Economie bisounours et responsabilité sociale de l’entreprise

C.H.

En travaillant ce matin sur une fiche de TD de management portant sur l’idée de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE), je n’ai pu m’empêcher de penser à l’expression « d’économie bisounours », lancée par Denis Colombi et reprise et systématisée chez Mafeco. L’économie bisounours, c’est l’approche qui consiste à partir du présupposé que tous les agents économiques doivent être « gentils » et que, s’il y a des problèmes, c’est parce que certains se comportent mal (au choix : les patrons qui s’octroient des super bonus, les politiques qui sont malhonnêtes, les banquiers et les traders cupides, les commerçants qui ont profité du passage à l’euro ces salauds, ces enfoirés de restaurateurs qui n’ont pas répercutés la baisse de la TVA , etc.). Sans trop de surprise, la littérature autour du concept de RSE est également bourrée de raisonnements mode bisounours, avec cette idée que l’entreprise doit prendre conscience de ses responsabilités sociétales, participer à la mise en oeuvre d’un « nouveau contrat social », etc.

Ce qui est frappant, c’est la relative indigence de la réflexion « stratégique » au sens de la théorie des jeux ou, plus généralement, de la prise en compte des concepts d’intérêt et d’incitation. La littérature est ainsi essentiellement sur le registre du « devoir » et finalement assez peu sur celui de l’intérêt. Il y a des exceptions heureusement (voir ce papier de Michael Porter par exemple), mais globalement la réflexion autour de la responsabilité sociale de l’entreprise est bien frappée du syndrôme de l’économie bisounours. Le pire est peut être toute la littérature autour de la multitude des « parties prenantes » qui semblent partir du principe que l’entreprise deviendra socialement responsable comme par magie une fois qu’elle aura compris que son activité a un impact direct ou indirect sur plusieurs catégories d’individus.

A mon sens, le syndrôme de l’économie bisounours découle de l’ignorance de la devise que William Easterly aime répéter à l’envie : les individus répondent aux incitations. Cette devise est également liée à la notion d’engagement crédible avec laquelle toute personne connaissant un peu la théorie des jeux est familière : un engagement  (une promesse, une décision) est dite non crédible lorsqu’elle se trouve hors du sentier d’équilibre (off-the-path-equilibrium), c’est à dire qu’un agent rationnel agissant dans son intérêt bien compris ne respectera jamais. Le syndrôme de l’économie bisounours consiste à penser qu’un agent respectera malgré tout son engagement parce qu’on compte sur son bon coeur (être gentil, c’est bien). Les implications sont grandes : quand on se figure que l’autre est « gentil », on est amené à prendre des décisions irrationnelles et donc sous-optimales.

Comme changer les préférences des agents est difficiles (surtout concernant les entreprises), il faut agir sur les incitations, c’est à dire sur les contraintes qui pèsent sur les acteurs. C’est un enseignement qui est loin d’être ignoré en permanence (l’exemple de la taxe carbone me vient à l’esprit) mais qui a tendance à être oublié à certains moments : l’idée même de « moralisation » du capitalisme est de ce point de vue aberrante. La récente polémique autour de l’élection de Jean Sarkozy (ou nomination, on ne sait pas trop) à la tête de l’EPAD est un peu dans le même registre. Tout le monde semble découvrir le népotisme en politique. On peut être choqué par ces pratiques et débattre du manque de moralité des individus au pouvoir, mais le problème ne vient pas tant des personnes que des incitations et des institutions. De la même manière, compter sur le bon coeur des dirigeants d’entreprise pour se comporter de manière éthique (réflexion très à la mode outre-atlantique, beaucoup moins en France, des restes d’une certaine tradition probablement) ou socialement responsable est un non-sens analytique.

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28 Commentaires

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28 réponses à “Economie bisounours et responsabilité sociale de l’entreprise

  1. La gestion, c’est de l’économie bisounours.

  2. Gizmo : vous allez voir si je reste bisounours très longtemps quand on me dit ça…

  3. Bonjour,
    C’est amusant de lire ces éléments ici, alors que dans un même temps je lisais, ou rlisais certains commentaires et analyses de la « main invisible » d’Adam Smith.
    Cette somme d’intérêts particuliers qui serait l’économie bisounours dans la mesure où elle conduirait nécessairement et inévitablement à l’intérêt général par une conjonction naturelle.
    En somme c’est plutôt la partie de la bienveillance naturelle envers les intérêts d’autrui conduite par le retour qu’on peut en attendre et qu’il a aussi développé qui serait plus rationnelle.
    A votre avis, si l’on raisonne un peu « socio », l’incitation vient-elle des institutions ou est-elle créée par ceux et celles qui, en pratiquant la hiérarchie sociale à outrnace, ont « divinisé » les institutions?
    Parfois, je me pose la question.

  4. elvin

    « compter sur le bon coeur des dirigeants d’entreprise pour se comporter de manière éthique … ou socialement responsable est un non-sens analytique »
    oui, encore que les dirigeants d’entreprise sont des gens comme vous et moi, et qu’il leur arrive (aussi) d’être altruistes et au moins respectueux des personnes, et le plus souvent honnêtes.

    Mais compter sur l’Etat, c’est à dire sur les politiques, qui sont prêts à tous le coups tordus et à toutes les trahisons pour arriver et se maintenir au pouvoir, ça c’est le comble du bisounours.

  5. Kent

    @Gizmo
    J’apprécie votre blog, mais là vous me décevez. Est-juste une tentative d’humour ou l’aveu d’une vraie méconnaissance de la gestion ?

  6. Moggio

    @C.H. : Merci pour ce billet. Sur le sujet, connaissez-vous cette citation de Milton Friedman tirée de son interview pour Playboy en février 1973 ? : « A corporate executive’s responsibility is to make as much money for the stockholders as possible, as long as he operates within the rules of the game. When an executive decides to take action for reasons of social responsibility, he is taking money from someone else–from the stockholders, in the form of lower dividends; from the employees, in the form of lower wages; from the consumer, in the form of higher prices. The responsibility of a corporate executive is to fulfill the terms of his contract. If he can’t do that in good conscience, then he should quit his job and find another way to do good. He has the right to promote what he regards as desirable moral objectives only with his own money. »

    @elvin : Les « politiques » de votre §3 ne pourraient-ils pas aussi être comme les (gentils) « dirigeants d’entreprise » de votre §2 ? Et les « dirigeants d’entreprise » du §2 aussi être « prêts à tous le coups tordus et à toutes les trahisons pour arriver et se maintenir au pouvoir » (donc méchants) ?

  7. elvin

    @Moggio
    Oui, absolument.
    Mais si on regarde le processus de sélection des uns et des autres, ya de fortes chances que la proportion de truands et d’incompétents soit beaucoup plus élevée chez les politiques que chez les dirigeants d’entreprise. Ça se vérifie d’une façon générale quand on regarde l’ensemble des pays du monde. C’est un tout petit peu moins vrai dans une minorité de pays occidentaux dont le nôtre.

  8. @Kent : si vous le prenez sur ce ton, très bien. Définissez moi ce qu’est la gestion (en tant que discipline scientifique), et je vous répondrai.

  9. elvin

    La gestion, ça n’est ni de l’économie bisounours, ni une discipline scientifique. C’est un art, qui comme tous les arts utilise des techniques, et qui comme tous les arts peut produire le meilleur et le pire.
    Quant à l’enseigner, il faut enseigner les techniques comme on enseigne les techniques et l’art comme on enseigne un art (inattendu, non ?).

  10. Yep

    Ou économie de simulation ? De l’utilité potentielle d’importer le concept de Jean Baudrillard en économie (la RSE étant un exemple parfait) : http://yannickrumpala.wordpress.com/2008/11/07/%c2%ab-responsabilite-sociale-et-environnementale-%c2%bb-lentree-du-business-dans-lere-de-la-simulation/

  11. Peut-être que si j’avais fait de la gestion, j’aurais déposé le concept d’économie bisounours.

  12. amigues

    Bonjour

    Un tuyau. Allez voir sur le site d’Ariel Rubinstein. Il y raconte une modèle d’échange entre des agents « greedy ». En clair au lieu de se liverer à des échanges volontaires, ils se volent les uns les autres. Techniquement on remplace donc la convention « tous les échanges sont volontaires » par son contraire. Rubinstein montre facilement l’existence d’un optimum de Pareto et d’un équilibre concurrentiel dans son économie. Il obtient de même les équivalents des théorèmes du bien-être.

    Comme il l’explique très bien sur son site, tout cela vient de ce qu’il en avait marre de voir les étudiants s’emméler les pinceaux dans la « désirabilité » du marché parce qu' »efficace ». Le jugement de valeur que l’on peut porter sur un système économique quelconque n’a en principe pas à être confondu avec une appréciation de ses performances (encore que les deux questions soient liées bien sûr, ce qui fait l’intérêt pédagogique du « contre modèle » de Rubinstein).

    Bonne continuation. C’est très bien ce que vous faites…

  13. elvin

    SVP, quelle est la référence exacte de cet article de Rubinstein?
    Ses conclusions m’étonnent, mais si ce qu’il veut dire c’est que les jugements éthiques dominent les jugements sur l’efficacité, je suis bien d’accord.

    • amigues

      Bonjour

      Pour Elvin, la référence est : EQUILIBRIUM IN THE JUNGLE, Michele Piccione and Ariel Rubinstein, (2007), The Economic Journal, 117 (July), 883–896.

      Bonne et amusante lecture (c’est un papier assez peu politiquement correct…)

  14. elvin

    allez, je vais continuer à faire de la provoc : bel exercice de maths, mais le rapport avec l’économie (à part le vocabulaire) ?

    • amigues

      Bonjour

      J’imagine que c’est à moi que vous posez la question ? Bon, il faut aller à la conclusion du papier. Vous remarquerz que les auteurs ont des avis différents. Pour Piccione c’est une bonne entrée dans l’étude du pouvoir, le « côté obscur de la force » de Hirshleifer. Je n’en suis pas convaincu. La théorie des jeux nous en dit bien plus et en plus convaincant. La conclusion de Rubinstein est plus recevable à mon avis.

      Elle nous rappelle que le monde de l’équilibre général repose sur trois conventions. Une convientions de « biens » , objets d’échange, une convention « d’agents », ceux qui prennent des décisions, et une convention d’échange. Les deux premières conventions on été abondamment labourées par les économistes. On crée des biens « pollution » pour maîtriser les effets externes, des continuums de biens pour traiter la qualité des biens, des biens contingents pour traiter l’incertitude.

      Pareil pour les agents, un « agent » peut être éclaté en composantes décisionnelles : les divisions d’une entreprise, les membres d’un ménage, on peut même éclater le « moi » d’une personne en système de décisionnaires multiples installés dans son cerveau, comme on le fait en neuro-économie par exemple.

      Bizarrement nous dit Rubisntein, la convention d’échange volontaire n’a guère suscité d’interrogations jusqu’à présent. C’est un problème car dans un monde où les agents sont libres d’échanger ce qu’ils veulent, leur plus grand bien personnel sera forcément le plus grand bien pour tous, ce qui donne un contenu idéologique fort à l’idée d’économie de marché « libres ». D’où une lecture idéologique immédiate des résultats de l’économie du bien être : les marchés procurant le plus grand bien être possible, ils sont forcément « bons » pour la société. Mais si l’on casse la convention pour la remplacer par une convention d’échange forcés, on obtient le même résultat. Donc il n’y a aucun rapport entre le jugemnt de « bien » ou « mal » appliqué aux marchés et leur performances (ils sont capable de faire « bien » le « mal » ou à peu près n’importe quoi d’autre d’ailleurs, il suffit de changer la convention). A mon avis c’est utile de le montrer au plan pédagogoque pour permettre à de futurs économistes de ne pas se laisser piéger par les mots (et les concepts qui sont derrière). Au delà vous pouvez trouver cela évident mais vu le nombre de discours orientés qui se fondent sur ces résultats…

      Pour les maths, ne vous laissez pas piéger. Toutes les maths du papier sont routine pour un économiste. On pourrait donner cela à faire en exo à un étudiant de master dans un cours sur la théorie de l’équilibre général juste pour vérifier qu’il maîtrise la technique de démonstration. Rien d’espatrouflant là dedans pour un économiste mathématicien, la partie technique du papier relève même du gag pour les connaisseurs (c’est présenté comme un décalque parodique du résultat de base).

  15. elvin

    Merci de cette réponse circonstanciée (je n’en attendais pas tant, et c’est d’ailleurs hors sujet par rapport à ce fil …)

    J’ai une réaction d’ordre général et deux commentaires sur des points particuliers.

    La réaction d’ordre général :
    Pour des gens qui croient que le monde de l’équilibre général a un rapport avec le monde réel, et précisément qu’on peut tirer de l’étude de l’équilibre général des jugements de valeur voire des préconisations normatives applicables au monde réel, c’est en effet une salutaire contribution à sa démolition. Mais est-il nécessaire de passer par cette analyse contrefactuelle ? J’en doute mais après tout s’il y a des gens qui ont besoin de ça pour être convaincus, pourquoi pas ?

    les points particuliers :
    1. « un “agent” peut être éclaté en composantes décisionnelles : les divisions d’une entreprise, les membres d’un ménage, on peut même éclater le “moi” d’une personne en système de décisionnaires multiples installés dans son cerveau »
    Intéressant. C’est une des bases de la représentation de l’entreprise que je propose. Où ce genre de décomposition est-il utilisé dans des analyses liées à la TEG ? Pour ma part, je n’en ai jamais rencontré.

    2. « leur plus grand bien personnel sera forcément le plus grand bien pour tous »
    Pourquoi donc ? Si c’était vrai, il ne pourrait pas y avoir d’échanges. L’échange naît justement du fait que des agents différents accordent des valeurs différentes à un même bien, et la justification du marché libre est justement qu’il permet que chaque bien aboutisse dans les mains de celui qui lui accorde la plus grande valeur.

    • amigues

      Bonjour

      Bon on squatte là. Vite:

      1. Ce n’est pas un point « contrefactuel », la TEG s’en fiche de la réalité, it’s all about concepts.

      2. C’es le dada de la neuroéconomie (sujet très « hot » et violemment débattu dans la communauté). Un bon point de départ : C Camerer, G Loewenstein, D Prelec, 2005, Neuroeconomics: How neuroscience can inform economics, Journal of Economic Literature Vol. XLIII (March 2005), pp. 9-64. I y a un handbook qui vient de sortir avec plein de papiers là dessus.

      3. Ne confondez pas l’avant et l’après. A l’équilibre, par définition, il n’y a plus de gains à l’échange, tout le monde a son max sous contraintes et donc le système génère le max de bien être collectif possible (comment c’est réparti entre les gens est une autre affaire bien entendu).

  16. elvin

    Bon, OK, « la TEG s’en fiche de la réalité ». Là-dessus nous sommes d’accord.
    C’est donc un pur divertissement intellectuel comme les mots croisés ou le sudoku, qui peut avoir ses amateurs, mais moi je n’en suis pas. Je préfère l’économie (;->).
    Quant au point 3, ce que vous dites, c’est ce que dit la TEG. Donc même réaction de ma part.

  17. amigues

    Bon, profitons de l’absence du maître des lieux pour continuer à squatter son blog, mais ça me gêne je dois dire.

    Si l’on en croit la légende, Dieu avait donné à Adam le pouvoir de nommer les choses de Sa Création, mais avant que ce pauvre Adam ait croqué la pomme de l’Arbre de la Connaissance, je me suis toujours demandé à quoi ce pouvoir avait bien pu lui servir… Bref, penser l’économie suppose d’utiliser des mots, des concepts, des schémas de pensée, des visions, que sais-je. Et là, la TEG est des plus utiles pour éviter de dire (et de penser) des âneries.

    Quelques exemples : si un bien se raréfie, son prix va augmenter. Assertion banale sauf que la TEG nous apprend que cela dépend. Il faut des hypothèses particulières pour cela (substituts bruts entre autres). Alors c’est peut être du sudoku pour intellos fatigués mais si vous arrivez à convaincre votre garagiste que le pneu et la jante sont des substituts (bruts ou autre), vous être très fort et une belle carrière en politique ou en marketing s’ouvre à vous.

    Autre exemple : si un choc exogène sur le marché éloigne le prix de l’équilibre, les forces de l’offe et de la demande auront tôt fait de le ramener à son niveau d’équilibre. Aucune raison que cela soit le cas nous dit la TEG (stabilité locale, globale, bla bla bla). Partant d’une position hors équilibre la convergence vers un équilibre n’est pas assurée (un théorème célèbre de Mantell Sonneinshein Debreu).

    Mais là où la TEG fait mereville c’est lorsqu’il s’agit de démonter les causalités linéaires bidons issues de raisonnements approximatifs sur un marché partiel. Quelque unes que j’aime bien : Des salaires plus faibles font baisser le chômage. Idiot nous dit la TEG, cela dépend de ce que feront les gens confrontés à une baisse des salaires : rester chez eux ou changer de métier (sans parler des effets induits sur la demande de biens). Ou encore, si le prix baisse les entreprises vont réduire leurs coûts (cela dépend des effets induits sur les prix de leurs facteurs de production). Ou encore, si une entreprise pollue il faut la taxer ou créer des permis de pollution. Pas évident nous dit la TEG, il peut être plus avantageux de contraindre l’entreprise à être inefficace (pas sur son optimum de production). Cela dépend des effets substitution-revenu crées par la régulation de la pollution.

    On pourrait multiplier les exemples. La force de la TEG est double:

    1) Elle nous oblige à penser « système » et pas bricolage dans les coins « toutes choses égales par ailleurs », ou « à la marge »,
    2) Elle nous détourne de la tendance à chercher La Cause de ceci ou de cela car les effets sont leurs propres causes et réciproquement. Ce qui est une assez bonne manière d’appréhender l’économie je crois.

  18. elvin

    @amigues
    A l’inverse, la TEG nous pousse à croire des stupidités, par exemple « on échange des biens de valeur égale » ou « les effets sont leurs propres causes et réciproquement » Ca, c’est ce qu’on croit si on élimine le temps du raisonnement comme le fait justement la TEG.
    Quant à « Elle nous oblige à penser “système” », pas besoin de la TEG pour ça.
    Vous avez d’ailleurs rappelé la raison fondamentale pour laquelle la TEG est une construction intellectuelle vide de sens : « Partant d’une position hors équilibre la convergence vers un équilibre n’est pas assurée »
    Chic, le taulier ne nous a toujours pas vus…

  19. amigues

    On va se faire taper sur les doigts, bon

    1) Je ne vois pas bien ce que vous entendes par biens de valeur « égale » (égale à quoi ? le prix n’est qu’un rapport d’échange et les préférences individuelles ne sont pas comparables ?)

    2) Dans la TEG les biens sont datés (délivrable à une date T quelconque) donc le temps est présent dans la TEG, les biens durables aussi d’ailleurs, il suffit de passer de la convention flux (bilan-matière) à la convention stock (entrée-sortie) quand on reprséente les technologies. On peut faire de la TEG avec du vintage, du spatial, de l’incertitude et du risque, de la qualité différenciée. Le seul problème sérieux est celui du « double infini » : infinité d’agents ET de biens. On fait de l’overlapping dans ce cas là, ce qui n’est plus tout à fait de l’EG en fait (perte de la neutralité de la monnaie).

    3) Les biologiste et autres sociologues « holistes systémiciens » que je rencontre prétendent bien fort penser système mais passent surtout leur temps à border leurs « systèmes » en « compartiments » + ou – étanches pour se ramener à un petit nombre de relations entre « sous-systèmes ». La TEG par son culte de l’anonymat poussé jusqu’à l’absurde nous oblige à penser sans autre cloison que la loi de Walras (très ubiquiste en fait puisque justifiant aussi bien la théorie de la valeur travail que celle de la valeur utilité, il suffit de renormaliser le numéraire).

    4) Quant à dire que la non convergence prouve la vacuité du « sens » de la TEG (je ne sais pas ce que vous entendez par « sens » d’une théorie, mais passons) à mon avis au contraire. La TEG nous informe que le vecteur de prix d’équilibre est la quantité minimale d’information nécessaire pour coordonner des agents séparés. Si vous annoncez ce vecteur, les agents se coordonneront à l’équilibre. Si vous annoncez autre chose ils ne se coordonneront pas (hors tatonnement walarasien of course). C’est un résultat au contenu positif très puissant je trouve.

    Cela prouve que dans les économies réelles, la quantité d’information circulant entre les agents est d’un ordre supérieur (entropie plus faible) au seul vecteur de prix. C’est toute l’idée de la théorie qui a absorbé la théorie de l’EG, la théorie dite des « mécanismes », dont la TEG est un cas particulier limite (c’est un mécanisme dit « trivial », peut être est ce que vous entendez par « vide de sens »). Dans cette théorie des mécanismes, la coordination n’est pas le but premier des agents. Elle ne l’est qu’en vertu d’un schéma d’incitation satisfaisant à la fois la compatibilité incitative et la rationalité individuelle (la TEG ne connait que ce dernier prérequis mais ignore le premier). Le théorème de Maskin montre l’existence de mécanismes incitatifs « constructifs » d’une coordination à l’équilibre dont la TEG ne fait pas partie (sauf à y ajouter un commissaire-priseur walrasien). Le seul problème de ce théorème (mais il faut bien que le suspense demeure sinon où serait le plaisir de la quête ?) est qu’il en prédit beaucoup trop pour être crédible (multiplicité des équilibres de Nash dans l’espace des statégies de communication). Mais là, on est bien loin de la modeste TEG…

  20. elvin

    Comme vous dites, nous voilà bien loin de la modeste TEG, et pour ma part, je n’irai pas plus loin.
    Tant mieux si à grands coups d’overlapping (kékcékça ?) et de mechanism design on arrive à réinjecter un peu de pertinence dans la TEG, mais amha ça ne valait pas le détour, et il aurait mieux valu continuer dans la ligne de Say et de Mill au lieu de se fourvoyer en suivant Walras.
    Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué dans mes posts précédents, je suis un autrichien pur et dur…

    • amigues

      Bonjour

      Vu la diversité de pensée au sein de l’Ecole Autrichienne j’ai un peu de mal à me représenter ce que pourrait être un autrichien « pur et dur » mais bon. J’imagine que vous avez Mises (peut-être aussi le dernier Hayek) en ligne de mire. L’intérêt d’être à côté du courant dominant c’est de vous obliger à penser deux fois plus puisque les autres ne pensent pas pour vous. Le problème d’être en dehors c’est aussi d’en sortir. Il est généralement plus facile de sortir de chez soi que de rentrer chez quelqu’un.

      Bon courage à vous.

      • elvin

        La diversité est quand même moindre dans l’école autrichienne que dans ce qu’il est convenu d’appeler le « mainstream » !
        Sinon, vous avez vu juste : Mises (pour moi le Maître), et aussi évidemment Menger, et plutôt le premier Hayek (quand il était encore fidèle disciple de Mises avant qu’il se mette à flirter avec les théories de l’équilibre) que le dernier.
        Merci en tous cas de votre compréhension (pas si fréquente que ça) et de vos encouragements.

  21. Episteme

    Amigue, vous perdez votre temps avec elvin. Peu importe le nombre de résultats analytiques empiriquement intéressants(obtenus en s’efforcant à penser en termes de système) de la TEG auxquels vous vous référerez, vous vous buterez toujours au mur  »c’est-un-exercice-intellectuel-parfaitement-futile » elvinesque(sans davantage de précision).

  22. elvin

    Je confirme.
    Parce que si ces résultats sont vraiment « empiriquement intéressants », on y arrive beaucoup plus naturellement et facilement sans passer par la TEG.

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