Changement climatique et analyse économique

Robert Murphy propose un intéressant article sur l’économie du changement climatique. L’auteur part du principe que le changement climatique est une réalité et qu’il est lié à l’activité humaine, mais montre que même dans ce cas toutes les mesures ne sont pas justifiables sur un plan économique. L’article aborde différents thèmes clés que par exemple le problème du choix du « bon » taux d’actualisation. Murphy (comme Nordhaus) considère que ce taux est donné par le marché sous la forme du rendement des investissements. Stern, dans son rapport, a quant à lui fait ses estimations à partir d’un taux de 0%, ce qui revient à considérer que le bien être des population futures doit avoir autant de valeur que le notre. En fait, le choix du bon taux d’actualisation est autant un problème économique que philosophique. Je ferai juste remarquer que la position de Murphy et Nordhaus (appliquer comme taux d’actualisation les rendements présents des investissements) est basée sur l’hypothèse que ces rendements seront constant dans le temps. J’en connais certains qui contesteraient sérieusement cela.

Le reste de l’article est également intéressant, avec la question de l’incertitude et de l’aversion au risque et aussi une appréciable introduction d’une dose de public choice, ce qui ne pousse d’ailleurs pas à l’optimisme :

« Most of the theoretical benefits of government intervention assume worldwide and consistent enforcement of the policies. But if, say, China exempts key domestic industries, or if the world relaxes the controls due to a severe recession in, say, 2045, then much of the modeled benefit would disappear. To the extent that there are any gaps in worldwide enforcement, greenhouse gas emitters will have an incentive to relocate their operations to unregulated jurisdictions. (In the literature on global warming, this phenomenon is called « leakage. ») Even if countries representing half of current global emissions suddenly banned all operations tomorrow, therefore, the long-run reduction in global emissions would not be halved. Further, if there were a temporary respite granted because of an economic downturn, emitters would rush to exploit the gap, just as businesses would concentrate their activities if Congress granted a one-year income tax amnesty. Years of steady progress in curbing emissions could be for naught if major governments relaxed the emission controls in a moment of political weakness ».

6 Commentaires

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6 réponses à “Changement climatique et analyse économique

  1. Je ne vois pas en quoi le choix du taux d’actualisation est une question philosophique.

    A partir du moment où l’on parle d’un tel taux, c’est qu’on est en train de faire des comparaisons d’utilité intertemporelles. On adopte donc implicitement une démarche utilitariste, qu’on le veuille ou non. Dès lors, y a-t-il un autre taux que celui formé sur le marché?

    Evidemment, la question pourrait parfaitement être traitée sous l’angle philosophique – ou légal, éthique. Par exemple si l’on se demande si les générations futures, ou la planète, etc. ont des droits, et quels droits? Mais la réponse à ces questions – dans un sens ou dans l’autre – nous avance-t-elle en ce qui concerne le choix d’un taux d’actualisation?

  2. C.H.

    Stern justifie explicitement l’adoption d’un taux proche de 0 pour des raisons éthiques.

    Tyler Cowen a écrit des choses intéressantes là-dessus :
    http://www.gmu.edu/jbc/Tyler/DISCOUNT.doc
    http://www.gmu.edu/jbc/Tyler/social-discount.PDF
    http://www.gmu.edu/jbc/Tyler/discountingandrestitution.PDF

    J’ai tendance à le suivre…

  3. Un peu de théorie des jeux appliquée à la question de la contention des émissions devrait démontrer qu’il est impossible de réduire suffisamment les émissions de GES pour éviter un réchauffement important (3-4°C) par des mécanismes coopératifs et/ou collaboratifs.

    C’est une conjecture, mais l’admettre permet de penser au coup suivant : le changement climatique n’est-il pas un phénomène trop lent pour endommager les économies nationales, qu’elles soient pauvres ou riches ?

    Si on se contente de raisonner avec les indicateurs macro-éco du XXème siècle (PIB etc), la réponse est OUI.

  4. ldb

    le choix du bon taux d’actualisation est évidemment tout à fait stratégique sur des questions qui impliquent des politiques dont la durée de vie est de plusieurs centaines d’années, car avec n’importe quel taux positif, les conséquences lointaines sont totalement écrasées…
    Mais par ailleurs, je pense que la position de stern est excessive (0% n’est pas un taux équitable, c’est la vieille position de Franck Ramsey, et les générations futures seront plus riches que nous). Par ailleurs, prendre le taux de rendement présent des investissements est effectivement adopter un comportement un peu myope. Ce qui me semble raisonnable (c’est en partie la position adoptée par la france pour le taux d’actualisation public), c’est un taux d’actualisation égal au taux de croissance de long terme des économies considérées soit environ 2% pour la France.. Il y bien évidemment de quoi débattre, comme cela a été fait dans le rapport Lebègue de 2005.

  5. jean

    Il y a autre chose que je n’ai pas vu abordé, c’est que les dommages infligés par le changement climatique puissent être proportionnels ou plus que proportionnels au PIB, auquel cas l’argument « nos enfants seront plus riches que nous » tient moins.

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