Ordre, violence et développement économique

Douglass North, John Wallis et Barry Weingast viennent récemment de publier un nouvel ouvrageViolence and Social Orders, dont le propos pour le moins ambitieux est de proposer un nouveau cadre théorique à même de rendre compte du processus de développement économique connu par l’Occident sur les 2000 dernières années. J’ai commandé l’ouvrage hier, et j’essaierai d’en faire une note de lecture le plus rapidemment possible (après avoir lu ça et ça cependant). On peut toutefois avoir un aperçu du propos des auteurs en lisant cet article très long et celui-ci un peu moins. Voir aussi ce billet d’Arnold Kling ou encore ce podcast avec Barry Weingast.

Pour résumer, les auteurs défendent l’idée que les sociétés humaines peuvent s’organiser de manière générale suivant deux modalités : selon un ordre à accès limité (limited-access order) ou selon un ordre à accès ouvert (open-access order). Dans le premier cas, il n’existe pas de concurrence politique et économique. Le pouvoir politique est détenu par une poignée d’individus et ne peut être remis en cause par aucun moyen légal. Les détenteurs du pouvoir politique réduisent par plusieurs moyens la concurrence économique en instaurant diverses formes de restrictions. Dans un ordre ouvert, à l’inverse, la concurrence est généralisée au niveau politique comme au niveau économique. La concurrence politique signifie une concurrence effective entre gouvernements (de la forme concurrence à la Tiebout) ainsi que la présence de plusieurs parties politiques pouvant prétendre au pouvoir sans recours à la force (comme le note Kling, concurrence politique ne rime pas forcément avec gouvernement minimal). La concurrence économique résulte de l’absence de règles limitant artificiellement la concurrence. Dans un ordre ouvert, le pouvoir politique est ainsi incité à fournir des biens publics et à mettre en place les conditions adéquates pour le développement économique. Les auteurs relèvent que les ordres ouverts n’apparaissent que de manière très tardive dans l’histoire de l’humanité et que la transition d’un ordre fermé à un ordre ouvert n’a rien d’automatique.

Je n’ai pas encore assez d’éléments pour porter un jugement, mais le cadre théorique m’a l’air très intéressant. Il réintroduit une problématique typiquement wébérienne au sein de l’analyse économique : la régulation de la violence par l’instauration d’un ordre. Autrement dit, il s’agit d’une contribution supplémentaire au champ croissant de l’économie politique et institutionnelle, dans la lignée des travaux d’économistes comme Acemoglu ou Greif. Plus sur le sujet très prochainement. 

3 Commentaires

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3 réponses à “Ordre, violence et développement économique

  1. MacroPED

    Sur le charbon ardent suis-je…J’attends

  2. LEONARD

    la violence peut contribuer au développement d’une nation si elle est rationnalisée….

  3. Mamadou Alimou DIALLO

    La violence dans la société n’est pas une chose voulue, mais parfois elle est importante quand elle rappelle les dirigents à l’ordre.

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