Le Graal de l’unification des sciences sociales

L’unification des sciences sociales est un vieux rêve qui existe depuis que ces sciences sont apparues et ce sont divisées. Souvent, les propositions d’interdisciplinarité, de pluridisciplinarité voire d’unidisciplinarité ne sont pas fondées sur autre chose que de belles idées… et du vent. Mais il y a des tentatives plus sérieuses que d’autres, qui pour certaines d’entre elles ont déjà produit des résultats. Je soumet aux lecteurs de ce blog un texte sur lequel j’ai passé une bonne partie de la journée d’hier (oui, je regardais le tennis en même temps…), un article de l’économiste Herbert Gintis paru dans la revue Behavioral and Brain Sciences en 2007 : « A framework for the unification of the behavioral sciences« . On remarquera que Gintis parle de « sciences comportementales » et non de « sciences sociales » puisqu’il inclue également dans son champ d’unification des sciences telles que la biologie ou la neurologie. Ceux qui connaissent un peu les travaux de Gintis (et de son co-auteur Samuel Bowles) ne seront pas surpris par le contenu de cette science unifiée, laquelle s’articule autour de deux piliers : une perspective évolutionnaire multi-niveaux et un modèle général de l’action baptisé « modèle BPC » (beliefs, preferences, constraints). L’article est intéressant à plusieurs niveaux : l’anthropologue et le sociologue (voire l’économiste) seront notamment intéressés par la discussion autour des concepts de culture et de transmission culturelle. L’économiste lira avec attention la section 9 qui montre pourquoi tous les apports de l’économie comportementale ne réfutent pas la théorie de l’action des économistes, à condition de ne retenir qu’une version light de la théorie du choix rationnel ne supposant que la transitivité des préférences.

Pour ceux qui ont du courage (et le temps), je les encourage également à lire les quelques 40 pages de discussion qui suivent et dans lesquelles on peut lire les contributions de scientifiques en provenance de toutes les sciences, de l’économie à la physique en passant par la sociologie, la biologie ou les sciences cognitives. De mon point de vue, l’argumentaire de Gintis, même s’il y a des points sur lesquels on peut discuter (notamment la force analytique du modèle BPC), a d’autant plus de force que lui et certains et de ses collègues ont déjà mis en application certains aspects de ce cadre d’analyse (pour étudier par exemple l’émergence de l’altruisme). A cela s’ajoute également des travaux connexes comme ceux de Boyd et Richerson en anthropologie que j’ai mentionné plusieurs fois ici récemment. Il me semble que ces analyses sont encore relativement peu connues des économistes et certains de leurs outils (essentiellement en provenance de la biologie évolutionnaire) ont parfois du mal à être pleinement reconnus. Raison de plus pour y accorder un peu d’attention.

3 Commentaires

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3 réponses à “Le Graal de l’unification des sciences sociales

  1. Elvin

    le lien vers l’article de Gintis ne marche pas…

  2. C.H.

    Merci elvin ! J’ai corrigé le lien.

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