout de suite qu’il s’agira d’une note de lecture un peu spéciale, dans le sens où je ne vais pas tant m’attacher à décrire précisément l’argument de Binmore que proposer une réflexion sur deux questions qui m’intéressent particulièrement et qui sont liées : la modélisation de l’évolution socioéconomique et l’émergence et le développement de la coopération. Ces deux questions sont évidemment centrales dans la réflexion de Binmore.

Add : étant donnée la longueur de la partie résumé, la partie critique sera développée dans un second billet qui suivra d’ici la fin du week-end. 

Un bref résumé de l’ouvrage

Avant de commencer, il convient de préciser que cet ouvrage de 200 pages est écrit par un auteur qui est reconnu comme l’un des principaux spécialistes de théorie des jeux. Mathématicien de formation, Ken Binmore est notamment reconnu pour ses travaux autour des jeux répétés et des raffinements du concept d’équilibre de Nash ainsi que pour sa contribution (particulière comme on va le voir) à l’économie comportementale et expérimentale. Sur un plan moins académique, Binmore est aussi connu pour avoir été l’un des principaux économistes architectes du dispositif de mise aux enchères des licences de téléphonie mobile au Royaume-Uni il y a quelques années. Sans en être à proprement parler un théoricien, Binmore est donc également un connaisseur et un praticien du mechanism design. Il faut enfin noter que cet ouvrage est une version abrégée et considérablement simplifiée (absence de formalisation notamment, les raisonnements étant essentiellement graphiques) de deux volumes parus dans les années 1990 et qui, à eux deux, totalisent pas moins de 998 pages.

Par rapport à ces deux prédécesseur, Natural Justice a l’avantage d’être (un peu) mieux structuré. Ce n’est pas un luxe tant les deux volumes des années 90 étaient parsemés de multiples répétitions, retours en arrière et apartés. L’absence de formalisation est également susceptible de rendre le raisonnement accessible à une plus large audience. Je dois avoué m’être arraché les cheveux sur le second volume de Game Theory and the Social Contract (je n’ai fait que parcourir le premier), au point de plus ou moins abandonner sur la fin l’idée de comprendre dans le détail les maths… Cela dit, en dépit de l’absence de toute ligne d’équation, ceux qui ne sont pas un minimum familiers avec les jeux répétés et les modèles de Nash bargaining auront bien du mal à tout suivre. Enfin, malgré une lecture attentive et un recours à la littérature secondaire (voir plus bas), je ne suis pas sûr d’avoir saisi toutes les subtilités de l’argument de Binmore. Ce qui suit est donc une tentative incertaine de reconstitution de son propos.

L’objectif de Binmore est ambitieux puisqu’il s’agit ni plus ni moins de proposer une nouvelle théorie du contrat social partant et dépassant les thèses de John Harsanyi et de John Rawls. On comprend très vite quels sont les préférences et les objectifs de l’auteur. Binmore n’aime clairement pas Kant dont il trouve la philosophie obscure et creuse, il ne mâche pas ses mots envers ceux qui cherchent à montrer que la coopération est rationnelle dans le dilemme du prisonnier (en invoquant par exemple l’impératif catégorique) et n’est manifestement pas convaincu par les résultats de l’économie comportementale bien qu’il ait lui-même mené un grand nombre d’expériences contrôlées en laboratoire. En revanche, Binmore semble beaucoup plus apprécier la philosophie analytique anglo-saxonne et plus particulièrement l’œuvre de David Hume. Justement, l’objectif de Binmore est de construire ce qu’il appelle une théorie « naturaliste » de la justice reposant sur les intuitions humiennes. Résumée de la manière la plus concise possible, la thèse de l’auteur est la suivante : les critères de justice sous-tendant tout contrat social et permettant la cohésion sociale ne sont à chercher dans aucun méta-principe éthique pouvant être déduit de manière rationnelle. La justice et la morale humaine sont un ensemble de conventions ayant émergé au terme d’un processus évolutionnaire (biologique et social) et sont spécifiques à chaque société et à chaque période. En d’autres termes, dans une perspective naturaliste, un état est considéré comme juste non pas parce qu’il s’accorde à certains principes rationnalisés mais parce que les individus composant une société donnée considèrent cet état comme « juste ». La justice est donc une convention.

Binmore tire cette conception relativiste de la justice de la pensée whig. Cette position conduit l’auteur à s’opposer tant aux conservateurs-libéraux (Binmore n’aime pas non plus Margaret Thatcher) qu’aux utopistes-radicaux-de-gauche. De manière générale, Binmore reproche à ces deux pensées d’être fondées sur une conception du contrat social ne tenant que par la grâce d’un « philosophe roi » (king philosopher). Autrement dit, tant la conception conservatrice que la conception utopiste du contrat social repose sur l’idée que ce grand arrangement peut être maintenu par la grâce du politique, quelque soit la personnification de ce dernier. Pour Binmore, il s’agit là d’une erreur fondamentale : si l’on veut comprendre la nature du contrat social et les conventions qui se cachent derrière, il faut prendre acte du fait qu’un contrat social est un équilibre au sens de la théorie des jeux et que, à ce titre, il doit pouvoir « tenir » tout seul. Pour comprendre ce point, il est nécessaire ici de s’intéresser aux outils théoriques que Binmore mobilise pour défendre son argument.

Pour l’auteur, la morale humaine qui est formalisée au travers d’un contrat social est le fruit d’une double évolution biologique et sociale. Sur ce point, Binmore a manifestement beaucoup lu et aimé de Richard Dawkins, tant pour la thèse du « gène égoïste » que pour le concept de « mème ». L’idée de fond est assez simple : comme un contrat social doit pouvoir se maintenir de lui-même, il doit être un équilibre au sens de la théorie des jeux (i.e. personne n’a intérêt à déroger unilatéralement aux règles du contrat qui sont observées par les autres membres de la société). L’évolution biologique de l’espèce humaine a contribué à définir les règles de ce jeu que Binmore nomme « jeu de la vie » (game of life). L’auteur formalise ce dernier comme un jeu de marchandage (bargaining) entre deux joueurs (« Adam » et « Eve ») où il s’agit pour les protagonistes de s’accorder sur un certain partage des ressources. Typiquement, un tel jeu de marchandage peut déboucher sur différentes solutions (solution utilitariste, solution égalitariste, etc.) mais Binmore propose plusieurs arguments pour défendre la solution proposée par Nash qui est celle qui maximise le produit des gains des deux joueurs. Selon l’auteur, tout contrat social doit satisfaire à trois exigences allant par ordre décroissant de priorité : la stabilité, l’efficience, l’équité. La stabilité est un critère qui renvoi à l’idée du contrat social comme équilibre : aucun joueur ne doit avoir intérêt à ne pas respecter les règles compte tenu de leur respect par les autres. Le critère de l’efficience est caractérisé par Binmore comme une nécessité au travers d’un argument reposant sur la sélection par le groupe : les sociétés s’appuyant sur un contrat social inefficient vont tendre à être dépassées en nombre et en taille par les sociétés au contrat social plus efficace. L’exigence d’équité serait quant à elle une spécificité humaine produit à la fois de l’évolution génétique et de l’évolution culturelle. D’après l’auteur, nous accordons de l’importance à l’équité parce que l’équité est la solution de l’évolution pour le problème de la sélection des équilibres dans le jeu de la vie ancestral.

En effet, à ce stade se pose le problème de la coopération. Comme l’atteste les attaques répétées de Binmore à l’égard de l’économie comportementale et de sa propension à construire des fonctions d’utilité ad hoc pour expliquer tous les comportements observés, l’auteur ne croit pas du tout à une propension naturelle des individus à coopérer. Pour Binmore, chaque individu cherche exclusivement à maximiser son utilité et, au moins dans le cadre de négociations de grande importance comme celle d’un contrat social, se comporte de manière rationnelle (rationalité elle-même produit de l’évolution biologique). Comment expliquer alors malgré tout que les individus parviennent à s’accorder sur un partage initial et à maintenir un contrat social ? C’est ici qu’intervient le folk theorem sur lequel l’auteur a été l’un des principaux contributeurs et qui nous dit que, dans le cadre d’un jeu répété un nombre indéfini de fois et à condition que les joueurs soient suffisament patients, il existe une infinité d’équilibres satisfaisant au critère du minimax. Par exemple, lorsqu’un dilemme du prisonnier est répété un nombre indéfini de fois, il peut être rationnel pour les joueurs de coopérer de manière conditionnelle. Un exemple célèbre est la stratégie donnant-donnant (tit-for-tat) popularisée par Axelrod, bien que Binmore se plaise à rappeler qu’il ne s’agit pas, loin de là, de la seule stratégie pouvant mener à la coopération. On voit à cet endroit surgir une difficulté que Binmore reconnait à demi-mot, à savoir que les résultats du folk theorem sont très difficiles à généraliser avec des hypothèses raisonnables dès lors que plus de deux joueurs sont présents. Toujours est-il que le recours au folk theorem conduit immédiatement à une situation où une multitude d’équilibres peuvent servir de socle au contrat social. Comment va dès lors s’opérer le choix de l’équilibre ?

C’est ici qu’interviens le sens de l’équité dont serait doté l’espèce humaine. Selon Binmore, parce que l’exigence de justice se retrouve dans toutes les sociétés humaines, celle-ci doit nécessairement avoir une origine biologique. Notamment, les être humains auraient hérité d’une capacité à faire des comparaisons interpersonnelles d’utilité par le biais de ce que Binmore (reprenant ici une thèse d’Harsanyi) nomme des « préférences empathiques ». Il s’agit de préférences sur des ensembles (; x) où i serait une personne et x une situation. Ainsi, écrire (i ; x) > (j ; y) revient à dire « je préfère être l’individu i dans la situation x que l’individu j dans la situation y ». Les préférences empathiques permettent aux individus de comparer les différentes positions qu’ils pourraient hypothétiquement occuper à l’issue d’une négociation dans le cadre de la position originelle sous un voile d’ignorance que l’on retrouve tant chez Harsanyi que chez Rawls. Ces préférences empathiques sont essentielles car elles permettent aux individus de sélectionner un équilibre parmi la multitude existante. Cette sélection s’opère dans ce que Binmore appelle le « jeu de la morale » (game of moral) qui décrit une négociation hypothétique sous voile d’ignorance où les joueurs s’accordent sur un contrat social en se mettant tour à tour dans la peau de toutes les personnes et de toutes les situations possibles via leurs préférences empathiques. La spécificité de ce jeu de la morale est que, selon Binmore, un joueur insatisfait de sa position peut à tout moment provoquer une nouvelle négociation sous voile d’ignorance. La situation ne se stabilise donc qu’à partir du moment où chaque joueur par le biais de ses préférences empathiques anticipe une satisfaction unanime. Il faut rappeler ici que les préférences empathiques permettent de faire des comparaisons interpersonnelles d’utilité (lesquelles ne sont pas requise dans un cadre classique de théorie des jeux) qui sont réalisées à partir de certains standards de justice (des « indices sociaux »). Pour Binmore, si la capacité de faire des comparaisons interpersonnelles est biologiquement héritée, le niveau des standards est quant à lui lié à l’évolution culturelle et est spécifique à chaque société.

Bien que la thèse de Binmore l’amène a très largement critiquer Rawls (et notamment le rejet par ce dernier de la théorie standard de la décision), au final il se retrouve à défendre la même position égalitariste que ce dernier. En effet, pour Binmore notre constitution biologique est héritée de nos ancêtres qui vivaient dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. A de très larges égards, le « jeu de la vie » que nous jouons aujourd’hui est le même que celui de ces sociétés et l’éthique humaine trouverait son origine dans le problème du partage de la nourriture au sein de ces sociétés. Or, s’appuyant sur une littérature anthropologique, Binmore nous rappelle que ces sociétés étaient largement égalitaristes et, surtout, dépourvues de tout chef. Dans les dernières pages de son ouvrage (p. 185), Binmore écrit ces quelques lignes qui résument très bien sa position :       

« Our species evolved to operate in foraging societies that were simultaneously free and fair. We were forced to adopt other social contracts by the need to become more productive, but we are now moving into a postindustrial era that will perhaps allow us to return to a type of social contract more suited to our genetic inheritance ».

Dans une seconde partie, je procéderai à un examen critique de la perspective méthodologique et théorique mobilisée par Binmore pour défendre sa thèse.

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6 Commentaires

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6 réponses à “Note de lecture : « Natural Justice » de Ken Binmore (1/2)

  1. Gu Si Fang

    Merci pour cette note de lecture très intéressante.

    Je me demande si Binmore tente de concilier naturalisme et relativisme – deux points de vue a priori inconciliables. De son point de vue relativiste, il n’existe pas de critère éthique rationnel objectif. Mais de son point de vue naturaliste, le contrat social doit obéir à certains critères rationnels objectifs : stable, efficient, équitable. Contradiction?

    Pas forcément. Il semble dire que ses trois critères naturalistes sont incontournables : n’est-ce pas la un « méta-principe éthique pouvant être déduit de manière rationnelle », contrairement à la thèse de Binmore? Mais comme ils ne suffisent pas pour définir un équilibre unique, il reste de nombreuses possibilités de systèmes de normes différents d’une culture à une autre. D’où un certain relativisme culturel aussi.

    On attend le deuxième billet!

  2. elvin

    Tout d’abord, merci à C.H. de cette analyse.

    Je répète ce que j’ai dit ailleurs, car le vocabulaire utilisé peut conduire à une mauvaise interprétation, notamment les expressions « contrat social », « rationnel » et « convention ».

    Dans la réalité, à aucun moment des êtres humains jusque-là asociaux ne se sont réunis pour « convenir » « rationnellement » d’un quelconque « contrat social ». Poser le problème en ces termes (ce que je pense ne fait pas Binmore, mais qu’on fait et que font encore bien d’autres) est une erreur fondamentale.

    L’évolution dont il est question s’est déroulée sur des millions d’années ou plus, et était très largement avancée quand l’espèce homo sapiens est apparue il y 250 000 ans.

    Pour se représenter ce qui a évolué, il ne faut pas imaginer des êtres humains comme vous et moi, mais des animaux assez primitifs et depuis longtemps disparus dont nous sommes les lointains descendants. La notion de « contrat social » dont il est question ici vaut aussi pour les fourmis, les loups et les babouins.

    Je ne sais pas si ces considérations sont toujours clairement présentes dans le livre de Binmore, mais si les garde ça à l’esprit en le lisant, ça doit pas mal relativiser certaines de ses thèses et aussi son mode de raisonnement, mais aussi en confirmer d’autres comme le caractère « naturel » de la morale.

    Néanmoins, ce qui concerne la relativement minuscule partie de l’évolution qui va des chasseurs-cueilleurs à nos jours est intéressante. Ca montre que l' »état de nature » de l’humanité primitive, qui résultait d’une très longue évolution, n’était ni un paradis à la Rousseau, ni un enfer à la Hobbes.

    A part ça, sur un point particulier : les « préférences empathiques » et les comparaisons interpersonnelles d’utilité qui en découlent restent des jugements personnels subjectifs. Toutes « empathiques » qu’elles soient, les préférences de i sont a priori différentes des préférences de j, et rien ne permet de dire qu’elles permettront aux individus de s’entendre sur une situation désirée par tous.

    J’attends avec intérêt la suite.

  3. Gu Si Fang

    @ Elvin

    Sur la notion de « contrat social » je pense que tout le monde est d’accord sur le sens qu’il faut lui donner ici. Tel qu’il est présenté, c’est une « institution émergente » et non un contrat à proprement parler. C’est peut-être la stabilité (i.e. incentive compatibility) qui fait que l’on peut parler de contrat : si une norme est connue de tous, et que chacun a intérêt à y adhérer, alors tout le monde respecte volontairement cette norme « comme si » il y avait contrat. L’analogie s’arrête là.

    @ C.H.

    Je ne suis pas sûr de comprendre « Binmore nous rappelle que ces sociétés étaient largement égalitaristes et, surtout, dépourvues de tout chef. » (free and fair)

    En jetant un oeil à son livre, je me demande ce qu’il entend par « fair » (égalitariste). S’agit-il d’égalité en droit ou d’égalité en termes d’allocation de ressources? Dans son chapitre « Golden Rule » (qu’on a coutume d’appeler l’impératif kantien : il ne doit vraiment pas aimer Kant!) il reprend à son compte l’idée que toute règle normative doit être universalisable. C’est-à-dire qu’elle doit respecter le principe « ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’il te fasse. » A priori, cela correspond plutôt à la version « égalité en droit. »

  4. citoyen

    « Comme l’atteste les attaques répétées de Binmore à l’égard de l’économie comportementale et de sa propension à construire des fonctions d’utilité ad hoc pour expliquer tous les comportements observés, l’auteur ne croit pas du tout à une propension naturelle des individus à coopérer. »

    Je n’ai jamais compris exactement en quoi Binmore de sépare de l’économie comportementale. Après tout, ce que lui postule c’est que les préférences des individus ont évolué pour devenir « altruistes » par le biais des préférences empathiques, etc,… ça revient a peu près au même. ça vous dérange de me clarifier ce point? 😀

  5. elvin

    Je suis de l’avis de citoyen : ça revient au même. Si des tendances altruistes ont internalisées dans les motivations des individus par l’évolution, l’opposition égoïste-altruiste n’a plus grand sens.
    Deuxièmement, « naturel », ça veut dire exactement quoi et quand ? Puisque ça a évolué, ce qui n’était pas « naturel » pour nos ancêtres il y a 200000 ans peut l’être devenu depuis. Donc si, je crois que pour les individus que nous sommes devenus, il y a bien une propension « naturelle » à coopérer.

  6. C.H.

    @elvin et citoyen :
    La deuxième partie du billet devrait répondre à votre question.

    @GSF :
    Si je comprend bien Binmore, l’égalitarisme qu’il défend est en droit mais également de condition, comme l’atteste ça référence aux sociétés de chasseurs-cueilleurs. Clairement, il pense que l’évolution génétique et culturelle jusqu’à ces sociétés nous a plus ou moins programmé pour procéder à un partage égal des ressources. C’est loin d’être le point le plus convaincant de son argumentation.

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