Smith et la main invisible : Kennedy vs Klein

Deux articles très intéressants sur le statut de la métaphore de la main invisible dans l’oeuvre d’Adam Smith. Gavin Kennedy reprend et développe son argument qu’il défend à longueur de billet sur son blog, argument selon lequel la main invisible n’a qu’une fonction d’illustration de l’idée que des éléments en apparence disjoints peuvent avoir une connexion cachée qui se matérialise sous forme de résultat « non attendu ». En tout état de cause, selon Kennedy, Smith n’a fait usage de cette métaphore (trois fois dans toute son oeuvre) que pour des cas très particuliers et ceci dans une perspective très éloignée de l’interprétation qui a pu en être faite par les économistes au 20ème siècle, à savoir comme une défense des processus de marché.

Dan Klein répond à Kennedy et propose une lecture différente dans une perspective hayékienne. Klein considère que Kennedy sous-estime clairement la portée de la métaphore de la main invisible ainsi que (mais cela est impossible à vérifier) l’importance que lui conférait Smith. L’interprétation de Klein est intéressante car elle se fait dans une perspective évolutionnaire afin de réconcilier les trois occurences de cette image dans l’oeuvre de Smith. Toutefois, il ne tombe pas dans la lecture moderne qui fait de Smith un free-markeeter invétéré. Au final, je penche quand même plutôt pour la lecture de Kennedy qui me semble plus fidèle à la lettre du texte de Smith, alors que Klein développe clairement une perspective rétrospective en interprétant en partie Smith à partir de développements théoriques postérieurs. Ce n’est pas inintéressant mais probablement moins « exact » sur le plan historique.

Pour le reste, il y a une idée que développe Kennedy dans son texte et qui mérite d’être rappelée : les raisonnements en terme de « main invisible », « ordre spontané » ou « effet émergent » n’implique aucunement que le résultat non intentionnel qui émerge de processus intentionnels est « bon » ou « juste ». Le modèle de ségrégation de Schelling est là pour nous le rappeler. Plus fondamentalement, ce qui est important, c’est le cadre institutionnel dans lequel l’aggrégation des comportements. De ce point de vue, il me semble que l’on peut rejoindre Kennedy lorsqu’il considère que la métaphore de la main invisible (ou de l’ordre spontané) n’explique rien. Heureusement, comme cela avait déjà été évoqué ici, l’économie et les autres sciences sociales ont depuis longtemps dépassé le stade de la métaphore.

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Trouvé ailleurs

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s