Islam et Libéralisme

Isaac

Via le site de L’institut Turgot, un dialogue me laisse songeur. Je me concentre ici surtout la démarche de François Facchini, qui se propose de revenir sur les liens entre Islam et Libéralisme. J’en retiendrai plusieurs choses :

On semble à première vue proche d’une analyse à la Max Weber, relative à l’étique protestante et l’esprit du capitalisme, ou encore à la Avner Greif et son étude comparative de divers systèmes d’organisations de la vie marchande entre différentes cultures et modes d’organisation sociale. Seulement plusieurs différences sont à noter. Par exemple, si l’approche peut sembler se rapprocher d’un raisonnement institutionnaliste on remarque quelques affirmations que je trouve plutôt paradoxales : « L’histoire des modèles économiques des empires musulmans conduit donc à soutenir que l’islam n’a pas prédisposé les musulmans à découvrir le libéralisme économique à l’institutionnaliser. » Il y a ici une tension entre une vision très naturaliste du libéralisme et un désir de souligner son caractère construit, mais finalement très transcendant.

Là où le texte est intéressant c’est qu’il montre bien la difficulté résidant dans la construction d’idéaltypes au sein d’un raisonnement scientifique. Cela ressort particulièrement en ce que l’auteur ne semble faire aucune distinction entre l’idéaltype qu’il construit (l’islam) et la réalité des faits qu’il désir expliquer et comprendre. Au final, cela donne une impression de manque d’assise théorique, ce qui renforce l’impression que les affirmations sont souvent gratuites au regard de l’objectif de départ. Notamment, l’auteur ne nous explique pas pourquoi les individus sont amenés à suivre les règles. D’accord, l’Islam peut être considéré comme un ensemble de règles et de croyances,  or, pour expliquer pourquoi ces règles et croyances influencent la trajectoire des institutions économiques, il faut comprendre pourquoi les individus continuent à respecter ces règles, c’est-à-dire dans quelle mesure ces règles s’ « auto-renforcent ».

4 Commentaires

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4 réponses à “Islam et Libéralisme

  1. elvin

    Curieuse critique. Facchini et Montenay insistent sur la très grande diversité des positions et des pratiques que recouvre le terme « islam » et ne cherchent justement pas à en construire un idéal-type. Non seulement c’est difficile, comme le dit Isaac, mais ce serait une erreur de raisonnement que FF et YM ne commettent pas.

    Quant à « on remarque quelques affirmations que je trouve plutôt paradoxales : « L’histoire des modèles économiques des empires musulmans conduit donc à soutenir que l’islam n’a pas prédisposé les musulmans à découvrir le libéralisme économique à l’institutionnaliser. » Il y a ici une tension entre une vision très naturaliste du libéralisme et un désir de souligner son caractère construit, mais finalement très transcendant. »
    désolé, j’ai beau retourner ça dans tous les sens, je n’arrive pas à comprendre.

  2. isaac37500

    Je trouve cette idée de « découverte » du libéralisme très naturaliste, comme si le libéralisme était une chose que l’on découvrirait on non que l’on construirait.

  3. elvin

    Si c’est ça, alors je ne vois pas vraiment où est le problème : comme toutes les doctrines philosophiques, le libéralisme est construit par quelques grands penseurs de référence, et doit être découvert par tous les autres êtres humains. Et à la réflexion, il est bien difficile de dire si l’axiome fondamental du libéralisme « tous les hommes naissent libres et égaux en droit » est une pétition de principe, donc un construit, ou un constat que l’on découvre.

    En tous cas, la plupart des critiques du libéralisme ne l’ont pas encore découvert ;->

  4. amigues

    Une référence récente pour ceux qui s’intéressent à l’histoire économique de l’islam : The Economic Origins of Islam: Theory and Evidence, Stelios Michalopoulos, Alireza Naghavi, Giovanni Prarolo,
    July, 2009
    J’ai le papier d’un séminaire mais on doit pouvoir y accéder par le site de WP de la FEEM.

    Les auteurs soutiennent la thèse d’un développement en deux temps : initialement à l’âge pré-islamique, de fortes inégalités de développement internes à l’Arabie favorisent les actions de prédation entre tribus qui « égalisent » ainsi les avantages comparatifs des uns et des autres (avec spécialisation des + pauvres dans la razzia).

    L’islam se met en place au sein du groupe des grands marchands (le Prophète en est issu), groupe favorisé par le détournement des routes commerciales vers le sud et La Mecque lors du conflit partho-byzantin. Avec l’émergence du califat, le commerce remplace la rapine mais le problème de redistribution demeure. En instutionnalisant la charité et en favorisant fiscalement la propriété familiale au détriment de la commandite et des joint ventures, l’Islam retarde le développement de l’entreprise capitaliste interfamiliale et détourne le capital vers les bonnes oeuvres (mosquées, madrasas, concessions de terres au plus pauvres), l’accumulation de capital public se substituant au capital privé.

    Ce serait donc le souci d’éviter de trop grandes inégalités sociales dans la communauté musulmane qui expliquerait le sous-développement de l’économie privée et le retard pris par les pays islamiques sur l’Europe à partir de la fin du Moyen Age. Intéressant et discutable bien sûr, mais le papier est bien construit et argumenté par de nombreux éléments empiriques.

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