Analyse économique du pourboire

Parmi la multitude de normes sociales qui rythme notre vie quotidienne, celle du pourboire est l’une des plus étranges tant elle est variable dans son application d’un pays à l’autre et tant par son incidence économique, puisqu’aux Etats-Unis, certaines estimations chiffrent à plus de 20 milliards de dollars le montant total de pourboire annuel pour les seuls restaurants. Pas étonnant que des économistes américains se soient intéressés au phénomène. J’ai parcouru rapidement une petite partie de la littérature et on y trouve des choses intéressantes qui sont généralisables à l’ensemble des normes sociales.

Apparemment, l’un des tous premiers articles d’économie à avoir traité de la question du pourboire date de 1980, « Production, information costs and economic organization : The buyer monitoring case », de N. jacob et A. Page, paru dans l’American Economic Review.  Je n’ai pas réussi à mettre la main sur l’article, mais si j’ai bien compris les résumés qui ont pu en être fait, les auteurs reprennent la thèse de Kenneth Arrow selon laquelle les individus font émerger et suivent des normes sociales pour des raisons d’efficience. En l’espèce, dans le cas des restaurants tout du moins, les clients verseraient des pourboires afin de contrôler la qualité du travail des serveurs. L’idée est qu’il est extrêmement difficile pour le patron d’un restaurant de contrôler la qualité du travail de ses serveurs, les clients étant beaucoup mieux placés de ce point de vue. La norme social du pourboire aurait émergé et se serait développée car elle favoriserait un meilleur service, à partir du moment où l’on suppose que les clients versent un pourboire et déterminent son montant en fonction de cette qualité.

Comme le fait remarquer Jon Elster, il s’agit d’une thèse fonctionnaliste (on explique un fait par son « efficacité ») peu satisfaisante. D’une part, si elle était vérifiée, on devrait pouvoir montrer que les restaurants qui interdisent à leurs employés de conserver les sommes perçues à titre de pourboire (comme c’est souvent le cas en France) font moins bien que les restaurants autorisant les pourboires. Il s’agit d’une conjecture qu’aucune étude empirique n’a pu corroborer. D’autre part, cela n’explique toujours pas pourquoi les clients suivent cette norme… sauf à faire l’hypothèse que par un processus évolutionnaire n’ont survécu que les restaurants dans lesquels des pourboires étaient versés et autorisés, hypothèse non vérifiée comme on l’a dit.

La question de savoir si la norme du pourboire est efficiente sur un plan économique n’est toutefois pas totalement tranchée. L’économiste Ofer Azar, qui semble avoir pas mal travaillé sur la question, la rejette dans ce papier sur la base d’une étude empirique. Les économistes M. Conlin, M. Lynn et T. O’Donoghue sont moins affirmatifs. Il y aurait une corrélation positive entre montant du pourboire et qualité du service, ce qui tendrait à indiquer que le pourboire jouerait le rôle d’une forme de contrat implicite entre le serveurs et les clients. Cependant, les mêmes auteurs trouvent que ce contrat est perturbé par une série de facteurs et que cette perturbation va contre l’hypothèse d’efficience : notamment, il semble que la corrélation entre montant du pourboire et la vitesse du service (qui est une des composantes de la qualité du service) soit moins forte le week-end (où les restaurants sont pleins et bruyants) qu’en semaine. Par ailleurs, les auteurs trouvent que les interactions répétées entre les mêmes clients et un même serveur tendent à conduire à des pourboires plus élevés et un service de meilleur qualité que pour une interaction unique, ce qui suggère que la norme du pourboire n’est pas totalement efficiente dans ce dernier cas.

Ces résultats ne semblent toutefois pas être totalement en accord avec ce que l’on peut trouver ailleurs. Dans ce survey, Ofer Azar indique par exemple que, dans l’ensemble, les résultats semblent suggérer que si la qualité du service affecte le montant du pourboire, c’est seulement de manière négligeable. Par ailleurs, il semble que les interactions répétées ne soient pas une raison pour laquelle les individus versent un pourboire puisque les pourboires versés par des clients réguliers ne sont pas plus sensibles à la qualité du service que les pourboires versés par des clients occasionnels. Pour résumer, si les pourboires sont bien conditionnés par la qualité du service, la relation reste relativement faible. L’existence d’interactions répétées entre les mêmes clients et les mêmes serveurs pourraient expliquer le niveau plus élevés des pourboires (et la qualité supérieure du service), toutefois les clients ne semblent pas verser de pourboire dans l’optique d’un meilleur service futur.

L’argument de l’efficience étant peu satisfaisant, il faut se tourner vers d’autres explications, notamment concernant les motivations sous-jacentes au versement d’un pourboire. Les articles déjà mentionnés essayent d’expliquer le versement d’un pourboire par le fait que déroger à une norme sociale aurait pour conséquence d’infliger une désutilité psychologique aux clients. Azar trouve notamment une corrélation négative entre le niveau du pourboire et le niveau de revenu du serveur (ou de tout autre receveur du pourboire), une corrélation positive entre le niveau du pourboire et la proximité « affective » entre le client et le serveur, et enfin entre le niveau du pourboire et le niveau de revenu du client. Ces résultats suggèrent que la norme du pourboire a pu émerger dans des contextes où le client ressent uen forme de compassion et d’empathie envers le travailleur, notamment en raison de l’écart entre leurs revenus respectifs. Colin et al. suggèrent à peu près la même chose, en montrant que le niveau du pourboire est fonction du degré auquel les individus accordent de l’importance à la norme, cette importance dépendant elle-même de l’environnement. Ils montrent aussi que la perception du niveau d’effort du serveur que les clients ont affectent leur propension à tenir compte de la norme. L’idée est que toute norme sociale serait intrinsèquement fondée sur un sentiment de justice et que y déroger est couteux en terme d’utilité psychologique.

Au final, je dois avouer ne pas savoir si l’on est beaucoup plus avancé. Le problème, c’est que si l’on n’est pas capable d’expliquer l’origine de la norme et le mécanisme par lequel elle a émergé, on ne peut pas comprendre pourquoi le fait de laisser un pourboire est une habitude bien ancrée aux Etats-Unis mais inexistante ailleurs, ou sur le point de disparaitre comme en France. Finalement, expliquer la stabilité d’une norme sociale n’est pas très compliquée. Que ce soit pour le pourboire ou une autre norme, l’idée est la même : la norme est une forme de point focal où il est connaissance commune qu’il existe une règle et que tout le monde s’attende à ce que tout le monde la suive. Partant de là, personne n’a intérêt à dévier, d’autant plus si, à la manière de Robert Sugden, on considère qu’une fois une norme apparue, les individus lui donnent progressivement l’attribut d’être « juste ». Mais les deux questions les plus intéressantes sont celles de l’apparition initiale de la norme et du mécanisme par lequel une norme peut s’affaiblir jusqu’à disparaitre. Bref, ce qui intéressant, ce n’est pas l’équilibre mais comment on y arrive et comment on en sort.

Jon Elster (dont ma lecture de l’un de ses ouvrages m’a inspiré ce billet) rejette l’idée que les sciences sociales n’aient rien à dire sur la question de l’émergence des normes. Une des idées qui revient souvent chez les économistes est en effet qu’à ce niveau, « history matters » et qu’aucune généralisation est possible. Ce même Elster rejette aussi l’idée que l’on puisse caractériser les normes sociales comme des équilibres stratégiques : bien souvent, ne pas respecter ne coûte rien dans la mesure où ceux qui pourraient nous sanctionner n’ont pas intérêt à le faire. Cela ne fait que rendre plus important le fait d’être capable de comprendre l’émergence des normes sociales. Même si ces dernières sont effectivement ancrées sur un sentiment de justice, cela n’explique pas pourquoi elles existent à certains endroits et pas à d’autres (sauf à faire l’hypothèse que certaines populations ont plus d’exigences en termes de justice que d’autres). Et on ne comprend pas non plus pourquoi des normes peuvent disparaitre. Bref, il y a encore du boulot sur la question…   

Publicités

17 Commentaires

Classé dans Non classé

17 réponses à “Analyse économique du pourboire

  1. Ferraille

    En France, le « service » est intégré à l’addition. Il est d’ailleurs soumis à la TVA, ce qui n’est pas le cas des gratifications versées spontanément par les clients. « En revanche, comme par le passé, ne sont pas à comprendre dans le chiffre d’affaires taxable les simples gratifications, appelées communément « pourboires », que les clients versent spontanément, en témoignage de leur satisfaction, aux employés d’une entreprise où le « service » est déjà incorporé dans les prix facturés » (INSTRUCTION DU 15 JUIN 2001, BOI 3 C.A. / 18, N° 117 du 29 JUIN 2001)

  2. L’étude la plus aboutie sur le sujet se trouve dans Reservoir Dogs.

    Nice Guy Eddie: C’mon, throw in a buck!
    Mr. Pink: Uh-uh, I don’t tip.
    Nice Guy Eddie: You don’t tip?
    Mr. Pink: Nah, I don’t believe in it.
    Nice Guy Eddie: You don’t believe in tipping?
    Mr. Blue: You know what these chicks make? They make shit.
    Mr. Pink: Don’t give me that. She don’t make enough money that she can quit.
    Nice Guy Eddie: I don’t even know a fucking Jew who’d have the balls to say that. Let me get this straight: you don’t ever tip?
    Mr. Pink: I don’t tip because society says I have to. All right, if someone deserves a tip, if they really put forth an effort, I’ll give them something a little something extra. But this tipping automatically, it’s for the birds. As far as I’m concerned, they’re just doing their job.
    Mr. Blue: Hey, our girl was nice.
    Mr. Pink: She was okay. She wasn’t anything special.
    Mr. Blue: What’s special? Take you in the back and suck your dick?
    Nice Guy Eddie: I’d go over twelve percent for that.

  3. jl

    Franchement, cet article est vraiment ennuyant et déconnecte de la réalité. De plus, je n’arrive pas à comprendre comment un doctorant en science éco soit incapable de mettre la main sur un article de l’american economic review, la bible des économistes.
    Si le pourboire existe toujours aux USA c’est tout simplement parce que les gens on un pouvoir d’achat suffisant pour le donner. S’il a disparu en France c’est parce que plus personne n’a d’argent et tout est cher. C’est simple. Un autre aspect c’est la mentalité du tout gratuit qu’ont les français comparée à la mentalité américaine qui veut que tout se paie même les services publics – ou les services rendus à son voisin. Aux USA il y a une valorisation du travail et du temps (time is money), ce qui n’est pas le cas en France. Il y a effectivement une empathie pour le travailleur car tout le monde peut se retrouver à sa place, au lieu de toucher des allocations ou le RMI ou le chômage. La dévalorisation du travail ne peut conduire qu’à la dévalorisation du pourboire.

  4. C.H.

    Hum… je crois reconnaître là le niveau et le style qui caractérisent des commentaires que l’on trouve sur le site internet d’un grand quotidien national… merci Le Monde de m’avoir fait de la pub !!

    Plus sérieusement, je vais vous faire l’amabilité de vous répondre pas trop séchement :

    1) votre avis je m’en contrefiche (et je ne crois pas être le seul), et personne ne vous a forcé à lire ce billet.

    2) l’article de l’AER est de 1980, et vous savez les articles aussi vieux n’ont pas tous été numérisé… sinon, ne vous inquiétez pas pour moi, la recherche d’article je commence à maîtriser.

    3) quand à votre « théorie »… lisez déjà les articles que j’ai mis en lien, on en reparlera. Ce qui caractérise un bon travail de recherche, c’est la modestie. Vous savez, le fait de se dire que l’on a pas forcément réponse à tout, que l’on peut se tromper, et qu’il y a souvent des gens qui connaissent le sujet dont on cause aussi bien voire mieux que vous. En l’occurence, votre hypothèse est très facile à tester et à réfuter : si elle était vraie, alors le montant des pourboires serait corrélé de manière positive avec le niveau du PIB par tête. Cette prédiction ne se retrouve pas dans les données. Evidemment, j’ai fait abstraction de votre préjugé populiste sur le supposé assistanat du français qui n’a aucun intérêt.

    Comme c’est probablement la première fois que vous venez sur ce blog, je vais vous confier une chose : je n’ai rien contre les critiques, mais j’aime bien qu’elles soient argumentées et que leurs auteurs fassent preuve d’une certaine prudence dans ce qu’ils avancent, et que cela soit si possible accompagné de sources fiables. J’attend les votre. Vous n’en avez pas ? Vous avez perdu une occasion de vous taire.

  5. Alphonse Allais

    Bonjour,

    Le sujet de votre article est très intéressant, néanmoins je me demande comment la somme de 20 milliards de dollars de « pourboire » aux USA a pu être avancée. Que recouvre exactement le terme de « pourboire » ?

    En France, comme souligné par Ferraille, un pourboire est ce que l’on paie en plus du prix de la commande ET du prix du service.

    Aux USA, le service n’est (quasi-)jamais compris dans les restaurants ou les taxis. Les clients sont donc invités à rajouter une somme, qui correspond généralement à un somme allant de 10% à 20% du total de l’addition. Ce que rajoute au montant de l’addition le client correpond donc au service PLUS au pourboire (au sens français). Evidemment, ce montant sera toujours supérieur au montant laissé en France, puisqu’il comprend le service. Il est en pratique difficile voire impossible de distinguer ce qui vient payer le service et ce qui est un pourboire (au sens français). Autrement dit, ce que laisse un américain sur la table, ce n’est pas un pourboire mais le service + le pourboire.

    Il n’est donc à mon sens pas possible de comparer la situation entre les pays où le service n’est pas inclu (ex: USA) et les pays où le service est toujours inclu (ex: France), car les sommes laissées par le client en plus de l’addition ne correspondent pas au même chose.

    Ce qui serait peut-être aussi intéressant (et qui en dirait plus sur les normes sociales), c’est de savoir pourquoi en France on a décidé d’inclure le service à l’addition et pourquoi aux USA on a décidé de laisser cet élément à l’appréciation du client.

    Ayant vécu 2 ans aux USA, je peux témoigner que le fait de devoir rajouter le montant du service et du pourboire est totalement non intuitif et contribue à alourdir la fin d’un repas. D’un autre côté, cela responsabilise le client en l’obligeant à porter un jugement immédiat sur la prestation fournie. Il faut noter cependant que cette habitude de rajouter le prix du service + du pourboire tend à diminuer (à New-York en tout cas), beaucoup de restaurant fixant d’emblée le pourcentage devant être payé pour le service, ou appliquant un pourcentage fixe à partir du moment où le nombre de convives à une table est imporant.

  6. C.H.

    Merci pour votre commentaire.

    Pour la somme de 20 milliards de $, je vous renvoie aux introduction des articles que j’ai mis en lien dans le billet. Effectivement, il serait bon de savoir exactement ce que recouvre le terme de pourboire et la manière dont le chiffre est calculé.

    Cela dit, la distinction service/pourboire n’a de sens que si les clients sont explicitement obligés de payer le service et que le montant est fixé à l’avance. Autrement, il s’agit d’une autre norme sociale et la même question se pose que pour le pourboire : pourquoi les clients acceptent-t-ils de payer pour le service (et pourquoi un montant précis) si rien ne les y obligent ? Et cela renvoi aussi à la question que vous posez : pourquoi en France a-t-on inclue le service dans l’addition et pas aux USA ? Peut être par ce que la norme sociale n’a jamais pu s’imposer en France ?

  7. Niels

    Sujet très interessant!

    Je n’ai qu’un avis modeste sur la question, n’étant pas économiste.
    Aux USA, comme au Mexique, ou en Asie Centrale, la croyance générale est que la rémunération des serveurs dépend principallement du pourboire. Il y a donc une sorte de contrat moral client-serveur, que la qualité du service soit satisfaisante ou non. Le client paye la nourriture et rémunère séparemment le prestataire de service qui la délivre. En autres choses, voilà ce qui explique par exemple le développement du fast-food aux US, qui permet une réduction automatique de 10 à 15% de la note pour le client.

    Par ailleurs, dans d’autres pays comme le Brésil, il est courrant de « tipper » les chauffeurs de taxi au-delà du taximètre. Le pourboire vient alors compenser la différence entre le montant à payer et le montant attendu, lorsque celui-ci est plus élevé évidemment. Ce comportement est pertinent lorsqu’il n’y a pas de certitude sur le prix final du service.

    Quant aux piècettes que nous laissons en France par exemple, il me semble qu’on les clients le font plutôt pour se sentir bien, à l’image des centimes que nous laissons aux musiciens du métro, qui fournit une autosatisfication générée par la « Bonne Action » bien ancrée dans notre culture occidentale.

    Merci en tout cas pour ce blog très bien fait.

  8. vanitasvanitatum

    Merci pour ces intéressantes réflexions. Je vis aux USA, et fraichement immigré j’ai eu à me confronter à la question du pourboire: à qui en donne-t-on, combien, etc.?, tellement la pratique est différent de chez nous–et 15% sur une note de restaurant déjà importante, cela modifie passablement le total final et donne à réfléchir. Je ne prétends pas théoriser, mais intuitivement il me semble que toutes les hypothèses avancées sont compatibles, et je voudrais seulement faire part de mon expérience. Le pourboire au restaurant américain est plus qu’une habitude, c’est effectivement une norme sociale: pour ne pas en laisser, il faudrait pouvoir assumer que l’on est un radin de la pire espèce et sortir la tête haute. Resquiller n’est pas vraiment un sport national aux USA, et c’est à ses propres yeux que l’on tomberait bien bas, sans parler du jugement des autres convives. Ou, puisqu’effectivement le « tip » n’est pas obligatoire stricto sensu, cela voudrait dire que l’on a été très très mécontent du service (même dans ce cas, d’ailleurs, on laisserait plutôt une somme dérisoire, pour pour marquer le coup et montrer que ce n’est pas un oubli), et le serveur alors s’enquerrait de ce qui n’a pas été et il faudra avoir de bons arguments pour ne pas retomber dans le cas précédent (et si je ne suis pas content de la cuisine, c’est une autre affaire, je ne suis pas censé pénaliser le serveur pour cela). Cette norme me paraît bien fondée sur une forme d’empathie: il est « connu » (je ne sais même pas dans quelle proportion) que les pourboires font l’essentiel des revenus du serveur, le salaire fixe étant dérisoire: je me sentirais coupable de léser le travailleur pour le travail effectivement accompli. Mais c’est aussi une rationalité économique: je suis conscient que si les serveurs ne sont pas correctement rémunérés (étant admis qu’ils le sont principalement par les clients directement), plus personne ne voudra faire ce métier, les restaurants fermeront ou deviendront des self-services, ou le service sera limité et lent, etc. Mais je peux dire aussi que lorsque le service a été vraiment agréable, je donne un pourboire plus généreux: 12% est le minimum décent, 15% est en fait ce qui est attendu, et comme c’est souvent difficile à calculer de tête, beaucoup de gens, comme moi, ne vont pas chipoter s’ils sont contents et arrondissent à la dizaine supérieure, voire passent à 20% puisqu’il est plus facile de diviser par 5. La variation peut être marginale, comme on l’objecte à la thèse fonctionnaliste. Mais si vous multipliez par le nombre de pourboires que collecte le serveur, cela peut faire une différence à la fin de l’année, juste pour quelques paroles aimables. Et aussi, en faveur de la thèse fonctionnaliste, je peux dire que l’on perçoit vraiment la différence entre les services (au sens économique) que vous rétribuez directement et les autres: les serveurs de restaurant sont vraiment plus agréables (même si pour des motifs intéressés) que par exemple les chauffeurs de bus US, pour ne pas parler de leurs homologues français! (chaque fois que je reviens à Paris, je suis vraiment choqué par le manque de civilité des serveurs).
    All the best.

  9. Bonsoir,
    Voici quelque temps que je vous lis, et que je trouve chaque article passionnant. Je me lance donc à vous soumettre un commentaire qui vaut bien entendu que pour ce qu’il est.
    Dans les différences de pratiques des pourboires entre la France et les Etats-Unis, ne peut-on y introduire une certaine notion sociologique et/ou culturelle?
    Si l’on accepte l’idée que les mentalités américaines sont bien plus à même d’accepter les fondamentaux économiques consistant à dire que pour obtenir une activité il est bon d’assurer l’investissement et les capitaux autant que le travail, peut-être peut-on y voir un début d’explication?
    Ainsi, dans la notion de rétribution ainsi envisagée pas le consommateur américain, il entérinerait davantage que l’addition puisse payer la structure et l’investissement alors que le pourboire serait une rétribution directe du travail accompli, et peut-être au-delà du simple service demandé. Bien sûr, ce n’est pas très rationnel de sa part, mais est-ce si aberrant?
    Le consommateur Français a bien plus de mal à admettre la nécessité des deux visages de l’entreprise travail et capitaux, il oppose trop souvent les deux. Payer l’un et l’autre ne lui semble donc pas admissible et surtout il admet peu la rétribution de l’investissement, ce qui se démontre assez bien en ce moment.
    Il ne s’agit pas en disant cela d’affirmer une quelconque règle de cette norme sociale du pourboire, mais la différence culturelle des deux peuples et cette différence de pratique me semble assez cohérente.
    Il sera d’ailleurs, si cela est possible, intéressant de voir si, suite à la crise actuelle et au léger virage des mentalités américaines quant aux capitaux rémunérateurs en eux-mêmes, cette pratique faiblit ou non outre-Atlantique.

  10. Axonn

    Un autre argument contre la thèse initiale, à mon avis, est que les serveurs français devraient être beaucoup moins prévenant que les serveurs américains. Je ne pense pas que ce soit vrai.

    Évidemment, encrage aidant, les serveurs américains ont un salaire constant bien plus faible, voir nul, puisque les pourboires sont très supérieurs.

    Mais je pense qu’il y a aussi pour le serveur français un sentiment de sécurité du salaire bien plus important.

  11. Jalbert

    Bonjour,

    En tant que Nord américaine et serveuse de surcroît,je peux vous affirmer que les pourboires ne sont pas seulement une question de norme sociale et de différence de mentalité entre la France et les USA. En effet, tous les serveurs sont obligés de déclarer aux impôts un minimum (je parle ici du Canada) de 8% du total des ventes qu’ils ont effectuées individuellement (tout est compilé par ordinateur). Ce qui fait que quand vous allez manger au restaurant si vous ne laissez rien au serveur car vous ne trouvez pas que son service a été « exceptionnel », celui-ci payera de sa poche 8% du montant total de votre facture pour vous servir car il cet argent sera déduit de sa paye même s’il ne l’a pas reçu.

    Alors oui, le pourboire devient ainsi obligatoire. Au Canada, par exemple, la norme est de laisser environ 15% (aucun service n’est inclus dans la facture)parce qu’en plus de devoir déclarer 8% du montant de ses ventes, le serveur est payé à un taux horaire plus bas que le taux imposé par le salaire minimum.

    J’espère que cela a pu vous éclairer quelque peu et vous fera réfléchir pour la prochaine fois que vous viendrez en vacances aux Canada ou aux États-Unis!

  12. borneo

    C’est oublié qu’à l’origine, les riches clients commençaient à distribuer un pourboire dans les hôtels pratiquement à leur arrivée, juste après que le personnel de service ait « monter » les bagages dans les chambres.
    En quelque sorte, ils faisaient ainsi acte de prise de possession de ce personnel à leurs propres services.
    Le montant de ce premier pourboire faisait leur réputation dans l’établissement et leur assurait la qualité de service en proportion.
    Mais il est aussi un indice du statut social de celui qui le donne qui est en concurrence avec les autres clients. La hiérarchie sociale des clients s’établit lors de ce premier geste de prise de pouvoir symbolique.

  13. Alexandre Medawar

    Je viens de découvrir votre billet sur ECO89.

    L’image utilisée en illustration provient certainement de Chine ou du Japon. Or, il se trouve que dans aucun de ces pays (et j’y ajoute la Corée), les serveurs ne prennent de pourboires. Au Japon, le fait même d’insister pour en donner provoque une gène énorme.
    Si le service est bon, le meilleur compliment est de revenir et d’amener d’autres clients.
    Les serveurs, contrairement aux USA ont un salaire décent car leur patron considère qu’il font un vrai métier. D’ailleurs, c’est exactement pour cette raison que le service est excellent au Japon. C’est une activité reconnue et valorisée par tous, contarairement à d’autres pays, en Occident en particulier.

  14. DARVINE

    Bonjour à tous,

    Je me permets de réagir à vos commentaires, car une erreur s’y glisse souvent :
    voici l’erreur:
    SERVICE COMPRIS = POURBOIRE

    Cette addition est fausse ! Le terme « service compris » signifie que la part salarial à été comptabilisé dans votre addition. (avant les employés n’étaient payés que par un % sur le CA réalisé)
    En ce qui concerne le pourboire c’est un gage de récompense pour la qualité du service et non le service lui-même.

    En bref « Service compris » = Obligation
    « POURBOIRE » = non obligatoire

    D’ailleurs dans certains pays le service n’étant pas compris les 10 à 15% de l’addition en plus son obligatoire. Le pourboire jamais !

  15. Anonym

    Bonjour,
    j’ai lu avec intérêt l’article mais honnêtement la plupart des thèses avancées me paraissent bien circonvolutionnées, voire même un peu capillotractées 🙂

    Si on cherche vraiment la réponse à cette question au lieu de s’embarquer dans de grandes réflexions quasi philosophiques le mieux serait de simplement demander aux gens via un sondage.

    Pour ma part je réside en Belgique où, à ce que je sais, le service est toujours compris.

    Je laisse parfois un pourboire parfois non.

    Si le temps d’attente est trop long, le serveur désagréable, la viande trop cuite ou autre => pas de pourboire

    Si rien de tout cela alors ça dépends encore :
    si le prix de l’addition est rond genre 20€ ou 50€ en général pas de pourboire, désolé, la faute à pas de chance, on laisse le billet et on s’en va.

    si le prix n’est pas rond ou que j’ai plutôt de la monnaie en général on laisse qqchose mais rarement plus de 2€ ou alors c’est vraiment pour un service exceptionnel.

    Perso je sais que je ne suis pas obligé de le faire donc je ne me sens pas mal les fois ou je le fais pas, maintenant je connais plusieurs personnes travaillant dans le secteur et je sais combien il est précaire et qu’ils sont souvent finalement très peu payés pour le nombre d’heures de travail (dont la plus grosse partie au noir bien souvent et ce bien malgré les serveurs) et donc ça m’incite à faire un geste,

  16. Pingback: Restauration: et si les serveurs étaient rémunérés en partie au pourboire ? « Reso29

  17. Malco

    je trouve que l’article est bon et je n’ai rien de spécial à ajouter.
    Par contre je fait ce commentaire parce que j’ai lu une hypothèse très stupide dans le commentaire d’un certain « jl » qui a vraiment perdu une occasion de se taire!

    l’hypothèse est la suivante, et je la trouve terriblement insupportable, et non pas simple :
    « Si le pourboire existe toujours aux USA c’est tout simplement parce que les gens on un pouvoir d’achat suffisant pour le donner. S’il a disparu en France c’est parce que plus personne n’a d’argent et tout est cher. C’est simple. »
    Je ne pense pas qu’une personne qui a pu s’offrir un repas à15€ dans un resto n’est pas capable de laisser 2€ de pourboire.

    Autre chose par rapport au commentaire de « Jalbert ». la taxe est SUR les 8% de la facture. Ce n’est pas une taxe DE 8% du montant de la facture. C’est totalement différent. En plus le serveur ne payera rien de sa poche parce que 8% c’est la moyenne par DÉFAUT des pourboires. càd si un client ne paye pas de pourboire, il y aura un autre client qui payera 20%, donc à la fin de la journée le serveur aura dans sa poche un pourboire moyen de 10%. Mais en tant que citoyen honnête, ce serveur est censé déclarer son revenu en tenant compte de ces 10%. Est ce que vous connaissez beaucoup de serveurs qui déclare plus de 8% ??? Bon, c’est pas ça qui m’inquiète, mais c’est l’insatisfaction des serveurs qui te regardent avec de la haine parce que tu ne les a pas payés pour un service pour lequel ils touchent déjà un salaire.

    J’ai bien aimé ce commentaire d’Alexandre : « le meilleur compliment est de revenir et d’amener d’autres clients ». C’est comme ça qu’un serveur peut préserver son travail; plus de clients, plus de bénéfice pour l’employeur et donc un travail stable avec possibilité d’augmentation. Au contraire, plus de cupidité et de regard méprisant et mécontent envers les clients qui ne payent pas ce qu’ils ne sont pas obligés de payer, implique moyen de clients, moins de salaire, risque de chômage et de chômage partiel, etc.

    En fait j’ai une boutique, et je n’accepte pas les pourboires. Je remercie la générosité du client mais je refuse fermement les pourboires. Pour moi c’est une question de fierté, mais je ne suis pas contre les gens qui acceptent les pourboires. Personnellement je trouve impoli de traiter de radin les gens qui ne payent pas de pourboires. Si tu m’ignore parce que tu sais que je ne laisse pas de pourboire, sache que c’est à cause de ta cupidité. D’autre part, si tu me sert convenablement avec un sourire même si tu sais que je ne paye pas de pourboire, c’est parce que tu es une personne généreuse au fond de toi, et ça peut m’encourager à te laisser un pourboire la prochaine fois. Une fois j’étais de passage dans une ville en Floride. Et je me souvient d’une fille souriante dans un fast food. Quand je l’ai payé et avant de partir elle m’a dit : « It was may pleasure to serve you ». La première fois je n’ai pas pu lui laisser un pourboire parce que je n’ai pas attendu à une telle réponse chaleureuse. Mais si je reviens à cette ville, j’irai uniquement à ce restaurant, je demanderai uniquement à cette fille de me préparer ma commande et je lui laisserai à chaque fois un très bon pourboire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s