Le constructivisme ça marche, la preuve par la révolution française

Daron Acemoglu, Davide Cantoni, Simon Johnson et James Robinson présentent sur Vox (donc, dans un langage clair et accessible pour tout le monde) les résultats d’une étude empirique dont j’avais déjà parlé il y a quelques temps. Les auteurs indiquent que l’expérience de la révolution française puis des conquête de l’empire napoléonien tend à montrer que des réformes imposées, lorsqu’elles sont suffisamment radicales, peuvent être implémentées et produire de « bons résultats ». Voilà qui remet en cause l’idée typiquement hayékienne que le changement institutionnel ne peut se faire que de manière incrémentale et décentralisée. Attention toutefois, il s’agit d’un travail purement empirique portant sur un cas historique bien identifié. Toute tentative de généralisation s’avère donc périlleuse.

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8 Commentaires

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8 réponses à “Le constructivisme ça marche, la preuve par la révolution française

  1. C’est vrai qu’appliquée à grande échelle, la Révolution Française a brillamment donné naissance à l’Union Soviétique, puisque les premiers communistes s’en sont officiellement inspirés.

    Effectivement, le succès fût au rendez-vous. Bon, il faut compter quelques morts, et quelques menus désagréments, mais on ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs.

  2. Thomas

    Pas convaincu du tout par l’article (faudrait peut-être que je lise l’original).
    Un peu d’histoire, de méthodologie pour le traitement des données très bien. Mais pour quelle conclusion : « Even when some pre-revolution elites returned to power after 1815, there was a permanent change in the political equilibrium. »
    Rien de bien nouveau. Sen relevait déjà que quand on accorde le droit de vote à des populations vivant de façon assez « primitive » (ie dont la vie est globalement concentrée sur la survie), contrairement à ce que l’on pourrait croire, celles-ci y accordent beaucoup d’importance et il est très difficile de leur retirer.
    Ce qui me chagrine le plus, c’est que après avoir constaté et établi les relations entre les données agrégées, l’article ne fournit aucune explication d’un niveau inférieur.

  3. C.H.

    A titre strictement personnel, je ne suis pas fan des études purement empiriques de ce genre puisque, de toute façon, problème de l’induction oblige, elles ne permettent pas véritablement de tirer de conclusions. Cela dit, à la décharge des auteurs (et notamment d’Acemoglu et de Robinson), il faut relever qu’ils développent dans d’autres travaux de très nombreuses considérations théoriques qui sont de nature à compléter ce travail empirique.

  4. Thomas

    Loin de moi l’idée de mettre en cause les compétences de l’auteur.
    C’est juste que dans un cours sur l’individualisme, le prof nous faisait remarquer que Durkheim (considéré comme a crème du holiste), dans son étude sur le suicide faisait apparaitre des relations entre des données agrégées, mais par la suite, il redescendait au niveau individuel pour expliquer les corrélations.
    je ne trouve pas ce genre de démarche dans l’article de Vox et je trouve ça dommage.

    Question subsidiaire : si une étude économétrique n’aboutit pas au résultat désiré, a-t-elle une chance d’être publiée (du genre, si l’influence Française avait été nulle sur les pays d’Europe dans l’étude concernée)? J’ai déjà un élément de réponse dans le billet sur les bureaux des thésards qui me fait penser que oui mais si quelqu’un pouvait me donner une confirmation.

  5. MacroPED

    Vivre dans un pays en voie de développement permettra à beaucoup de nuancer leurs vues sur cette discussion. Je soutiens cette analyse, mais je reste dans la limite du raisonnable. Généraliser sans tenir compte des spécificités a été indexé comme responsable de l’échec de FMI dans certains coins du monde. Mais si le dosage est bon, ça a du bon…

  6. bof

    Mao a répondu en son temps qu’il était encore trop tôt pour répondre à la question de savoir quelles étaient les conséquences de la Révolution française. Quelle sagesse chinoise!

    Si on ajoute Napoléon (à la Révolution française). On peut constater de façon purement empirique les phénomènes suivants :
    – la conscription a été mise à la mode par la levée en masse et le peuple en armes qui monte aux frontières, alors que les guerres monarchiques avaient fortement baissé en intensité,
    – la Prusse a été réveillée, (les « Reich »s successifs ont pris la suite)
    – les nationalismes ont été révéillés ou créés,
    – les États nations se sont créés
    – les idéologies…,

    Ce qui a ouvert la porte aux grands massacres démocratiques du 20ème siècle qui ont trouvé leurs arguments et leurs moyens dans les institutions et outils mis en place.
    Les idéologies mises à la mode ont conduit comme le rappelle Polydamas aux expériementations meurtrières des systèmes totalitaires.

    Donc méfiance quant aux bons résultats du volontarisme politique quand on ne regarde pas le tableau d’ensemble.
    On pourrait aussi trouver chez Hitler, Staline, Mao de « bons résultats » en raisonnant ainsi.

    « Voilà qui remet en cause l’idée typiquement hayékienne que le changement institutionnel ne peut se faire que de manière incrémentale et décentralisée. »

    Là aussi méfiance.

    Si on lit HayeK (Droit, Législation et Liberté ; La Présomption Fatale) on s’aperçoit qu’il dit que des communautés réussissent d’autant mieux qu’elles ont de bonnes institutions. Qu’elles doivent pour réussir avoir comme les individus du talent et de la chance (Ne pas se trouver sur le passage de Gengis Khan si on est une petite communauté qui a découvert de bonnes institutions.) Que l’origine des institutions est très varié (par exemple origines religieuses dont on ne sait d’où elles viennent.) Que le talent de la communauté dans ce domaine consiste à reconnaître les bonnes institutions et à les préserver. Etc., etc.
    Et au dessus de tout cela, dit-il, surplomble la grande contradiction (le grand déchirement) qui passe à travers les communautés et les individus entre les exigences des règles de la civilisation moderne dans la grande société ouverte et l’atavisme profond ancestral qui s’est formé dans les petits groupes du face à face au sein desquels les humains ont vécu pendant des centaines de milliers d’années sinon plus.

    Hayek décrit effectivement la façon dont se passe l’expérimentation au niveau des règles pour l’individu, à ses risques et périls, puni s’il échoue ou transgresse trop, imité s’il réussit. Mais il n’a jamais dit que c’était uniquement ainsi que se mettaient en place et évoluaient les institutions.
    Il est en général très sous estimé, peu et mal lu, et ses détracteurs s’imaginent que son niveau intellectuel est égal au leur. (Ce qui ne veut pas davantage dire que le niveau intellectuel de ses admirateurs soit égal au sien.)

  7. Passant

    Les analogies historiques concernant les institutions ont ceci de dangereux que, dans nos sociétés du moins, personne n’imagine plus devoir payer de sa vie pour la société : un détail, sans doute.

  8. En revenant à la pensée hayékienne, je crois qu’à part les 2 facteurs qui ont fait que ces réformes ont marché:

    – être radicales
    – être menées jusqu’à la fin

    il y a un troisième facteur tout aussi important que les deux premiers et qui a fait que ces réformes ont fonctionné et ont eu comme effet un développement économique de cette région. Et c’est le fait que la communauté, où ces réformes ont été appliquées, étaient favorables à un changement institutionnel, c’est à dire que les institutions en place à cette époque et dans cette région n’étaient plus en phase avec les besoins des individus (Veblen). Sans cet accord implicite de la communauté nord germanique les réformes mises en place par les français n’auraient pas eu l’effet que l’on connaît aujourd’hui. Le problème c’est que l’on ne peut pas savoir si une communauté donnée sera favorable ou non à un changement institutionnel. C’est comme un joueur qui joue à des jeux de hasard, qui a eu un coup de chance un jour et après il va porter les mêmes vêtements parce qu’il croit que ca sa chance va durer éternellement. c’est un peu ce qui se passe avec le FMI.

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