La justice distributive peut-elle être justifiée autrement que de manière utilitariste ?

Je me pose la question sans me la poser véritablement dans la mesure où il est évident pour moi que la réponse est positive. Mais ce billet de Greg Mankiw, et surtout cet article qu’il a co-écrit avec Matthew Weinzierl m’interpellent. La thèse de Mankiw et de son co-auteur est relativement simple : tous les travaux s’inscrivant dans le cadre théorique de l’imposition optimale sont d’une manière ou d’une autre fondés sur des présupposés philosophiques utilitaristes. Autrement dit, l’idée même d’imposition optimale partirait du principe qu’il est désirable de maximimiser l’utilité collective de l’ensemble de la société. Le point de Mankiw et Weinzierl est alors de souligner que, compte tenu de cet objectif, de très nombreuses analyses empiriques tendent à montrer qu’une taxe sur la taille serait particulièrement efficace. En effet, l’une des problématiques de la théorie de l’imposition optimale est de déterminer quelles sont les méthodes d’imposition optimales, c’est à dire celles engendrant le moins de distortions dans les incitations. L’une des conclusions (relativement évidente) est qu’il est préférable de taxer des caractéristiques exogènes aux actions des individus, c’est à dire que les individus ne peuvent modifier suivant le niveau de taxation. La taille rentre évidemment dans cette catégorie puisqu’il nous est impossible de changer notre taille suivant la politique fiscale des gouvernements.

Or, Mankiw et Weinzierl indiquent que de nombreux travaux montrent qu’il y a une corrélation positive entre taille et revenu. Si le mécanisme causal n’est pas encore réellement identifié, la relation semble empiriquement solide. Conclusion : un théoricien de l’imposition optimale cohérent et conséquent avec les présupposés philosophiques de son approche devrait recommander la mise en place d’une telle taxe. Evidemment, personne n’est favorable à une telle mesure, ce qui fait dire à Mankiw et Weinzier que la justification utilitariste de la redistribution ne tient pas la route. Ce résultat est perturbant mais il me semble qu’il y a dans la thèse de Mankiw et Weinzier un non sequitur que souligne Jeff Ely de Cheap Talk : il y a confusion, ou plus exactement un saut logique, entre imposition et redistribution. Admettons que la théorie de l’imposition optimale soit « utilitariste » (en soit, ce postulat peut être contesté et on remarquera que dans leur papier les auteurs n’offrent aucun argument pour le justifier), il n’en découle pas pour autant que l’idée de redistribution soit également fondée sur des présupposés utilitaristes. Imposition et redistribution sont deux choses différentes et, pour répondre à la question posée dans le titre du billet, on peut fonder la justice distributive sur d’autres arguments philosophiques. L’argument de Mankiw et Weinzier peut se tenir concernant la théorie de l’imposition optimale (à la réserve émise ci-dessus près), mais pas pour la redistribution. D’ailleurs, on voit très bien ce glissement dans les propos de Mankiw et on peut se demander s’il est volontaire ou non : dans le papier, il n’est quasiment pas question de redistribution (le terme apparait 8 fois, dont une fois dans le titre et trois fois dans la partie sur le libertarisme) mais bien d’imposition. Par contre, dans son billet, Mankiw justifie son article de la sorte :

« Well, no, to my knowledge no one is eager to tax height, intelligence, and race. But there is a prominent guy who lives at a nice home at 1600 Pennsylvania Avenue who wants to « spread the wealth around. » The moral and political philosophy used to justify such income redistribution is most often a form of Utilitarianism« .

Bref, Mankiw n’aime pas la politique d’Obama et est assez réservé face aux politiques de redistribution et il pense avoir trouvé l’argument philosophique qui tue. Sauf que non : même si les réflexions sur l’imposition optimale étaient de nature utilitariste (mais dans ce cas là, le critère de Pareto est utilitariste et toute l’analyse économique avec, so what ?), cela n’affecterait pas les réflexions autour de la justice distributive, qui peuvent avoir bien d’autre fondements philosophiques.

16 Commentaires

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16 réponses à “La justice distributive peut-elle être justifiée autrement que de manière utilitariste ?

  1. jean

    Je crois que G.Mankiw assimile utilitarisme à fonction de bien-être social alors que l’utilitarisme est associé à une fonction de bien-être bien particulière où l’on se contente d’additionner des utilités individuelles.

  2. Jacques

    Hum… je viens de terminer le livre de Chris Dillow: The End of Politics et (même si je ne l’ai plus en tête précisément) il écrit tout un chapitre critiquant l’utilitarisme comme fonction de base de la redistribution (en fait il critique diverses définitions de la notion « d’efficacité » – utilitarisme, Pareto, etc.) – en disant, en gros, qu’on pourrait très bien, utiliser une fonction de justice sociale à la Rawls, par exemple (et, dans le livre Socialism after Hayek – très bon aussi – l’auteur, Theodore Burczak, plaide pour une approche de la justice sociale à la Sen)

  3. C.H.

    @Jacques :
    Tout à fait, c’est ce que j’avais en tête.

    Le problème dans tous ces débats autour de l’utilitarisme c’est que personne n’a pris la peine de lire Bentham ou Mill (moi le premier d’ailleurs) et utilise le terme d’utilitarisme à toutes les sauces. J’ai clairement l’impression que c’est le cas de Mankiw et de son co-auteur qui ne prennent d’ailleurs pas la peine de définir ce qu’ils entendent par « utilitarisme ». Dire que la théorie économique est « utilitariste » (et la théorie de la taxation optimale) est, en première approximation, tout simplement faux.

  4. isaac

    Je suis bien d’accord avec tout le monde ici, la définition consistant à caractériser l’utilitarisme comme la maximisation de la somme des utilités individuelles fait fausse route. Il ne faut pas oublier que la maxime utilitariste est bien « la plus grand bonheur pour le plus grand nombre », et que le bonheur n’est pas l’utilité. La maximisation de l’utilité renvoie à la satisfaction immédiate suivant la réalisation des désirs (exprimés par la fonction d’utilité par exemple). Le bonheur, comme l’entendent Bentham, Mill ou encore Hume, renvoie à un principe supérieur, un état mental de plénitude en quelques sortes. A ce titre, et au nom du bonheur, le législateur peut être amené à tout mettre en oeuvre pour modifier les désirs des agents (par l’éducation par exemple).

    A ce titre l’utilitarisme, au sens premier du terme, a une définition très large (trop?) car l’objectif de plus grand bonheur pour le plus grand nombre peut amener à beaucoup de choses et de recommandations différentes. Tout dépend en effet de la façon que l’on a de mesurer le bonheur et donc de la variable secondaire dont on va se servir à cet effet. Une fonction d’utilité peut être vu comme un indicateur d’une « fonction de bonheur » mais non si réduire. Si la théorie du choix rationnel est utilitariste en ce sens, la critiquer n’est pas alors nécessairement s’en prendre à l’utilitarisme.

    Dernier point, Francisco Vergara perle beaucoup de tt ça dans son livre, très bien fait et très clair, « Les fondements philosophiques du libéralisme » dans lequel il rappelle qu’il faut avant tout comprendre l’utilitarisme en opposition au droit naturel. Chose qui me semble très pertinente ici dans la délimitation de la « doctrine utilitariste » car il y a alors beaucoup de chance pour que si une théorie n’est pas adepte du droit naturel, elle soit de facto utilitariste (mais cela mérite une plus large réflexion… que je n’ai jamais eu donc…)

  5. Augustissime

    Je ne pense pas que l’on trouve des défenseurs sérieux de l’utilitarisme pour affirmer que la maximisation du bonheur « collectif » est une finalité qui prime toute autre considération.

    Si la maximisation du bonheur « collectif » implique de noyer une fraction limitée de la population, il est probable que la plupart des utilitaristes rejetteront cette option comme excédant le cadre dans lequel ils estiment que la recherche du bonheur peut légitimement s’exercer.

    De la même manière, une taxation basée sur la taille aurait pour effet de rompre l’équité que chacun attend devant la règle fixant l’impôt. D’une part, comme dans l’exemple précédent, cela sort du cadre collectif, et, d’autre part, il faut prendre en considération la contrariété de tous ceux qui verront leurs valeurs d’équité (fussent-elles irrationnelles) bafouées, ce qui diminuera leur bonheur bien au-delà de quelques détournements liés à un mécanisme incitatif sous-optimal.

  6. Jacques

    CH, voici la prose de Chris Dillow (post de 2005): « The pursuit of efficiency – managerialism’s main goal – cannot be a value-free exercise. « Efficiency » has many conflicting meanings. Does it mean increasing GDP per head, Pareto-optimality, utilitarianism, maximizing Rawlsian primary goods or maximizing capabilities, in Amartya Sen’s sense? How do we choose a meaning of efficiency from this menu? And if we choose utilitarianism (as managerialism often does) what is the moral justification for imposing costs on some – up to and including death, Mr Hoon – so that others can gain? »

  7. Silvertongue

    Il est vrai que dans un cadre welfariste (et donc a fortiori utilitariste), la redistribution des revenus issus du travail trouve sa justification dans l’augmentation d’utilité sociale qu’elle entraîne. Dans un tel cadre, la redistribution ne se voit jamais opposer la propriété privée puisque la légitimité de cette dernière dépend aussi de ses conséquences en termes d’utilités individuelles et sociale.Il me semble assez indiscutable que la théorie de la taxation optimale de Mirrlees et ses multiples dérivés ont des fondements welfaristes (et sont donc assimilables à une forme d’utilitarisme).

    Dès lors que la très grande majorité des pays dits « développés » prétendent avoir une approche libérale, il est effectivement nécessaire de repenser les fondements de la redistribution des revenus. Et cela demande bien de reprendre le programme initial de Mirrlees qui était de chercher à atteindre à la fois l’équité et l’efficacité – ce qui peut être entrepris dans un cadre qui ne soit pas welfariste, mais qui n’a été fait qu’une seule fois à ma connaissance et, de plus, assez récemment. Il est assez surprenant de constater que le « problème » des fondements d’une redistribution véritablement libérale des revenus restent globalement un sujet de philosophe – si vous me passez cette provocation.

    Heureusement, vous avez raison : « les réflexions autour de la justice distributive, […] peuvent avoir bien d’autre fondements philosophiques ». Et tout aussi heureusement, certains économistes reposent la question des fondements philosophiques de la redistribution des revenus à nouveaux frais. Leurs propositions sont loin de fermer le débat (elles ne le souhaitent pas, selon moi), mais elles prouvent par le fait que la justice distributive peut être justifiée autrement que de manière utilitariste.

  8. elvin

    Toutes ces discussions évitent soigneusement la question essentielle : même si on arrive à montrer que certaines mesures (quelles qu’elles soient) maximisent une certaine définition du bonheur ou de l’utilité collective (quelle que soit cette définition), qui a le droit d’imposer ces mesures à toute une population, y compris ceux qui ne sont pas d’accord avec ces mesures ou cette définition ?

    Quand on y réfléchit bien, la seule réponse acceptable est la réponse libérale : PERSONNE. Ce qui enlève tout intérêt concret aux arguties économiques ou autres sur la « meilleure » façon de définir « l’intérêt collectif ».

    • Silvertongue

      Elvin, vous posez comme une évidence une conclusion qui est très loin d’aller de soi en refusant toute redistribution des revenus. Selon moi, il y a deux points qui doivent être analysés pour parvenir (ou pas) à votre conclusion – que je ne partage pas.

      Premièrement, vous admettez manifestement que toute redistribution des revenus est forcément basée sur une maximisation d’utilité sociale qui contrevient, tout aussi forcément, aux libertés individuelles. De ce point de vue, je vous objecterais que toute justification de la redistribution des revenus n’est pas forcément welfariste. J’ajouterais aussi que le welfarisme et le libéralisme ne sont pas nécessairement incompatibles (même si leur rencontre relève du hasard et n’est jamais principielle) : si le système libéral était celui qui maximise les utilités individuelles et collectives, il serait défendu aussi bien par les welfaristes que par les libéraux.

      Deuxièmement,et c’est sans doute l’aspect le plus important, il est réellement possible de fournir une justification libérale à la redistribution des revenus, autrement dit une justification qui parte d’une discussion (philosophique ou quasi-philosophique) de ce qu’est la liberté et qui la considère comme une véritable exigence.

      Il s’agit bien évidemment d’une discussion ouverte, mais je ne crois qu’on puisse s’opposer à l’idée même de redistribution des revenus à partir du raisonnement que vous proposez – car il suppose, comme le fait Mankin, que la justice distributive ne peut pas être justifiée autrement que de manière utilitariste.

  9. elvin

    @Silvertongue

    Je ne parle pas spécifiquement de redistribution, mais de toute action qui, pour faire advenir un certain état du monde considéré comme souhaitable, implique d’exercer une contrainte sur des individus. La redistribution est un cas particulier qui implique de violer les droits de propriété.

    Je ne m’intéresse pas non plus à la façon dont on justifie qu’un état du monde A est préférable à un état du monde B, utilitariste, welfariste, libérale ou autre. Donc à vue de nez vous et moi ne parlons pas de la même chose.

    Je dis (je répète) que quelle qu’en soit la justification, personne, et notamment pas l’Etat, n’a le droit de contraindre une autre personne à sacrifier son propre intérêt à celui des autres (la collectivité).

    Je précise pour aller au-devant des accusations évidentes qu’il ne faut pas confondre obligation modale et obligation juridique. Oui, il faut être généreux, vertueux, et tout et tout, mais personne ne peut y contraindre personne. Et bien entendu, chacun à le droit et même le devoir (moral) d’agir selon ses moyens pour améliorer l’état du monde, mais sans aller jusqu’à violer les droits naturels imprescriptibles de ses congénères.

  10. C.H.

    elvin, la notion même de droit naturel est une conception philosophique qui est sur le même plan, et non logiquement antérieure, à d’autres doctrines philosophiques comme l’utilitarisme. D’un point de vue utilitariste, la redistribution est d’emblée justifiée par le fait d’accroitre l’utilité individuelle et sociale, comme le souligne Silvertongue. Vous opposez juste une autre conception philosophique et éthique. Je veux bien qu’éthique ne rime pas avec relativisme mais cela dit j’ai toujours un problème : pour « départager » des éthiques concurrentes, on a besoin d’un ou de plusieurs critères. Or, chaque critère est indissociablement lié à une éthique. Je ne vois donc pas comment l’on peut trancher sur un plan philosophique et logique. Mais peut être que je loupe quelque chose, auquel cas que les spécialistes de philosophie politique et morale me le fassent remarquer, j’en serais très heureux !

    Edit : j’ajoute que le problème de l’incommensurabilité des éthiques est très proche de celui de l’incommensurabilité des paradigmes scientifiques. En fait, puisque comparer les éthiques/paradigmes entre eux est quasi-impossible, la seule solution est celle de la critique interne qui cherche à montrer les incohérences ou les lacunes d’une éthique. C’est ce qu’essaye de faire (sans succès) Mankiw concernant l’utilitarisme. Toujous dans la critique de l’utilitarisme, on a par exemple le fameux dilemme du sacrifice…

  11. Silvertongue

    @ Elvin

    Pour admettre que « La redistribution est un cas particulier qui implique de violer les droits de propriété », il faut identifier, me semble-t-il, liberté et droits de propriété – ce qui peut être discuté.

    Si l’on refuse cette identification, on peut tout de même admettre une approche qui se revendique « libérale » (pour autant qu’on puisse donner un sens à un terme aussi vague et englobant) et qui ne soit pourtant pas fondamentalement propriétariste. Autrement dit, une approche qui ne fasse pas de la propriété son principe et son fondement. Ainsi, certains penseurs libéraux refusent l’idée que nous soyons pleinement propriétaires de nous-mêmes (Rawls, pour s’en tenir à un seul exemple).

    Si, on accepte cette identification, comme vous semblez le faire, alors admet que les individus sont pleinement propriétaires d’eux-mêmes et on est « libertarien » – position qui ne s’oppose pas par principe au libéralisme, puisque elle en est un cas extrêmement particulier. Mais même le libertarisme ne conduit pas forcément à un refus de toute redistribution. La seule existence d’un libertarisme de gauche suffit à le montrer.

    Le refus de toute redistribution des revenus défendue par les libertariens de droite que sont Rothbard, D.Friedman ou encore Nozick a donné lieu à des discussions nombreuses et fort intéressantes sur les fondements philosophiques de la justice sociale.

  12. elvin

    Avant de voir si nous sommes d’accord ou non, assurons-nous que nous parlons de la même chose, ce qui n’est pas le cas.

    Je n’essaie pas de départager les éthiques concurrentes, comme dit C.H. – je laisse à chacun le soin de le faire pour son propre compte. Chacun d’entre nous a une éthique personnelle, qui est le fruit de son éducation et de son histoire, qui peut être éclairée par les philosophes, les religieux, etc, mais qui reste en fin de compte un choix personnel. Ce n’est pas à ce niveau que se place mon propos.

    La question que je pose est : Pierre peut-il imposer son éthique à Jacques, ou Jacques à Pierre ? Et là, ma réponse est clairement non, et ce quels que soient les choix éthiques personnels de Pierre et de Jacques. Et si Pierre ne peut pas imposer son éthique à Jacques, alors Pierre, Paul, Michel et Nicolas ne peuvent pas non plus s’allier pour imposer leur éthique (supposée commune) à Jacques. L’éthique personnelle ne se détermine pas à la majorité et n’est donc pas l’affaire du gouvernement. Autrement dit, si on pense que la redistribution est une bonne chose, c’est à chacun d’en tirer les conséquences pour son propre compte et de mettre (librement) ses actes en accord avec ses convictions.

    (au passage, ma conception du libéralisme est beaucoup plus précise que celle de Silvertongue, qui amha est très laxiste dans son usage du mot « libéral »)

    Cela dit, il doit quand même exister des règles de vie commune. Et c’est là qu’intervient la notion de droit naturel, qu’il faut que je précise, en suivant un certain nombre de philosophes (mais pas tous je vous l’accorde).

    J’appelle droit naturel un droit qu’aucun individu de bonne foi ne peut raisonnablement ne pas revendiquer sous peine d’être en contradiction avec lui-même, et qu’il peut exercer seul sans rien demander à ses congénères (un droit de et non un droit à). Par exemple le droit de vivre, dont la contrepartie pour les chrétiens est le premier commandement « tu ne tueras pas ».

    Je dis que le droit de propriété fait partie de ces droits naturels. En effet, si un d’entre vous me dit qu’il accepte tout à fait d‘être dépouillé de tout ce qu’il possède et qu’il refuse d’avance toute disposition ou intervention visant à l’empêcher, je penserai ou bien qu’il ment, ou bien que c’est un saint, mais en tout cas qu’il n’est pas représentatif. Et ça ne m’empêchera pas de dire que « tu ne voleras pas » est un interdit aussi fondamental que « tu ne tueras pas ».

    (reste à savoir quand et à quoi ce droit de propriété peut légitimement s’appliquer – une discussion philosophico-juridique permanente, mais qui ne peut pas conclure que le droit de propriété n’existe pas)

    Dans cette conception, le Droit Naturel est l’ensemble des règles que tout individu doit respecter pour ne pas violer les droits naturels des autres. C’est essentiellement un ensemble de quelques interdictions qui s’imposent à tous indépendamment de leurs choix éthiques personnels, et qui ne peut pas être remis en question par des considérations utilitaristes, qu’elles se situent au niveau individuel ou au niveau d’une collectivité. C’est en ce sens que le Droit Naturel est logiquement antérieur à toute autre disposition. En particulier, il s’impose aux gouvernements (qui ne sont jamais qu’une collection d’individus) comme à tous les autres individus.

    Pour en revenir à la redistribution, elle ne figure pas dans le Droit Naturel ainsi défini. Elle peut être imposée par des règles éthiques, mais elle est alors affaire de choix personnel et ne peut pas être imposée par les lois civiles. Elle pourrait également être justifiée par des considérations utilitaristes, mais sa mise en oeuvre ne doit pas violer le Droit Naturel, notamment le droit de propriété.

  13. Silvertongue

    @ Elvin

    « Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom »

    Je trouve votre manière de communiquer assez déplaisante. D’autant plus que contrairement à ce que vous dites, nous parlons bien de la même chose : je maintiens contre votre opinion qu’il est bien possible de défendre d’une manière libérale une éthique distributive (réellement et effectivement distributive !) – et donc, pour revenir au billet qui a suscité cet échange, non seulement qu’on peut justifier la justice distributive, et cela sans être utilitariste.

    Mon emploi du terme « libéral » vous pose problème, je le conçois – mais malheureusement la position libertarienne de droite n’est pas la seule à pouvoir se prévaloir de la valeur liberté. Un mot, tout mot, est un outil de pensée et de communication. Pour tout dire, ce n’est que cela. Wittgenstein a d’ailleurs montré l’absurdité d’un langage privé. En refusant d’utiliser les termes qui existent dans leur sens partagé, vous compliquez nettement la discussion, mais vous n’apportez aucun argument supplémentaire. Le fait de se prévaloir d’un usage prétendument « précis » des termes, mais sans tenir compte du fait que cet usage est le fait d’une frange extrêmement réduite de personnes partageant, par ailleurs, une position relativement extrême, n’y change pas grand-chose.

    D’ailleurs, vous dites ne pas tenter de départager des éthiques concurrentes alors que toute votre argumentation vise à montrer l’inanité des autres « éthiques » (même si vous ne leur reconnaîtriez sans doute pas ce statut). Votre appel à la cohérence performative pour appuyer votre opinion est, elle aussi, tout à fait discutable. Votre prétention à démontrer que le droit naturel suffit à imposer à toute personne sensée l’inviolabilité de la liberté négative comme éthique à la fois nécessaire et suffisante relève d’une erreur de raisonnement : on a depuis fort longtemps admis (des gens stupides et qui souhaitaient, sans aucun doute, imposer leur éthique personnelle aux autres) l’impossibilité de passer de descriptif au normatif. Je vous renvoie pour faire vite à ce que certains nomment la « Loi de Hume » – que beaucoup ont essayé en vain de contourner. Quand on parle de normes, il faut l’assumer et en l’occurrence, votre discours est à cheval (tout comme le mien d’ailleurs, sur ce point, je ne vous reproche rien) entre l’économie normative et la philosophie morale et politique.

    Revenons donc à la position que vous défendez, car le sujet m’importe, vous l’aurez compris. Vous identifiez la liberté (une fois réduite à la seule liberté négative, ce qui ne va pas du tout de soi) à la pleine propriété de soi (suivant en cela Rothbard, probablement). Par ailleurs, selon vous, rien n’existe, en tout cas économiquement, sans être intégré dans la propriété privée qui n’est qu’une extension de cette pleine propriété que les individus ont sur eux-mêmes. Vous opérez des choix normatifs. Cela ne va pas de soi. Nul ne peut, ni ne veut d’ailleurs, soyez rassuré, vous en empêcher ou même vous faire changer d’avis. Mais votre position n’est pas évidente ou indiscutable parce que logique. Certes, ce n’est pas, en soi, un problème. Et cela permet juste de comprendre pourquoi certains ne seront pas convaincus par votre argumentation et vos choix – sans pour autant être imperméables à toute forme de logique.

    Méfiez-vous, vous prétendez défendre la liberté (ou ce que vous appelez de ce nom) avec des armes qui ont toujours été celles de la pensée totalitaire…

  14. elvin

    @Silvertongue

    J’ai beau lire et relire votre post, j’ai beaucoup de mal à reconnaître ce que j’ai essayé de dire dans la recension que vous en faites, au point que je ne suis pas d’accord avec les propos que vous me prêtez. J’en déduis que je dois très mal m’exprimer…. Difficile d’argumenter dans ces conditions.

    De toute façon, ce que je comprends de votre intervention, c’est « ça se discute, tout le monde ne pense pas comme vous ». Ca, je le savais. Je préfèrerais de loin une discussion sur le fond.

  15. Thomas

    Un peu en retard mais un grand merci d’avoir relayé le lien vers le billet de Mankiw avec qui je suis grandement d’accord.
    J’avais toutefois besoin d’une référence pour appuyer ce ue je disais.

    Mantenant je l’ai!

    Pour péciser, ce que dit Mankiw, la théorie de l’imposition optimale prend pour métrique de comparaison l’utilité. Elle est donc utilitariste, peu importe la méthode d’agrégation des utilités que l’on utilise (max de l’utilité moyenne, totale, ou maximin).
    La fonction de bien être sociale Rawlsienne n’a de Rawlsien que le nom ; pour qu’elle soit véritablement Rawlsienne, il faudrait qu’elle permette de maximiser l’indice de BIENS PREMIERS sociaux des plus démunis.

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