Le paradoxe de l’épargne n’existe pas

Le paradoxe de l’épargne est l’un des arguments traditionnellement évoqués pour justifier de la nécessité de mesures de relance budgétaire. Récemment, Paul Krugman a affirmé que l’économie américaine était en plein dedans. Le fait pour les ménages d’accroître leur taux d’épargne est-il vraiment si néfaste pour une économie ? Pas si sûr si l’on en croit ce récent papier de deux économistes du FMI dont on peut trouver l’idée générale exprimée en un paragraphe ici :

« In normal times, companies can finance investment through their own savings. But, after a crisis, corporate balance sheets are in lousy shape. The only way many companies can fund investment is by tapping household savings (channeled through the capital markets). In this vein, Abdih and Tanner provide some evidence that investment and household net worth are closely linked. So, to get back to pre-crisis levels of investment and wealth, households need to save more, not less ».

En clair, en épargnant, les ménages mettent à disposition des entreprises des ressources pour que celles-ci puissent investir. Il y a quand même peut être deux problèmes avec cet argument. D’une part, comme cela est souligné dans ce billet sur Free Exchange, ce raisonnement met de côté le problème de la demande. Les décisions d’investissement des entreprises sont en partie guidées par leurs anticipations concernant la demande effective de sorte qu’un accroissement de l’épargne des ménages ne va pas automatiquement se tranformer en investissement supplémentaire. C’est typiquement un problème d’équilibre multiple auquel on a à faire (comme souligné ici), à savoir que l’économie peut se retrouver dans un équilibre à « activité réduite » avec des anticipations pessimistes et qui typiquement correspond à une situation du style « trappe à liquidité » avec des taux d’intérêt très faibles qui malgré tout ne stimulent ni la demande ni l’investissement. C’est l’équilibre dans lequel s’est trouve le Japon depuis près de 20 ans. Un second équilibre est celui d’une activité plus soutenue avec des anticipations optimistes. Rien ne nous dit évidemment que l’on convergera automatiquement vers ce second équilibre et, de ce point de vue, l’argument de la nécessité d’un stimulus fiscal est fondé. 

Le second problème avec l’argument des deux auteurs est qu’il suppose que l’intermédiation financière fasse son boulot en rendant l’épargne disponible pour les investissements. Autant les auteurs évoquent en conclusion le précédent contre-argument, autant ils passent sous silence celui-ci. Si l’on peut penser que le secteur bancaire s’est déjà bien remis de la crise financière (via une restructuration sous forme de concentration qui n’augure rien de bon pour la suite), rien ne dit que l’offre de crédit va immédiatement repartir à la hausse (la situation américaine est peut être différente de la situation française sur ce point d’ailleurs…).     

Publicités

1 commentaire

Classé dans Non classé

Une réponse à “Le paradoxe de l’épargne n’existe pas

  1. isaac37500

    Bonjour,

    Si l’on considère que l’épargne est en fait une préférence pour la consommation future, alors les entreprises on intérêt à accroitre leurs capacités de production pour répondre cette consommation futur. Si cela se passait ainsi, alors les dépenses d’investissement viendraient remplacer les dépenses de consommation et tout irait bien dans le meilleurs de monde car effectivement le paradoxe de l’épargne n’existerait pas.

    Le problème est qu’il faut un certain nombre de conditions pour que cela fonctionne : que l’argent épargné ne dorme pas et qu’il soit investi au sens productif du terme. Je suis donc d’accord avec vous, cela suppose que les institutions financières fassent leur boulot, ceci en évitant les phénomènes de bulles car si l’argent des ménage sert à faire gonfler les bulles ce n’est pas très efficace. Si les marchés financier ne sont pas capable de faire cela, une politique budgétaire de justifie amplement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s