Une bonne lecture dominicale

Richard Posner, l’un des pères de l’analyse économique du droit moderne, discute du dernier ouvrage de Shiller et Akerlof (que je n’ai pas encore commencé à lire d’ailleurs…). Comme on peut s’y attendre, Posner, qui est un défenseur de la théorie du choix rationnel, est plutôt assez critique envers la thèse de A&S. Je ne suis pas forcément d’accord avec tout mais il me semble que Posner met le doigt sur certains points critiques, comme par exemple le problème qu’il peut y avoir à invoquer « l’irrationalité » des agents pour expliquer certains phénomènes là où l’hypothèse de rationalité est largement suffisante. La fin de l’article de Posner souligne ce point en prenant l’exemple de la montée du chômage en période de récession :

« As one reads this book, one has the sense that deep down Akerlof and Shiller believe that being rational is the same as being right. That is a mistake. It prevents them from entertaining the possibility that what has now plunged the world into depression is a cascade of mistakes by rational businessmen, government officials, academic economists, consumers, and homebuyers, operating in an unexpectedly fragile economic environment, and that what is retarding recovery is not the « unreasoning fear » of which Franklin Roosevelt famously spoke but the rational fears–the reasoning fear, to use Roosevelt’s idiom–of businesspeople, consumers, and officials who confront economic uncertainties for which no one had prepared them. Akerlof and Shiller invoke « fairness » and « money illusion » to explain the puzzling behavior of employment and wages in a depression. (…)

Wages do fall in a deflation, but not as far as prices; and employers do generally prefer to economize on labor costs by laying off workers rather than by reducing their wages. The resistance of workers to having their wages cut in a deflation, a resistance that in the Great Depression of the 1930s produced a sharp rise in real incomes for many workers while others were on breadlines, is ascribed by Akerlof and Shiller to workers’ sense of « fairness »–of their sense of entitlement to their existing wage–and to « money illusion, » by which they mean the failure to distinguish between the amount of money one receives as a wage (the nominal wage) and the purchasing power of the wage (the real wage). They also argue that employers deliberately « overpay » their workers in order to boost morale and loyalty. But this does not explain why nominal wages are not cut during a depression in order to maintain (not cut) real wages.

There is a simpler explanation for unemployment in depressions, one that dispenses with irrationality. A worker who, rather than being paid a flat wage, is paid a percentage of his firm’s income would be unlikely to complain when his wage dropped in a depression; he would know that his wage was variable, and he would plan his life accordingly. But if paid a fixed wage, he is likely to count on it as a steady source of income. Since depressions are rare and have unpredictable consequences, he will not have been able to protect himself from the consequences of a depression-induced cut in his wage. He is going to be upset to find that he is working as hard or harder but being paid less, and he will not be reassured by being given a lecture on deflation and purchasing power, because he will not understand or believe it. And whereas wage cuts make the entire work force unhappy, layoffs make just the laid-off workers unhappy, and since they are no longer on the premises they do not demoralize the remaining work force by their unhappy presence. The employer, for this and other reasons–such as wanting to economize on benefits and overhead and induce the remaining workers to work harder lest they be laid off too–is likely to prefer laying off workers to cutting wages. (Unemployment insurance is a factor as well.)« .

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6 Commentaires

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6 réponses à “Une bonne lecture dominicale

  1. Linca

    Je ne comprends pas comment « and he will not be reassured by being given a lecture on deflation and purchasing power, because he will not understand or believe it. » est compatible avec l’hypothèse de rationalité ?

  2. elvin

    « there are depressions, and so the rational model must be inadequate. » écrit Posner.
    Pour un économiste amateur comme moi, c’est quand même incroyable qu’on puisse encore se demander si le modèle rationnel est « adequate ». La seule définition correcte de la rationalité est celle des autrichiens : une action est rationnelle quand l’acteur a utilisé l’instrument de la raison pour déterminer les moyens qu’il utilise pour atteindre ses fins. Mais il applique sa capacité de raisonnement telle qu’elle est, donc imparfaite, aux informations dont il est conscient au moment de la décision, donc imcomplètes voire fausses, et les fins qu’il vise ne sont pas nécessairement déterminées de façon « rationnelle » en ce sens. Ca n’implique donc pas du tout que ses actions seront de fait adaptées à ses fins, ni que ses fins sont « rationnelles ». Tout le reste n’est que littérature (et précisément littérature de fiction). Sur un site qui s’appelle « Rationalité Limitée », il devrait être inutile de rappeler ça.

    Sur la question « réductions de salaires contre licenciements », on oublie comme souvent que les employés sont un facteur de production essentiel, et que donc, passées les économies faciles dans les états-majors, il est généralement impossible de licencier sans réduire du même coup la production et donc le revenu. Dans la réalité, l’alternative n’existe tout simplement pas.

  3. C.H.

    @elvin : tout ça, vous le savez, je le sais très bien. Mais, que vous le vouliez ou non, la théorie du choix rationnel forme le coeur de l’économie standard, pour le meilleur et pour le pire. Bien que n’étant pas un orthodoxe pur et dur, je me refuse à faire du « mainstream bashing » à longueur de billet et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer.

    Concernant la définition de la rationalité selon les autrichiens, je vais vous dire le fond de ma pensée : elle est « valide » (cohérente sur le plan logique) mais faible en ce qui concerne ses « insights ». Dire « l’agent agit en adaptant les moyens à sa disposition en fonction de fins spécifiques ; moyens, fins et le lien entre les deux étant soumis à la subjectivité de l’acteur » est bien gentil, mais ne nous apprend rien, ne permet pas de faire de prédiction, voire même aucune proposition falsifiable. Dans les faits, les autrichiens utilisent une définition bien plus précise du concept de rationalité, proche de celle de Simon (comme par exemple dans la théorie autrichienne du cycle, où les agents sont systématiquement trompés par l’inflation monétaire). Dans ces travaux, la définition autrichienne de la rationalité n’est pas plus « réaliste » ou même plus complexe que celle de la théorie du choix rationnel, elle est juste différente. Est-elle plus pertinente ? Je dirais que ça dépend du problème étudié.

    De toute façon, la quête d’un modèle général de l’action humaine « réaliste » est vaine et inutile. Oui, la théorie du choix rationnel est adéquate pour étudier certains phénomènes, suivant les objectifs que l’on se fixe. Non, elle ne l’est pas à d’autres moments. Raisonner dans l’absolu n’a pour moi aucun sens.

    @Linca : bonne remarque. Je crois comprendre que Posner défend une forme de rationalité adaptative ou limitée où les agents peuvent faire des erreurs ou avoir de fausses croyances qu’ils pourraient ne corriger que progressivement. Cela dit, c’est « rationnel » car le biais n’est pas systématique. Au contraire, Akerlof et Shiller entendent souligner des biais systématiques dans le comportement, d’où l’idée « d’irrationalité ». Je ne sais pas si mon interprétation est totalement juste.

  4. Ah, on a enfin la preuve que Greg Mankiw lit ce blog : il parle lui-aussi aujourd’hui, sur son blog, du papier de Posner!

  5. C.H.

    @Zelittle :
    De manière plus plausible, Mankiw lit Marginal Revolution, là où j’ai moi-même trouvé le lien vers l’article de Posner ! Mais qui sait… 😉

  6. elvin

    C.H., que vous ne vouliez pas faire du « mainstream-bashing », c’est bien entendu votre droit le plus absolu, d’autant plus que vous êtes ici chez vous. D’ailleurs, si j’ai bien compris, vous l’enseignez, donc vous êtes bien obligé d’y croire, ne serait-ce qu’un peu.
    Moi qui ne suis pas dans cette situation, je vais continuer à en faire (avec votre permission) car je pense, comme Simon, McCloskey et pas mal d’autres (sans compter les autrichiens), que c’est une oeuvre de salubrité publique. Une des choses sympas dans ce blog, c’est la diversité des points de vue.

    Sur le reste de votre commentaire, je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec vous. Mais nous touchons là le coeur de la différence entre l’épistémologie autrichienne et celle du mainstream, et ça ne s’explique pas en quelques mots. Un jour, il faudra que j’ouvre aussi un blog, mais je n’arrive pas à me lancer…

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