Les éditorialistes sont-ils des sous-bloggueurs ?

Jusqu’à présent, je n’en avais pas parlé ici, mais là, cet éditorial du rédacteur en chef de La Tribune est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est au moins le troisième ou le quatrième éditorial paru dans ce journal depuis deux mois qui ressort le même argumentaire foireux sur le mouvement des enseignants-chercheurs avec en toile de fond l’idée que les universitaires refuseraient l’évaluation. Plus exactement, leur péché ultime serait de ne croire qu’en l’évaluation par les pairs. Pour les journaleux de La Tribune, c’est un vieux réflexe des « sachants » comme il est dit dans  l’édito, lesquels refuseraient de rendre des comptes à la société. Et de nous sortir l’épouvantail Outreau comme argument pour montrer que l’évaluation par les pairs, c’est maaaaaaaaaaaaal…

J’invite donc cordialement François Lenglet à aller se renseigner, à aller s’immerger dans le milieu universitaire, à aller observer des enseignants-chercheurs en action, histoire de voir si l’évaluation par les pairs est si « confortable » que ça. Et, surtout, je l’invite à réfléchir pour changer, à réfléchir sur les problèmes des critères d’évaluation, sur les compétences que requiert l’évaluation, sur le temps qu’il faut pour évaluer des travaux de recherche. Je l’invite à se renseigner sur les systèmes de publication, de promotion. Je l’invite à réfléchir plus simplement à ce qu’est la recherche. Une fois que ce monsieur aura réfléchit, il se rendra compte qu’il ne peut pas se permettre de ressasser les mêmes arguments façon café du commerce dans un malheureux édito de trois paragraphes.

Cela me fait remarquer que, n’en déplaise à certains journalistes qui ont peur que les blogs viennent piquer dans leur assiette, les éditorialistes font peu ou prou la même chose que les bloggueurs : exprimer leurs opinions qui n’ont pas plus d’intérêt que ça. Mais il y a au moins une différence entre un bloggueur « sérieux » et un éditorialiste : tandis que le premier ne parle que de choses qu’il connait un minimum, le second se plaît à jacter sur des sujets qu’il croit connaitre parce qu’il s’est documenté en cinq minutes.

Publicités

6 Commentaires

Classé dans Divers

6 réponses à “Les éditorialistes sont-ils des sous-bloggueurs ?

  1. A votre premier paragraphe, vous avez fait une coquille (ou une couille, pour citer un éminent pataphysicien). J’imagine qu’on ne juge pas les universitaire sur les « cojones » (ce serait drôlement phallocratique) et que ce n’est pas ce que vous entendiez par « l’évaluation par les paires ».

    Et une question à l’économiste : pensez-vous que si l’université était moins publique dans ce pays, cet argumentaire tiendrait longtemps ?

  2. C.H.

    Quel argumentaire ? Il n’y a aucun « argumentaire » dans mon billet, pas plus que dans l’édito de La Tribune. La seule chose que je fais remarquer, c’est que ce n’est pas bien de parler de choses que l’on ne connait pas, et que c’est encore pire quand on se permet d’émettre des jugements sans la moindre nuance.

    Pour le reste, la recherche fonctionne sur le principe de l’évaluation par les pairs partout dans le monde, y compris aux Etats-Unis. Cela n’a strictement rien à voir avec la question privé/public qui n’est pas du tout l’enjeu de la LRU ou de la réforme du statut des enseignants-chercheurs.

  3. Je me suis mal exprimé : est-ce que les gens n’auraient pas l’impression, du fait que les capitaux soient privés, qu’il y a une autre forme d’évaluation, liée au marché ? Quand bien même ce n’est qu’une impression, et non une réalité ; je ne conteste pas la supériorité, en matière universitaire, de l’évaluation par les pairs et quand bien même je ne suis pas tout à fait d’accord avec le mouvement des enseignants-chercheurs, la procédure d’évaluation vers laquelle on s’oriente me paraît d’une folle sottise.
    En parlant d’argumentaire, je faisais allusion à cette obsession des éditorialistes sur l’évaluation.

  4. C.H.

    OK, effectivement j’avais mal compris. Oui, probablement qu’un système davantage « privé » ferait passer au second plan la question de l’évaluation, ne serait-ce déjà que par le simple fait que les chercheurs n’auraient alors de compte à rendre qu’aux apporteurs de capitaux. Mais, bien entendu, ce n’est pas forcément une raison pour évoluer vers une recherche purement privée, même si, à titre purement personnel, je suis plutôt favorable à des arrangements « hybrides ». Arrangements hybrides qui commencent d’ailleurs à apparaitre vu que les écoles de commerce (par exemple) vont faire à l’avenir de plus en plus de recherche…

  5. Oh, ce serait tout de même sauter bien vite aux conclusions que de vouloir faire une recherche purement privée. Par contre, j’ai tendance à penser que bien des problèmes des chercheurs en France seraient réglés s’ils étaient organisé dans des structures moins publiques (et cela donnerait sans doute un sens à « autonomie »), et qu’une vraie « révolte » irait dans ce sens. Mais bon, c’est le jugement d’un « outsider » en matière universitaire, qui aura bien du mal à sympathiser pleinement avec les insiders. Merci beaucoup de vos précisions, et bon courage !

  6. OS

    A ce propos j’ignore si vous avez suivi ce « débat » ou même s’il vous intéresse mais le Monde vient de faire un incroyable mea-culpa sur le traitement qu’il a fait de la contestation des universitaires : http://www.arhv.lhivic.org/index.php/2009/04/26/979-le-monde-passe-aux-aveux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s