Confiance et développement économique

C.H.

Intéressant podcast de l’économiste Partha Dasgupta sur le rôle de la confiance dans le processus du développement économique. Dasgupta indique que derrière les institutions propices au développement économique doit résider un certain degré de confiance entre les membres d’une communauté sociale. Cette confiance peut avoir différentes origines : dans le cadre familiale, elle réside dans le fait que chacun est concerné par le bien être d’autrui ; dans les relations personnelles de proximité, c’est la réputation qui permet le maintien de la confiance ; dans le cadre des relations impersonnelles, c’est essentiellement la règle de droit (le fait que l’on sait que si quelqu’un ne respecte pas ses engagements, une tierce partie interviendra pour le sanctionner).

Dans ce dernier cas, la place de la confiance me semble être différente. Dans les relations domestiques et personnelles, ont fait confiance à l’autre soient parce que l’on sait qu’il a certains égards envers nous, soit parce qu’il n’est pas dans son intérêt de nous trahir. Dans les relations sociales du troisième type, fondamentalement on ne fait pas confiance au partenaire mais plutôt à l’entité qui dispose du pouvoir de coercition, l’Etat. Il reste que dans les trois cas, la confiance peut s’interpréter comme une forme de croyance que l’expérience va valider ou réfuter. Comme le souligne Dasgupta à la fin de son intervention, un équilibre de confiance peut être difficile à faire émerger notamment dans le cadre de relations impersonnelles : si les expériences passées ont montré que l’Etat n’était pas digne de confiance, il est alors extrêmement difficile et long de renverser les croyances que se sont formées les individus. Les institutions organisant les échanges économiques  seront telles qu’elles favoriseront le développement d’échanges personnels (où la confiance dans l’Etat n’est pas nécessaire) au détriment de l’extension des marchés. Il s’agit de ces situations à équilibres multiples avec un équilibre pareto-optimal où les individus ont confiance dans les pouvoirs publics qui en retour, ont un intérêt à entretenir cette confiance, et un équilibre sous-optimal où la défiance à l’égard de l’Etat s’auto-entretient et empêche le développement de certaines institutions. Quand on est enfermé dans ce type d’équilibre, il est extrêmement dur d’en sortir.

A noter que si l’on en croit Yann Algan et Pierre Cahuc, ce problème ne concerne pas que les pays en voie de développement. Là où cela devient intéressant (mais aussi contestable), c’est lorsque l’on relie le manque de confiance à certaines traditions culturelles, comme le laisse entendre Olivier Blanchard dans cette note de lecture du livre d’Algan et Cahuc. Cette thèse sur le rôle des croyances culturelles dans le développement économique est également centrale dans le travail d’Avner Greif (voir cet article notamment). C’est en tout cas un sujet d’étude important pour l’histoire économique et l’économie institutionnelle.

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