En bref…

Beaucoup de choses intéressantes ce matin, dont certaines méritent quelques commentaires. Pardon d’avance pour ce billet confus qui part un peu dans tous les sens :

Quelques liens basiques pour commencer : Martin Wolf disserte sur la nécessité ou non de mettre en oeuvre des plans de relance couteux pour les finances publiques ; François Bourguignon s’interroge sur de nouvelles modalités pour partager les profits. On peut aussi trouver la thèse de John Nash (via). Oui oui, une thèse de 32 pages avec une bibliographie de 2 références. Comme quoi, pas besoin de gaspiller du papier pour rester dans l’Histoire. Sinon, Chris Dillow s’intéresse à l’impact à long terme de l’esclavage sur la confiance et la croissance.

Un journaliste du Wall Street Journal revient sur la très médiatisée outre-atlantique confrontation entre l’humoriste Jon Stewart et le journaliste financier de CNBC Jim Cramer. Stewart y reproche à Cramer et à ses collègues de CNBC d’avoir continué à faire comme si de rien n’était, quitte à donner de mauvais conseils en connaissance de cause, alors qu’ils auraient du avertir leur public de ce qui se passait. Le journaliste du WSJ fait l’hypothèse qu’il existe au sein de ce type de grand média une forte incitation au conformisme. C’est en fait un problème que l’on retrouve probablement dans la plupart des organisations, où les individus sont rationnellement amenés à ne pas aller contre l’opinion dominante par peur d’être marginalisé. Chris Dillow indique un papier de l’économiste Roland Benabou qui corrobore cette idée. Dans un registre un petit peu différent, on peut aussi invoquer un phénomène de dissonance cognitive. Il y a 25 ans, George Akerlof et William Dickens s’étaient d’ailleurs interrogés sur les conséquences économiques de la dissonance cognitive. Cela me fait penser que je n’ai pas vu de tentative d’analyse de la crise financière et surtout de l’incapacité des acteurs à l’anticiper à partir du concept de dissonance cognitive. C’est pourtant un point qui pourrait être approfondie.

Dans la série « le sport et l’économie », deux articles/billets intéressants sur la toile ce matin. Déjà, cet article sur Vox s’interroge sur les raisons pour lesquelles les compétitions sportives prennent le plus souvent la forme d’un tournoi du type « winners take all », alors qu’il serait par exemple possible de recompenser les compétiteurs suivant leur niveau d’effort. Les auteurs font l’hypothèse que cela est lié à une « demande de suspens » de la part du public. Comme les auteurs l’indiquent, cela peut expliquer aussi pourquoi de nombreuses ligues de sport professionnel, et notammentaux Etats-Unis, font tout ce qu’elles peuvent pour maintenir un équilibre des forces entre les différentes équipes (limitation de la masse salariale, règlements qui favorisent le départ des « agents libres », etc.). D’ailleurs, on apprend ce matin que les instances dirigeantes de la Formule 1 prévoient d’instaurer un plafonnement des budgets des écuries dès 2010.

Dans le même registre sportif, ce billet de Justin Wolfers est particulièrement intéressant. On peut y voir que, dans le championnat de basket universitaire américain, une équipe menée de 1 point à la mi-temps a plus de chance de l’emporter qu’une équipe qui mène de 1 point à la mi-temps. L’économie comportementale peut permettre d’expliquer en partie ce phénomène par la « prospect theory » et notamment l’idée d’aversion pour les pertes : la perspective d’une perte est de nature à davantage motiver les individus que celle d’un gain. Inutile de dire que ce phénomène a des implications bien au-delà du champ du sport.

Enfin, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Selon le Pape Benoît XVI, le « préservatif aggrave le problème du SIDA« . On remarquera la force de l’argumentation, laquelle est tout simplement… inexistante. Mais si le Pape ne veut pas du préservatif, je lui suggère de recommander à ses fidèles un autre moyen de lutte, proposé par Steven Landsburg : « more sex is safer sex« . Ah oui, mais zut, ça marche pas, il faudrait plutôt subventionner les préservatifs. Bon, bref, sur certains sujets mieux vaut écouter les économistes que le Pape. Attention cela dit, cela pourrait vous mener tout droit… en Enfer !

 

2 Commentaires

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2 réponses à “En bref…

  1. Passant

    « Cela me fait penser que je n’ai pas vu de tentative d’analyse de la crise financière et surtout de l’incapacité des acteurs à l’anticiper à partir du concept de dissonance cognitive. C’est pourtant un point qui pourrait être approfondie. »

    Cela pose une question de nature ou de théorie de la crise : la crise aurait-elle eu lieu si elle n’avait pas été anticipée par une fraction très significative des acteurs ? En effet, il semble que la perte de confiance en la capacité à créer de la richesse des partenaires dont on dépend est au coeur de la crise.

  2. Véhem

    Je ne sais pas si la « dissonance cognitive » est éclairante. Ce qui l’est c’est le déni (de la théorie psychanalytique), un mécanisme de défense face à une réalité trop angoissante (on voit qu’il y a de quoi). Il y a alors clivage de la personnalité. La personne vit normalement (ne délire pas), sauf pour ce qui relève de cette réalité trop angoissante, qu’elle dénie donc.

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