Economie politique des inégalités

Une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé sur Vox un article que je trouve… faiblard. Alberto Alesina et Paola Giuliano défendent l’idée que la crise financière et économique, associées aux diverses polémiques sur les rémunérations des dirigeants, va entraîner dans les années à venir une réduction des inégalités, tout du moins aux Etats-Unis. Les écarts de revenu tendraient maintenant à être perçu comme étant de plus en plus injuste, ce qui va se traduire par une demande politique pour une réduction des inégalités. L’idée est que l’échelle des revenus est perçue différemment par les individus suivant qu’elle est ou non le résultat de l’effort, de la créativité, du mérité, etc. Lorsque le revenu est perçu comme étant fortement corrélé à ces éléments, un relativement haut niveau d’inégalités est considéré comme acceptable. Al’inverse, si les inégalités sont considérées comme injustes, alors la demande par une plus forte redistribution s’accroît. Comment dit-on « enfonçage de portes ouvertes » en anglais ?

Plus fondamentalement, cet article a un aspect normatif énervant (les auteurs parlent « d’intolérance »), non en lui-même, mais du fait de l’idée sur laquelle il est fondé. Les auteurs écrivent ainsi :

« The increase in income inequality of the last three decades in the US is not extraordinary if viewed from a very long-term perspective. The thirty years after the Second World War were the period of the “Great Compression” – a sharp reduction in income inequality (Piketty and Saez 2003). A few months ago, just before the crisis, we were back to roughly to the level of the 1920s, which was the norm in previous decades, not to mention the level of inequality and of social immobility of pre-capitalist societies. But the perception that this increase in inequality was unfair will greatly weigh on the way it will be handled and the political backlash it will create ».

L’argument me semble fallacieux (et ne convainc pas non plus Mark Thoma). Ce n’est pas parce qu’un certain niveau d’inégalité a prévalu pendant plusieurs décennies qu’il est « juste » ou « normal ». Il pouvait éventuellement être ressentie ainsi par les individus à l’époque, mais sur un plan strictement logique cela ne lui confère aucune valeur particulière. Ou alors, l’esclavage est au moins aussi « juste » et « normal » que le salariat… 

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