Les économistes sont nuls en matière de prédictions, mais ils ne sont pas les seuls

Il est de bon ton dans les conversations façon café du commerce de taper sur les économistes parce qu’ils n’ont pas été capable de prédire la crise financière. Ceux qui poussent leur « réflexion » un petit peu (un tout petit peu) plus loin en déduisent que « l’économie n’est pas une science ». On peut toujours essayer d’expliquer à ces gens là que la science ne consiste pas à faire des prédictions et qu’une crise financière est typiquement le genre de phénomène difficile à prévoir, mais généralement ils ne vous écouteront pas.

Certes, comparasion n’est pas raison, mais le plus simple est finalement de faire comme Greg Mankiw et de pointer du doigt que même dans un domaine que n’importe quel pilier de bar reconnaitrait comme « scientifique », prédire n’est pas une mince affaire. Et oui, quel est l’épidémiologiste à avoir prévu qu’un virus nommé « H1N1 », de souche différente de celle de la « grippe aviaire », émergerait à partir d’un foyer au Mexique pour ensuite se propager essentiellement aux Etats-Unis et au Japon ? Y’a-t-il un épidémiologiste qui peut dire avec certitude ce qu’il va se passer à l’automne prochain avec toutes les possibilités de recombinaisons et de mutations du virus ? Non. L’épidémiologie ne doit certainement pas valoir mieux que l’astrologie… et l’économie ! 

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28 Commentaires

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28 réponses à “Les économistes sont nuls en matière de prédictions, mais ils ne sont pas les seuls

  1. Intéressante comparaison. La façon dont je vois la question des prévisions en éco c’est que les lois de l’économie réduisent le nombre de scénarios possibles. Certaines évolutions futures sont exclues parce que contradictoires, mais cela laisse quand même beaucoup de candidats. On « sait » donc quelque chose sur le futur, mais pas assez pour isoler un scénario unique. La même chose doit pouvoir être dite de l’épidémiologie.

  2. elvin

    d’accord, la science ne consiste pas à faire des prédictions.

    Mais
    1. ya des gens qui disent qu’on reconnaît une théorie scientifique justement au fait qu’elle est capable de produire des énoncés nouveaux vérifiables par l’expérience, autrement dit des prévisions
    2 comment les économistes peuvent-ils préconiser des politiques publiques s’ils ne peuvent pas en prédiré les effets?

    d’où deux questions:
    1. une théorie peut-elle être scientifique sans être réfutable au sens de Popper?
    2. les économistes doivent-ils arrêter de préconiser des politiques publiques ? (comme Quesnay qui, au Dauphin qui lui demandait « que feriez-vous si vous étiez roi », répondait « je ne ferais rien »)

    si vous avez répondu oui aux deux questions, félicitations ! vous êtes sur le bon chemin pour rallier l’école autrichienne. L’étape suivante, la plus difficile, sera de remettre les maths à leur (très modeste) place

  3. C.H.

    La bonne réponse est non aux deux questions à condition de bien comprendre ce qu’est la réfutabilité, ce qu’elle implique et ses limites. On peut réfuter des explications. Répondre « oui » à la deuxième question reviendrait à dire que parce que les épidémiologues ne peuvent pas prévoir le développement de nouvelles épidémies ils faudraient qu’ils s’abstiennent de conseiller les pouvoirs publics. Ce qui n’a aucun sens.

  4. MacroPED

    C’est étonnant que chaque jour en suivant le bussiness de Euronews de savoir que contrairement aux prévisions des économistes, la tendance est..C’est sujet à me faire rire.

    Que dire à ceux qui s’intéressent à la metéo? Que dire de nos frères physiciens qui ne prédisent…

  5. elvin

    bon c’est vrai, j’ai réagi trop vite (le repas de midi était assez arrosé). Je pensais précisément aux prédictions quantitatives. A ma décharge, je pense que beaucoup font sur la réfutabilité la même erreur que moi. Mais promis, je ne recommencerai pas … jusqu’à la prochaine fois.

  6. Pour ma part, je pense qu’il faut clarifier ce qu’on entend par « prédiction ».

    Il y a d’une part les prédictions chiffrées sur l’évolution de certaines variables macroéconomiques. Dire comment vont évoluer la croissance ou le taux de change est extrêmement difficile (je parle du taux de change car une étude citée dans « sexe, drogue et économie » montre qu’aucun modèle de taux de change ne parvient, à l’heure actuelle, à faire de meilleures prédictions que le modèle basique : « le taux de change de demain sera le même qu’aujourd’hui »).

    Il y d’autre part les prédictions sur l’impact d’une politique économique sur la variable objectif de ladite politique. Et d’ailleurs, il s’agit plus de « mesure » que de prédiction. Prédire si la réduction de la taille des classes permet d’améliorer les résultats scolaires passe déjà par la mesure de cet effet lorsque cette politique a été tentée. Et là, les économistes ont des choses intéressantes à dire (en l’occurrence, il semblerait que l’effet soit trop faible par rapport au coût de la réduction de la taille des classes).

    Les exemples d’études empiriques qui apportent des éléments importants sur l’impact des politiques économiques sont très nombreux : l’allègement des charges sur les bas salaires est efficace pour lutter contre le chômage (au contraire des emplois aidés dans la fonction publique), les ZEP n’améliorent pas les résultats scolaires, l’extension des droits des femmes en matière de divorce réduit les violences conjugales… etc.

    Typiquement, il s’agit d’études qui sont réplicables et dont on peut tester à plusieurs reprise la validité. C’est un élément important dans le débat sur la scientificité de l’économie.

  7. Elvin, je ne suis vraiment pas d’accord avec votre interprétation de la réponse de Quesnay au Dauphin : il ne faut pas oublier qu’il a ensuite répondu, à la question « Et qui gouvernerait ? » « Les lois » (pas celles du marché). Pour lui, le rôle de l’Etat était de fixer les règles du jeu, et de les faire respecter, sans toujours les modifier capricieusement (il faut dire qu’avec Louis XV, on était servi…).
    Ca ne veut nullement dire qu’il niait que les économistes aient un rôle à jouer dans l’élaboration desdites lois !

  8. elvin

    @Emmeline
    Avez-vous des références pour justifier votre interprétation de Quesnay ?
    Pour ma part, je l’interprète exactement à l’inverse de vous. Les Physiocrates, dont Quesnay était le chef de file, professaient qu’il existe un ordre naturel auquel même les rois doivent se soumettre. Et ce sont des physiocrates qui ont lancé l’expression « laissez faire, laissez passer ». Donc pour moi, et je pense pour l’immense majorité des commentateurs, les lois auxquelles renvoie Quesna

  9. elvin

    @Emmeline
    Avez-vous des références pour justifier votre interprétation de Quesnay ?
    Pour ma part, je l’interprète exactement à l’inverse de vous. Les Physiocrates, dont Quesnay était le chef de file, professaient qu’il existe un ordre naturel auquel même les rois doivent se soumettre (et qu’ils doivent faire respecter). Et ce sont des physiocrates qui ont lancé l’expression « laissez faire, laissez passer ».
    Donc pour moi, et je pense pour l’immense majorité des commentateurs, les lois auxquelles renvoie Quesnay sont les lois de la nature et non celles fixées par l’Etat. Et pour lui, le rôle des économistes est de découvrir ces lois, qui préexistent à la réflexion des économistes, et non de les élaborer.

  10. elvin

    désolé pour le double post (mon doigt a glissé…)

  11. Merci, je connaissais les physiocrates et « laissez faire, laissez passer ». Je connais même les mercantilistes, voyez…

    Mon interprétation se fonde simplement sur le fait qu’à l’époque absolument personne, physiocrates compris et Dauphin a fortiori, n’était familier avec l’expression « les lois du marché », et que si Quesnay avait voulu parler de lois de la nature, il aurait donc répondu « l’ordre naturel », réponse qui d’ailleurs aurait été nettement plus prudente.

    En outre, il faut remettre la conversation dans son contexte historique, qui était celui du bras de fer entre Louis XV et le Parlement d’une part, les Jésuites de l’autre.

    Par ailleurs, Quesnay a applaudi la nomination d’un autre physiocrate, Turgot, à la Marine puis aux Finances. Et il aurait certainement approuvé ses tentatives de réformes s’il n’était mort trop tôt.

  12. elvin

    @Emmeline

    Je ne mettais pas en doute votre connaissance de l’histoire de la pensée économique … jusqu’à ce que vous donniez votre interprétation du mot de Quesnay.

    Sans prolonger la controverse, il me semble que votre argumentation est extrêmement ténue, et que vous êtes bien la seule à adopter cette interprétation (si ce n’est pas le cas, les références aux auteurs qui partagent votre interprétation m’intéressent).

    Et les réformes de Turgot (le peu qu’on lui a laissé faire) ont visé à réduire l’intervention de l’Etat dans l’économie, conformément à ce qu’il a toujours professé. Quesnay n’aurait eu aucun problème pour les approuver puisqu’elles étaient conformes à sa doctrine.

  13. bof

    À quoi donc sert la science sinon à prévoir?
    (L’explication sans prévision reste un jeu intellectuel. L’explication qui éclaire l’action devient une prévision.)
    Comme la science n’est armée que de théories forcément limitées, et non omnisciente, elle ne peut tout prévoir dans un monde qui reste pour nous ouvert, indéterministe et incertain. (N’ouvrons pas la boite de Pandore : qu’est ce que la vérité?)
    Ainsi biologistes et médecins ne peuvent prévoir la naissance d’épidémies nouvelles. Mais ils ont pu faire disparaître les grandes épidémies de peste et de variole.
    Peut-être qu’un jour tous les économistes ayant appris et enseigné les principes élémentaires et fondamentaux de l’action humaine, les effets de systèmes monétaires à réserves fractionnaires, les conséquences de la manipulation de taux d’intérêt, et pourquoi pas (horresco referens) l’ABCT, auront aidé à éviter les crises économiques et à ne plus avoir que quelques petites perturbations locales vite résorbées. Rêvons ensemble.

    Prédiction : annonce d’événements futurs
    Prévision : action de prévoir ; prévoir : voir, concevoir par avance

  14. Entendons-nous bien, Elvin, je ne nie nullement le libéralisme de Quesnay et Turgot.

    Je hurle contre votre recours à Quesnay pour soutenir l’idée que les économistes devraient se laver les mains des politiques publiques : il me semble que dire que l’Etat doit laisser faire et laisser passer (et, accessoirement, Quesnay n’a pas dit que cela, et Turgot a fortiori, puisqu’il a rêvé d’une réforme fiscale majeure), et devenir ministre pour y apporter sa contribution, c’est bien se mêler de politique publique ! sinon, comment appelez-vous une politique de réduction des taxes sur les grains ?

  15. [Complément, @Elvin : J’ai supposé que par « votre interprétation » vous vouliez dire « l’interventionnisme forcené de Quesnay », qui, on est bien d’accord, n’est justement pas mon interprétation ; si vous vouliez dire « le fait que Quesnay ait fait référence aux lois du marché », je vous invite, vous, à contrer mon argumentation, plutôt que de la déclarer unilatéralement « extrêmement ténue », en me prouvant que « les lois du marché » était une expression fort banale en 1760 et que « l’ordre naturel » aurait conduit Quesnay au bûcher dans l’instant…]

  16. elvin

    @Emmeline

    On converge et j’en suis content, car j’estime beaucoup votre blog et ça m’embêterait d’être en conflit frontal avec les tauliers.

    Je vous accorde volontiers que se mêler de politiques publiques pour supprimer des règlementations et réduire les taxes, comme l’a fait Turgot, est tout à fait louable. Méme Rothbard serait d’accord là-dessus. Mais avouez que ça n’est pas ce que l’immense majorité des économistes entend par « se mêler de politiques publiques ».

    Par « votre interprétation », j’entendais l’idée que les lois dont parle Quesnay sont des lois faites par l’Etat (il me semble bien que c’est ce que vous avez écrit) et non les lois naturelles qui existent indépendamment de l’Etat et auxquelles même le Roi doit se plier (thèse bien connue des Physiocrates, et mon interprétation).

    Je n’ai pas plus employé l’expression « les lois du marché » que Turgot et le Dauphin. Je ne vois donc pas pourquoi j’aurais à vous prouver quoi que ce soit concernant cette expression.

  17. elvin

    Emmeline, désolé si je confonds un peu les différents blogs. De toute façon, je vous fais la bise.

  18. Voyez Cahuc et Kramarz tout récemment, par exemple : ils sont de fervents défenseurs du contrat de travail unique, qui reviendrait à alléger sérieusement le droit du travail. Je pense que si on leur posait la question, ils assumeraient tout à fait qu’ils prodiguent des conseils sur les politiques publiques. Et de façon plus générale, les motivations sous-jacentes à l’action politique de Turgot ne sont pas si différentes de celle de Myrdal, par exemple (je prends un exemple bien lourd) : l’un s’est engagé dans la bataille pour la promotion de politiques libéralisant le marché parce qu’il l’estimait meilleur pour la société, l’autre a milité pour un Etat-Providence puissant… parce qu’il l’estimait meilleur pour la société.

    Pour lois naturelles (ou du marché, comme vous préférez, mais pour un libéral ça devrait se recouper) versus lois tout court, il faudrait un historien pour trancher. Mais je maintiens qu’il est très vraisemblable que Quesnay ait eu les lois du royaume en tête, car c’est bien ce qu’aurait pensé n’importe quel homme de l’époque (encore une fois : conflit royauté-Parlement en toile de fond) en entendant sa réponse. Je ne vois pas pourquoi il n’aurait pas précisé « naturelles » s’il l’avait pensé.
    A moins qu’il n’ait su qu’il prononçait un mot historique, ce qui est évidemment envisageable, et se soit dit qu’il ferait exprès de maintenir le suspense pour susciter de passionnants débats au sein des générations futures :). Même si je ne suis pas du genre à aller au conflit (sauf que je n’aime pas qu’on « ténuise » injustement mes arguments !).

  19. elvin

    Bon, n’ergotons pas trop, d’autant plus qu’il n’est même pas sûr que cette conversation « historique » ait eu lieu dans les termes exacts où la postérité l’a rapportée.

    Mais ce qui reste, c’est que la conception physiocratique de l’ordre naturel est bien connue et qu’il serait quand même surprenant que lors de ses promenades avec son élève, Quesnay ait soutenu une thèses opposée. Mais on ne sait jamais…

    A part ça, c’est vrai que pour un libéral (classique), les lois naturelles sont celles du marché, mais à condition que les acteurs du marché soient libres de leurs décisions et de leurs actes. Ce qu’on appelle les « lois du marché » peut fort bien être différent des lois naturelles si un acteur, par exemple l’Etat, arrive à imposer des lois différentes. Autrement dit, la thèse libérale n’est pas que la loi du marché, quelle qu’elle soit, doit prévaloir, mais que le fonctionnement du marché doit respecter les lois naturelles sans être contraint par des « lois » artificielles.

  20. Le Dauphin, son élève ? mais Quesnay était le médecin et un proche de la Pompadour, qu’il exécrait (avec ses soeurs, il l’appelait « maman-putain », ce qui n’est d’ailleurs pas très élégant) !

    Je suis entièrement d’accord avec votre dernière phrase – disons que, pour le coup, à notre époque « loi du marché » sous-entend « loi du marché laissé libre de son fonctionnement naturel » (si tant est que ledit fonctionnement naturel existe) et que c’est ainsi qu’il faut l’entendre dans mes précédents commentaires. Il me semble d’ailleurs que tout le but des réformes de Turgot était de supprimer les contraintes artificielles qui pesaient sur les différents marchés, quitte pour cela à en remplacer certaines par d’autres contraintes (étatiques) lui paraissant moindre mal.

  21. elvin

    je crois, mais je ne retrouve pas la source et de toute façon ça n’a pas d’importance, que Louis XV, en plus de l’anoblir, l’avait nommé précepteur du Dauphin pour le récompenser d’avoir guéri ce dernier de la petite vérole

  22. Pour l’anoblissement suite à la guérison de Louis junior, je suis effectivement sûre que c’est vrai, mais à l’époque (je ne me souviens plus de l’année exacte) le dauphin était déjà marié (pour la deuxième fois), donc un brin vieux pour avoir un précepteur.

    Bref, il vaut mieux ne pas me lancer sur le sujet, et ça n’a effectivement guère d’importance.

  23. elvin

    guérison et anoblissement : 1752. Le dauphin avait alors 23 ans. Donc effectivement j’ai du rêver.

  24. Jojo

    Pour reprendre la distinction de bof : il y a prédictions et prévisions. Les théories scientifiques (mathématiques, physique …) font des prédictions et de ce fait permettent d’établir un protocole expérimental. Une science est donc un corpus théorie/prédictions/expériences/résultats.
    Une prédiction falsifiée par l’expérience, falsifie la théorie et en demande une nouvelle (ou une théorie plus précise dans le domaine concerné et cohérente avec la précédente).

    Une ‘science’ qui ne fait pas de prédiction n’est pas falsifiable, et n’est donc pas une science.
    L’épidémiologie n’est pas une science, c’est un sujet d’étude relatif à une sous-branche d’une science: la biologie.

    La comparaison crise/épidémie me paraît donc inopportune.
    Une épidémie particulière n’est pas prédictible par définition, puisque l’adn des virus et bactéries évolue de façon aléatoire par mutation et sélection naturelle.
    L’apparition de la variante H1N1 A est donc aléatoire, et elle a été sélectionnée car cette variante précise est apte à contaminer l’homme.
    Mais on peut prévoir et prévenir les causes des épidémies, en éliminant les foyers épidémiques potentiels, par exemple les élevages intensifs dans les pays qui n’ont pas les moyens d’imposer une hygiène à la production agroalimentaire.

    Dans ce sens l’épidémiologie et l’étude des virus et bactéries permettent d’établir un lien de cause a effet et de falsifier l’hypothèse: l’origine la plus probable des épidémies est un foyer d’infection animale.
    D’une certaine façon, la connaissance de l’existence de foyers à risque vaut prédiction.

    La crise économique était prévisible: le surendettement des ménages américains et le déséquilibre (à sens unique sur quinze ans) des balances commerciales au niveau international ne pouvaient que résulter dans une crise.
    Ce n’est pas la mutation d’un agent qui a causé la crise, mais bien une déficience structurelle globale, toujours pas corrigée, dans l’économie mondiale. Cette déficience ne peut pas se corriger spontanément, et c’est là que la mouvance économique dominante est mise en défaut: le credo selon lequel le marché est auto-régulé et optimal est faux.

    Si l’économie ne peut pas prédire une crise, et donc en venir à un consensus sur des questions de fond comme celle de la régulation du marché sur le long terme, c’est qu’elle n’est pas ( encore ? ) une science.

    De plus si l’économie (science de l’affectation des ressources) amène a des conclusions aberrantes (possibilité d’une croissance infinie dans le temps avec des ressources finies ? ) pour n’importe qui ayant des connaissances rudimentaires de mathématiques, on peut se demander si il s’agit d’une science.

    Je ne suis pas sectaire: je continue à lire régulièrement des blogs d’économistes qui m’éclairent sur des sujets précis et m’informe de l’évolution des débats.

    Mais il me paraît honteux et anti-scientifique de retrouver régulièrement des billets de type
    – « débat épistémologique sur la fin des experts », alors que dans divers domaines scientifiques les experts sont des sources tout à fait fiable,
    ou encore sur
    – « l’impossibilité de prévoir la crise », alors que dès début 2007 des économistes la prédisait imminente, et bien plus tôt certains économistes ou professionnels de la finance prévenaient des déficiences structurelles du système.
    J’interprète cela comme une façon (surement involontaire) un peu hypocrite de se dédouaner de la « responsabilité » qui incombe à un bloggueur économiste d’avoir pu ou non prévoir la crise.

    Je pense qu’il vaut mieux dans ce cas faire comme un thermodynamicien qu’on questionnerait sur la théorie des supercordes: admettre humblement que la macro-économie et les marchés financiers ne sont pas sa spécialité et pointer vers des experts du sujet car, si l’économie est une science, des experts fiables doivent exister sur ces sujets.

  25. C.H.

    Le « crédo selon lequel le marché est auto-régulé et optimal » n’existe pas (plus) en sciences économiques, je vous invite à vous renseigner un peu. Pour le reste, je vous serai gré de ne pas préjuger de mes intentions. Il se trouve que ce que je raconte sur les prédictions en économie sont toujours tirées de ce que racontent les « experts ». Enfin, je vous invite à actualiser vos connaissances en philsophie des sciences : la thèse de la symétrie entre prédiction et explication est abandonnée depuis les années 70…

  26. Je me permets d’intervenir. Une croissance infinie avec des ressources finies est possible !

    A) Tout d’abord, si on dit que le PIB est borné supérieurement à cause de la finitude des ressources, celui-ci peut néanmoins croître indéfiniment (les suites majorées croissantes existent !). Ce n’est pas l’argument le plus convaincant, mais c’est juste pour montrer que « les connaissances élémentaires en mathématiques » ne suffisent pas.

    B) Si on regarde un peu tout ce qui a été fait depuis Solow sur la croissance, on se rend compte que celle-ci est essentiellement tirée par l’accroissement de la productivité. Certes, on utilise de plus en plus de ressources en travail et en capital, mais on les utilise de plus en plus efficacement !

    Admettons que l’on ne dispose comme ressource que du travail d’un homme. Qu’est-ce qui garantit que l’on ne pourra pas indéfiniment accroître l’efficacité avec laquelle on utilise cette ressource pour produire de plus en plus ?

    D’ailleurs, si je puis me permettre, la théorie selon laquelle la croissance devra s’arrêter un jour est celle qui a produit les plus mauvaises prédictions !

    Pour finir, je pense que juger du fait que l’économie soit une science ou non sur sa simple capacité à prédire les crises me semble un peu sévère. Je ne rentre pas dans le débat de savoir si la crise était prévisible (de ce point de vue, le début du livre de Taleb « le cygne noir » me semble très pertinent, même si je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’il écrit après). La science économique commence tout juste (depuis un demi-siècle environ) à se doter des instruments pour mesurer les liens de causalité entre les phénomènes économiques (et entre autre les politiques publiques).

    Il est faux de dire que les économistes n’arrivent jamais à un consensus ! Si vous lisez un peu la littérature sur le chômage, vous serez surpris de voir à quel point les économistes du courant orthodoxe (soit la très grande majorité) sont d’accord entre eux et qu’ils font des recommendations relativement similaires quant aux politiques à mener pour lutter contre.

  27. Jojo

    CH : Je ne préjugeais pas de vos intentions, mais je caricaturais votre position parce que je ne la trouve pas très productive. L’objectif d’une science appliquée est (entre autre) de comprendre (expliquer), et ensuite de vérifier la compréhension par la prédiction et la confrontation. Si on sort de ce paradigme, on sort de la science appliquée et utile qu’est/doit être par essence l’économie.

    Mais le fait est que l’économie n’en sort pas: le travail qui est fait aujourd’hui et depuis deux ans par beaucoup d’économistes, c’est bien de comprendre la crise, de l’expliquer et de mettre en lumière ce qui aurait permis de la prévoir et de l’éviter.

    Au demeurant, je ne voulais pas être agressif, et il n’y a pour moi pas de « responsabilité » (d’où les guillemets) du bloggueur, d’où aussi l’absence de nécessité de se déresponsabiliser. De même pour le « credo du marché auto-régulé » (qui a été suivi jusqu’à la crise de 2007 aux US si je ne m’abuse) il s’agit pour moi d’un exemple de prédiction falsifiant une théorie, pas d’un péché insurmontable.

    La responsabilité de la crise est avant tout politique, et donc individuelle et collective, tout comme la responsabilité dans l’action ou l’inaction contre le changement climatique et la destruction de l’environnement en général.

    Y: Une croissance infinie n’est pas possible si l’intégrale est finie. Si vous considérez que toutes les ressources sont renouvelables (ce qui est une approximation correcte sur un intervalle de temps fini) alors, oui, on peut croître indéfiniment, mais c’est là que la réalité nous rattrape: en à peine 200 ans de croissance exponentielle, avec des ressources renouvelables apparemment abondantes, on est déjà au bord du gouffre au niveau environnemental, parce que les ressources sont renouvelables « dans certaines limites », par exemple, les stocks de poisson.
    De plus cette croissance a été essentiellement supportée par des ressources non renouvelables: charbon, pétrole et gaz et des ressources qui sont en quantités limitées et pas toujours facilement recyclables: les métaux.

    De fait, une croissance continue non réfrénée dans des milieux fermés a déjà causé des effondrements de civilisations: lisez Collapse, de Jared Diamond.
    A l’échelle de la Terre, l’humanité est dans un tel milieu fermé.

    Enfin: je n’ai jamais dit « jamais ». Et j’espère que les économistes, les politiques et les scientifiques arriveront à un consensus, car pour l’instant, une épée de Damoclès pèse sur l’humanité: notre mode de développement économique, justement.

    Et c’est aux économistes (pas en tant que bloggueurs mais en tant que scientifiques) conjointement aux autres experts qu’il incombe de préconiser (prédire?) les méthodes de développement qui permettent de résoudre les problèmes environnementaux.

  28. L’argument du système fermé ne fonctionne que si les mêmes quantités d’inputs produisent toujours le même niveau d’output. Or, ce n’est justement pas le cas. La croissance de la productivité permet de produire plus avec autant ou de produire autant avec moins. Il ne faut pas faire la même erreur que Sarkozy qui prétend que « pour produire plus, il faut nécessairement travailler plus ».

    Si l’épuisement des ressources conduit à une diminution de la quantité d’inputs utilisés (ce qui suppose qu’on a épuisé tous les substituts disponibles et que les ressources renouvenables ne peuvent pas compenser), la production ne chute que si l’accroissement de la productivité ne suffit pas à compenser (c’est l’erreur de Malthus).

    J’avais lu un résumé de l’ouvrage de Diamond qui effectivement a l’air extrêmement intéressant. Toutefois, ceci est à mettre en balance avec le fait que jusqu’à présent, la croissance de la productivité a été telle qu’aucune borne à la croissance de la production n’est jamais apparue malgré toutes les prédictions négatives faites depuis des siècles.

    Toutefois, il me semble que cette discussion nécessite également de prendre en compte l’argument démographique. Peut-on compter sur une stabilisation de la population à long terme ? Mes connaissances sur le sujet et sur les implications d’un tel argument sont malheureusement trop limitées.

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